Histoire

délégués et déléguées au 4ieme congrès de la FPTQ à St-Jean en 1941

L’histoire de la FTQ remonte aux premiers syndicats qui se sont formés au 19e siècle. Une histoire riche et multiple qui, des syndicats de métiers aux syndicats industriels, s’est bâtie dans l’union. L’union, le mot qui désignait les syndicats. L’union, la solidarité qui a rassemblé des syndicats diversifiés dans un premier regroupement, le Conseil central des métiers et du travail de Montréal créé en 1886.

Puis, en 1937, la Fédération provinciale du travail (FPTQ) est créée pour représenter les sections locales québécoises des unions nord-américaines : elle mène la bataille des huit heures de travail par jour. En 1952, la Fédération des unions industrielles du Québec est fondée : elle se bat contre les politiques du gouvernement de Duplessis. La FTQ a émergé de l’union de ces deux fédérations en 1957.

Cette histoire, nous la racontons de diverses manières. Par les images et les textes de l’Album souvenir préparé pour souligner les 50 ans de la FTQ. Par la chronologie des événements, les grandes dates qui ont marqué la vie de la FTQ. Par les biographies des hommes et des femmes qui ont consacré une partie de leur vie à la cause ouvrière. Par les Chroniques du Vieux Gustave qui rendent vivantes les conditions de vie et de travail de nos prédécesseurs. Par un retour sommaire sur les congrès tenus par la FTQ depuis ses débuts. Par les ouvrages de références à consulter pour en savoir plus.

Cette histoire est encore à découvrir et à poursuivre.

Album-souvenir 1957-2007

Les grandes dates

Biographies des figures marquantes

Les chroniques du Vieux Gustave

Archives historiques de la FTQ et ouvrages de référence

Avant 1937: Mouvements précurseurs

Rue Saint-Jacques, Montréal, 1896. À la fin du 19e siècle, Montréal est le centre industriel et financier du Canada. Les patrons additionnent leur fortune, rue St-Jacque.Journées de 14 à 16 heures. Machines dangereuses. Locaux insalubres. Salaires de misère. Voilà le sort des premiers ouvriers et ouvrières de l’ère industrielle. Le vent commence à tourner avec l’apparition des syndicats.

Balbutiements
Dès les débuts du 19e siècle, des ouvriers s’unissent pour améliorer leur sort. Leurs premiers regroupements sont clandestins, illégaux et éphémères.

La première centrale

Le syndicalisme commence à s’organiser sur des bases solides dans les années 1860. Les unions nord-américaines de métiers puis les Chevaliers du travail, artisans des syndicats industriels, s’implantent au Québec. En 1886, ils fondent  ensemble le Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC), l’ancêtre du Congrès du travail du Canada dont fait partie la FTQ.

Répression
Malgré l’adoption par le Parlement canadien, en 1872, d’une loi qui légalise les syndicats et reconnaît le droit de grève, les tentatives de syndicalisation continuent à être durement réprimées par les patrons et les forces de l’ordre.

Mine de la compagnie QIT-Fer et Titane, à Havre-Saint-Pierre. Ses mineurs joignent le Syndicat des Métallos en 1950. Dans les années 1950, le1906. Cortège funèbre lors des funérailles des membres fondateurs de l'Union des journaliers de Buckingham, Thomas Bélanger et François Thériault, abattus pas des détectives embauchés par les patrons de la scieries MacLaren pendant un lock-out.

 

Résistance et gains
Les débuts du 20e siècle sont marqués par plusieurs arrêts de travail spontanéset des grèves majeures organisées par les syndicats. Dans les grandes fabriquescomme dans les services, on revendique la reconnaissance syndicale, des hausses de salaire et la diminution des heures de travail.

Ces batailles portent fruit. En 1908, la semaine de travail maximum est fixée à 58 heures. L’année suivante, le gouvernement du Québec interdit le travail des enfants de moins de 14 ans.


Heures sombres

Pendant la Grande Crise de 1929, les syndicats vivent des heures difficiles. En 1933, un travailleur québécois sur trois est en chômage. De 14 % qu’il était en 1909, le taux de syndicalisation baisse à 10,5 %. Mais la flamme ne s’éteint pas.

Chômeurs jouant aux anneaux à Montréal, vers 1935Le Petit Champlain, Québec, vers 1890.

De 1937 à 1957: De la loi du cadenas à l’émergence de la FTQ

Une crise économique qui s’achève. Un régime anti-ouvrier et antisyndical au pouvoir à Québec pendant 18 ans. Un conflit mondial qui fait surchauffer les usines. Une période d’essor
économique après la guerre… C’est sur ce fond de scène que naissent, à 15 ans d’intervalle, les deux fédérations fondatrices de la FTQ.

