2026.05.01
2026.05.01
Droits piétinés : résister pour préserver notre avenir collectif

Lettre ouverte
En cette Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, nous prenons la parole publiquement parce que le silence n’est plus tolérable. Partout au Québec, les droits économiques, les droits du travail et le filet social reculent à un rythme inquiétant. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité collective à vivre dignement, à nous loger, à accéder à des services publics de qualité et à participer pleinement à la vie démocratique.
Depuis trop longtemps, les travailleuses et les travailleurs subissent les contrecoups de décisions politiques qui affaiblissent leurs protections et réduisent leur pouvoir d’agir. Les projets de loi du gouvernement ont successivement fragilisé la négociation collective, instauré des régimes discriminatoires en matière de santé et de sécurité du travail – notamment dans les secteurs névralgiques de l’éducation, de la santé et des services sociaux – et imposé une lourdeur administrative inutile aux organisations syndicales. Ces choix ne sont pas anodins, tous déséquilibrent le rapport de force au détriment des personnes qui assurent la vitalité de nos milieux de travail.
À cela s’ajoutent des compressions sévères dans les services publics et des réorganisations mal planifiées qui désorganisent les équipes, alourdissent les charges de travail et nuisent à la qualité des services offerts à la population. Récemment, une nouvelle offensive législative menace de rendre les chantiers de construction encore plus dangereux, et d’affaiblir ou de faire stagner les conditions de travail dans plusieurs secteurs en abolissant les décrets de conventions collectives.
Les atteintes aux droits fondamentaux se multiplient. Au bout du compte, c’est le pouvoir collectif des travailleuses et des travailleurs qui est directement attaqué. Ces reculs touchent de façon disproportionnée les femmes et les gens vulnérables qui occupent des emplois précaires, entre autres les personnes travailleuses migrantes ou demandeuses d’asile. Lorsque les droits s’effritent, ce sont toujours les mêmes qui en paient le prix fort.
Logement, filet social, transition juste : des droits fondamentaux
Les problèmes auxquels nous faisons face dépassent le seul cadre du travail. La crise du logement, par exemple, impose un fardeau financier sans cesse croissant à des ménages déjà fragilisés. Avec la hausse rapide des loyers, les évictions abusives et le manque criant de logements sociaux, se loger devient un combat quotidien, indissociable de celui pour les conditions de travail. Pouvoir se loger dignement doit être reconnu comme un droit fondamental et non comme un privilège.
Parallèlement, l’effritement du filet social compromet l’accès à des services publics universels et de qualité. Le sous-financement chronique de la santé, des services sociaux, de l’éducation et de la fonction publique, combiné à l’ouverture croissante au privé, creuse les inégalités et met une pression insoutenable sur les travailleuses et les travailleurs qui tiennent ces réseaux à bout de bras. En ne prenant pas ses responsabilités face au financement de la mission des groupes communautaires autonomes, l’État empêche ceux-ci daméliorer les conditions de vie et de travail des personnes qui en ont le plus besoin. Il contribue donc à l’appauvrissement des femmes, celles-ci occupant la majorité des emplois de ce secteur essentiel pour la démocratie, et même pour l’économie. Défendre le filet social, c’est défendre un modèle de société fondé sur la solidarité et la redistribution équitable de la richesse.
À l’heure où se conjuguent des crises économique, climatique et sociale, la nécessité d’une transition juste est indéniable. Elle ne peut se faire en sacrifiant les droits des travailleuses et des travailleurs ou les conditions de vie de celles et ceux qui sont déjà parmi les plus vulnérables. Il faut lutter contre les changements climatiques sans que cela se fasse au détriment de celles et ceux qui peinent déjà à joindre les deux bouts. Une société véritablement équitable veille à ce que nul ne soit laissé pour compte.
Enfin, rappelons que les contre-pouvoirs sont essentiels. Les organisations syndicales, communautaires, de défense des droits humains, étudiantes et citoyennes jouent un rôle fondamental dans la défense des droits de la population et dans la vitalité de notre démocratie. Les affaiblir, c’est fragiliser l’équilibre social tout entier.
Nous affirmons haut et fort en cette Journée internationale des travailleuses et des travailleurs qu’il est temps de résister. Résister aux reculs, se mobiliser collectivement et revendiquer un modèle de société fondé sur la justice sociale, la solidarité et le respect des droits. C’est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons défendre nos acquis et construire un avenir plus équitable.
Signataires
- Robert Comeau, président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
- France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone
- Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
- Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
- Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
- Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
- Christopher Zéphyr, présidence de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)
- Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
- Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
- Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
- Michael Bizzarro, co-coordonnateur du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE)
- Gabrielle Renaud, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ)
- Claudia Fiore-Leduc, porte-parole pour le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA)
- Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)
- Guillaume Bouvrette, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
- Stéphanie Vallée, présidente de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles
- Flora Dommanget, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ)