Pour un Québec plus juste et plus égalitaire

Dans le cadre de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, les présidences des centrales syndicales québécoises ont rencontré le premier ministre François Legault lors de la traditionnelle rencontre du 1er mai. Photo: Pascal Ratthé


Lettre d’opinion de la FTQ, CSN, CSQ et CSD parue à l’occasion de la Fête des travailleuses et des travailleurs dans Le Devoir et Le Soleil le 1er mai 2019.


Partout dans le monde aujourd’hui, le mouvement syndical célèbre la Journée internationale des travailleuses et travailleurs. Nous désirons profiter de l’occasion pour faire état des préoccupations partagées par nos centrales syndicales.

L’économie du Québec peut sembler bien se porter. Le taux de chômage, il est vrai, se maintient à un creux historique depuis une bonne période de temps. Alors qu’on devrait constater une hausse des revenus des travailleuses et travailleurs en cette situation de plein-emploi, force est de constater qu’au contraire, les salaires stagnent. Au Québec, plus de 800 000 personnes, en majorité des femmes, gagnent moins de 15$ l’heure. Même en travaillant à temps plein, elles sont confinées à vivre dans la pauvreté. Voilà pourquoi le salaire minimum doit être haussé à 15$ l’heure et permettre à toutes et à tous de vivre décemment.

Ce plein-emploi comporte également son lot de défis, et ce, pour l’ensemble de la société québécoise. Dans tous les secteurs, dans toutes les régions, les employeurs peinent à recruter et à retenir la main-d’œuvre nécessaire à leurs activités. L’amélioration des conditions de travail constitue certainement le meilleur moyen de recrutement. Mais nous devons également nous attaquer à ce défi de façon plus concertée, avec le gouvernement et les employeurs, afin de nous assurer que les travailleuses et travailleurs puissent suivre l’ensemble des changements entraînés par l’évolution de l’économie, notamment en matière de formation professionnelle.

C’est évidemment le cas pour la transition énergétique à laquelle le Québec et l’ensemble de la planète sont appelés. Cette transition doit impérativement être juste pour les salarié-es et leurs communautés. Alors que le réchauffement climatique nous contraint à délaisser l’économie des hydrocarbures, plusieurs secteurs économiques devront traverser des changements radicaux. Nous devons nous assurer que les travailleuses et travailleurs puissent s’adapter aux changements professionnels auxquels ils seront confrontés.

Au cours des dernières élections, François Legault a joué la carte du nationalisme économique pour se faire élire. La préservation de nos sièges sociaux et la création de « jobs à 30 ou 35$ l’heure » font partie de ses priorités. Malheureusement, les mauvaises nouvelles se sont succédé depuis l’automne en matière de fermetures d’entreprises, de délocalisations d’opérations et d’octrois de contrats publics à l’étranger. Nous ne pouvons blâmer le premier ministre pour cette situation. Toutefois, il a la responsabilité de protéger les emplois québécois, et ce, malgré les contraintes engendrées par les accords internationaux. Avant de créer des emplois à 30$ l’heure, encore faut-il être en mesure de préserver ceux que nous avons déjà.

On le sait, les services publics et les mesures sociales du Québec, pionnier en Amérique du Nord, ont grandement réduit les impacts de la dernière crise économique que nous avons traversée. L’accès à un système de santé et d’éducation universel et gratuit contribue également à réduire les inégalités sociales comparativement à notre voisin américain. Toutefois, ces inégalités sont bel et bien réelles et le gouvernement doit s’y attaquer afin de promouvoir une société plus juste et plus égalitaire.

Nos services publics ont été passablement fragilisés par les années d’austérité auxquelles les libéraux nous ont soumis. Malgré plusieurs réserves, nous avons salué la croissance des dépenses de programmes annoncées lors du budget du ministre des Finances. Toutefois, nous sommes inquiets des prévisions de croissance en santé et en éducation anticipées par le gouvernement pour les années subséquentes. Inférieures à la hausse des coûts de système, elles risquent de replonger le Québec dans une austérité permanente.

Le mandat du premier ministre vient tout juste de commencer. Ses responsabilités sont grandes, les défis sont immenses. Mais nous sommes convaincus d’une chose : c’est en mettant les travailleuses et les travailleurs du Québec au cœur de nos priorités et en favorisant le dialogue social avec l’ensemble de la société civile que nous pourrons contribuer, tous ensemble, au bien-être et à la prospérité de l’ensemble des Québécoises et des Québécois.

Signataires:
Jacques Létourneau, président de la CSN
Daniel Boyer, président de la FTQ
Sonia Éthier, présidente de la CSQ
Luc Vachon, président de la CSD