La Loi du cadenas
Pendant son premier mandat, (1936-1939), le premier ministre unioniste Maurice Duplessis pose plusieurs gestes anti-ouvriers. Sa loi protégeant la province contre la propagande communiste, connue comme la « Loi du cadenas », adoptée en 1937, sera à plusieurs reprises utilisée contre les syndicats.

Une grande victoire
En 1944, le gouvernement libéral d’Adélard Godbout (1939-1944) répond à une des demandes les plus importantes des syndicats en adoptant la Loi sur les relations ouvrières, l’ancêtre du Code du travail. Elle oblige notamment l’employeur à négocier de bonne foi avec un syndicat formé de 60 % et plus des travailleurs et travailleuses d’une unité de production.

Maurice Duplessis, vers1940.La grande noirceur
À son retour au pouvoir, en 1944, Maurice Duplessis recommence ses attaques et sa Police Provinciale vient régulièrement au secours des patrons pendant les conflits de travail. En 1954, il fait adopter deux lois qui prévoient la perte d’accréditation pour les syndicats soupçonnés d’être dirigés par des « communistes » ainsi que pour les syndicats des services publics qui recourent à la grève ou menacent d’y recourir.

La première conquête : Le droit de se syndiquer

À la fin du 19e siècle, les syndicats sont passés de la clandestinité à la légalité. Affaire réglée? Pas vraiment.
De la fondation de la FTQ à nos jours, les syndicats ont dû batailler fermement pour être reconnus, se financer et recourir à des moyens de pression sans entraves ni représailles.

La victoire du Code du travail
En 1964, le gouvernement Lesage dépose le projet de loi 54, le premier Code du travail du Québec. Il interdit le droit de syndicalisation et le droit de grève dans les secteurs public et parapublic. Le président de la FTQ, Roger Provost, s’engage avec énergie dans la bataille pour faire modifier ce projet de loi. Il convoque le premier congrès extraordinaire de la Fédération.

Sous la menace d’une grève générale votée par les 2 000 congressistes, le gouvernement recule et inclut ces droits dans la loi 54.

Grandes percées dans le secteur public
En 1966, dans la foulée de la grève illégale menée par les postiers (FTQ) l’année précédente, le gouvernement fédéral reconnaît à son tour les droits à la syndicalisation et à la grève pour les 260 000 fonctionnaires fédéraux.

Après ces deux victoires, le taux de syndicalisation grimpe en flèche. Entre 1966 et 1971, la Fédération des travailleurs du Québec et le Congrès du travail du Canada gagnent 60 000 nouveaux membres au Québec.
1965. Grève des postiers
Roger Provost, président de la FTQ, Guy-Merrill Désaulniers, conseiller juridique, Louis Laberge, vice-président de la FTQ, lors du Congrès

Points tournants au privé
Dans les années 1970, de violents affrontements opposent briseurs de grève et syndiqués pendant les conflits de travail et plusieurs employeurs refusent d’appliquer la formule Rand qui prévoit la perception obligatoire des cotisations syndicales à la source.

En 1973, plus de 400 grévistes de la FTQ et de la CSN occupent les bureaux du ministre du Travail, le libéral Jean Cournoyer, pour réclamer l’adoption d’une loi anti-briseurs de grève.

Le 21 juin 1975, à l’appel de la FTQ, 100 000 travailleurs et travailleuses débraient pour réclamer la perception obligatoire des cotisations syndicales et l’adoption d’une loi anti-briseurs de grève, en appui aux syndiqués de la United Aircraft (aujourd’hui Pratt & Whitney) en grève depuis le 9 janvier 1974.

En décembre 1977, ces deux mesures deviennent partie intégrante du Code du travail du Québec.

Les patrons résistent encore
Encore aujourd’hui, plusieurs campagnes de syndicalisation, comme celles de Wal-Mart et des restaurants McDonald, sont marquées par l’intimidation, le congédiement de militants et de militantes, le chantage aux mises à pied allant jusqu’à la fermeture et à l’abus de recours juridiques…

À l’ordre du jour
Le Québec affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique du Nord. Il tourne autour de 40 %. Cependant, des groupes importants, surtout parmi les femmes, les petits salariés, les travailleurs et les travailleuses autonomes et  les jeunes, n’ont pas encore accès aux avantages du syndicalisme. La conquête de ce droit demeure donc encore à l’ordre du jour.

1980. Campagne syndicale. Au premier plan, Marie Pinsonneault.
1979. Les 72 travailleuses du magasin Zellers, à Lachute, mènentune grève de 34 mois pour faire reconnaître leur syndicat, l’Union des employés de Commerce (UEC-FTQ).

La mission politique

Le premier champ de lutte des syndicats ce sont les milieux de travail. C’est d’abord là qu’ils font reconnaître les droits de leurs membres.Septembre 1957, devant le parlement à Québec. Claude Jodoin, président du Congrès du travail du Canada, accompagné de Roger Provost,(à sa gauche en avant), président de la FTQ, dénoncent la violence policière contre les marcheurs appuyant les grévistes

L’action politique que mène la FTQ depuis ses origines vise à étendre ces gains au plus grand nombre et à les consolider dans des lois. Plus globalement, cette action a pour objectifs d’instaurer au Québec un régime de justice sociale, de dignité de l’individu et de liberté démocratique.

Action électorale
Depuis 50 ans, la FTQ porte haut et fort son projet de société sur toutes les tribunes, y compris sur la scène électorale.

Ponctuellement, la FTQ a accordé son appui à des partis politiques : le NPD, puis le Bloc Québécois sur la scène fédérale, le Parti Québécois au Québec.

Ces appuis conjoncturels n’ont jamais été des cartes blanches, ni automatiques. Entre les scrutins, la FTQ maintient une distance critique face aux partis politiques et préserve intégralement son autonomie politique.

Reconnaissance, confrontation

Avec la Révolution tranquille, une ère nouvelle s’amorce dans les relations du mouvement ouvrier avec l’État. Les gouvernements prêtent oreille aux leaders syndicaux et les consultent avant d’adopter des projets de loi.

En 1971, la FTQ publie le manifeste « L’État, rouage de notre exploitation. » qui accuse l’État de complicité avec le « grand capital ». La Fédération mise d’abord sur les rapports de force pour obtenir des changements sociaux.1962. Assemblée du Nouveau Parti Démocratique. Fernand Daoust, au micro, et Roger Provost. Sur l’affiche : Tommy Douglas, premier chef du Nouveau Parti Démocratique et véritable père de l’accès universel aux soins de santé et des régimes de retraite au Ca

26. Dans les années 1960, la FTQ présentait un mémoire annuel au gouvernement du Québec. Sur cette photo, le premier ministre Jean Lesage et le ministre du Travail, René Hamel, sont entourés de la délégation de la FTQ dirigée par son président, Roger Prov

 

Concertation
L’arrivée au pouvoir du Parti Québécois, en 1976, ouvre une période de réformes majeures favorables aux travailleurs et aux travailleuses. De plus, les syndicats sont reconnus comme des acteurs de premier plan de la société québécoise.

René Lévesque, premier ministre du Québec, Louis Laberge, président de la FTQ et Paul Desmarais, président de Power Corporation,sont réunis lors du premier Sommet économique du gouvernement du Parti Québécois, en 1977.Depuis, la présence des syndicats est devenue incontournable dans tous les grands sommets socioéconomiques et au sein des conseils d’administration de plusieurs organismes nationaux et régionaux créés par l’État.

Sur tous les fronts
La FTQ, ses syndicats et Conseils régionaux manifestent désormais leur présence sur tous les fronts : par la concertation et dans la rue, lorsqu’il le faut.

Ainsi, elle a dénoncé les décisions anti-démocratiques du gouvernement libéral de Jean Charest, en 2003. Elle avait travaillé à l’organisation du Sommet des peuples des Amériques, en 2001, et a manifesté contre les guerres en Irak et au Liban.

Question nationale québécoise
En 1971, le congrès de la FTQ affirme le droit du Québec à la souveraineté. En 1980, 90 % des 2 200 membres réunis en congrès extraordinaire concluent que cette option est la meilleure voie pour faire avancer la cause des travailleurs et des travailleuses.

Pour cette raison, la FTQ a défendu l’option du OUI lors des deux référendums sur l’avenir du Québec, en 1980 et en 1995.

FTQ aujourd’hui: Une vrai force en action pour tout le monde

La FTQ est la plus grande centrale syndicale au Québec. Elle représente plus de 600 000 travailleurs et de travailleuses, actifs dans toutes les régions et dans tous les secteurs de l’économie québécoise.

Action locale
La Fédération est présente dans des milliers de lieux de travail, grâce aux quelque 5 000 unités locales des 37 syndicats québécois, canadiens et nord-américains affiliés au CTC et présents au Québec.

Les unités locales sont la pierre d’assise de la FTQ. Elles sont responsables de la vie syndicale au quotidien, de la négociation et de l’application des conventions collectives.

Concertation régionale
La force de la FTQ repose également sur la vitalité de ses 15 Conseils régionaux, qui regroupent sur une base territoriale les sections locales affiliées à la Fédération.

Ces Conseils sont les grands artisans des solidarités tissées entre les membres de la FTQ. Ils développent et consolident aussi des liens entre les syndicats et les autres acteurs de la société civile, partout au Québec. Ils sont l’outil des prises de position et des actions communes sur les grands enjeux de développement social, économique et culturel de leurs milieux.

« Souveraineté-association » syndicale
L’histoire de la FTQ, c’est aussi celle de la conquête de son autonomie au sein du Congrès du travail du Canada, la grande centrale syndicale canadienne.

En 1957, la FTQ est, au plan juridique, un regroupement territorial, comme ceux qui existent dans les autres provinces. Elle a très peu d’autonomie par rapport au CTC.
Au milieu des années 1960, ses dirigeants amorcent la bataille pour obtenir tous les pouvoirs d’une véritable centrale.

La FTQ gagne des points, d’abord moralement, puis officiellement. En 1974, le CTC transfère à la Fédération la responsabilité pleine et entière en éducation syndicale ainsi que la coordination des Conseils régionaux. En 1993, une entente historique scelle les nouveaux rapports entre le CTC et la FTQ : désormais, les deux centrales vivent une relation de «souveraineté-association » unique au sein du mouvement syndical canadien.

La FTQ assume aujourd’hui en exclusivité toutes les responsabilités de coordination et de représentation des affiliés québécois du CTC. La FTQ est également la seule instance provinciale du CTC qui déploie des activités internationales sur ses propres bases.

FTQ demain: Au coeur du changement une mission principale

Pour célébrer son 50e anniversaire, la FTQ a tenu à retracer le chemin parcouru. On le voit ici, sa mission fondamentale est restée la même : rassembler et mettre en commun les énergies de ses affiliés pour contribuer au changement social du Québec. C’est, plus que jamais, son grand défi.

Un monde en mutation
Au Québec, des pans entiers du secteur manufacturier québécois s’effondrent. L’intégrité et la transparence des systèmes publics de santé et d’éducation sont menacées. Plusieurs emplois sont transférés, à vil prix, à l’autre bout de la planète. La survie de plusieurs communautés en région est en péril.

Face à cet environnement social, économique et politique mouvant, il faut constamment de nouveaux axes d’intervention, adopter de nouvelles stratégies d’action, investir de nouveaux champs de lutte.

Malgré ces nuages noirs, la FTQ a plusieurs raisons d’envisager l’avenir avec confiance.

Les outils de notre force collective
La FTQ possède aujourd’hui l’autonomie qui lui permet de déterminer ses priorités et d’ancrer ses actions au coeur des enjeux particuliers de la société québécoise. Ses principaux outils de mise en oeuvre sont ses services et ses réseaux de militants et de militantes.

Leurs actions reflètent les priorités de la centrale : faire respecter les droits fondamentaux du travail, le droit à un revenu décent, à la santé et à la sécurité au travail, à l’égalité entre les hommes et les femmes, de travailler en français, etc. Mais aussi contribuer à bâtir une société plus juste et plus démocratique.

Face au phénomène de mondialisation actuel, la FTQ participe à l’effort du mouvement syndical qui renforce ses structures et son action à l’échelle internationale. Elle oeuvre plus particulièrement auprès d’institutions internationales pour qu’elles assujettissent les règles économiques mondiales au respect des droits fondamentaux et au développement de la justice sociale.

La relève est là!
En 50 ans, la FTQ a grandi en nombre, en expérience. Elle a imaginé de nouvelles façons de faire avancer la cause des travailleurs et des travailleuses et les a concrétisées. Elle a tissé des alliances, ici et ailleurs dans le monde, avec des organisations qui cherchent, comme elle, la justice sociale, la paix et le respect des droits fondamentaux des travailleurs et des travailleuses, d’où qu’ils viennent et où qu’ils soient sur la planète.

En 2007, la FTQ est la centrale syndicale qui rassemble le plus grand nombre de jeunes de moins de 35 ans. Elle regroupe aussi le plus grand nombre de travailleuses syndiquées au Québec, qui représentent le tiers de ses effectifs.

Ces hommes et ces femmes engagés, dans la lutte pour la justice et l’amélioration du sort collectif, constituent la réalité quotidienne de cette force en action qu’est la FTQ.