Le télétravail : bon ou mauvais pour l’égalité des genres?

Selon les données de Statistique Canada, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois pouvant être exercés à domicile, car très présentes dans le secteur des services où plusieurs emplois peuvent être réalisés à distance (ex.: adjointe administrative, soutien téléphonique à la clientèle, etc.). Il y a donc lieu de s’interroger sur les avantages et les risques du télétravail pour les femmes.

Conciliation travail-vie personnelle

Le télétravail peut s’avérer avantageux du point de vue de la conciliation travail-vie personnelle : souplesse des horaires, sentiment d’une plus grande efficacité et économie de temps grâce à l’absence de déplacements entre la maison et le bureau. Il comporte cependant des désavantages. Les femmes consacrent au moins une fois et demie plus de temps que les hommes aux tâches domestiques. Le brouillage des frontières entre la vie privée et la vie professionnelle lié au télétravail pourrait donc mener à une exacerbation de la double-tâche déjà effectuée par les femmes (travail domestique gratuit et travail rémunéré).

Enrichissement ou appauvrissement?

Le télétravail peut engendrer des économies liées au transport et à l’habillement par exemple. Cependant, il comporte des coûts importants à ne pas négliger (connexion internet, matériel informatique, équipements ergonomiques, téléphone cellulaire…), d’autant plus qu’ils ne sont pas toujours couverts par les employeurs. Or, les femmes sont plus nombreuses à occuper des emplois précaires, à temps partiel et dont le salaire horaire moyen est plus faible que celui des hommes. Autrement dit, le télétravail peut se traduire par une charge financière supplémentaire pour bon nombre d’entre-elles.


La FTQ a rédigé un guide qui propose des actions concrètes à mener dans les milieux de travail pour dénoncer, résister et venir en aide aux femmes victimes de violence syndicale.


Violence conjugale

Le télétravail accroît l’isolement et l’exposition aux risques pour les personnes victimes de violence. Depuis le début de la pandémie, SOS Violence conjugale a constaté une forte hausse des demandes d’aide. Celles-ci se faisaient principalement par voie électronique et à des heures qui laissent croire que les victimes les contactaient en cachette. Le milieu de travail est souvent un lieu de répit pour les personnes qui subissent de la violence à la maison et l’endroit privilégié pour initier une démarche en vue d’obtenir de l’aide et une intervention. Il y a donc tout lieu de s’inquiéter si le télétravail venait à être imposé.

Avancement de carrière

Le télétravail risque de rendre invisible une partie du travail féminin et de nuire à l’avancement professionnel des femmes. Plusieurs recherches confirment que les projets professionnels intéressants sont offerts aux personnes présentes au bureau. D’ailleurs, les travailleurs et les travailleuses reçoivent moins de reconnaissance de la part de leurs collègues et de leurs supérieurs. Bref, les travailleuses qu’on ne voit pas ont tendance à être oubliées.

Toutefois, on peut se questionner sur l’accès qu’ont les femmes – et particulièrement les femmes issues de la diversité – aux discussions de corridor et aux réseaux informels. En effet, puisque ceux-ci sont souvent fondés sur des logiques de « qui se ressemble s’assemble » et que les postes supérieurs sont souvent occupés par des hommes, les avantages que peuvent tirer les femmes de tels réseaux sont très limités. De plus, bon nombre de femmes ont vu leur avancement de carrière restreint par leur impossibilité à se relocaliser dans une autre ville. Le télétravail pourrait démocratiser l’accès à certains postes qui requièrent de déménager et ainsi favoriser l’avancement de carrière des femmes.

Et qu’en pensent les femmes?

Malgré tous ces enjeux, les sondages indiquent que les femmes souhaitent poursuivre le télétravail après la pandémie et qu’elles seraient réticentes à accepter un emploi qui ne le permette pas. Selon une enquête réalisée au printemps 2021 par la Coalition pour la conciliation famille-travail-études, dont la FTQ est membre, une forte proportion (86%) de répondants (en majorité des femmes) ont mentionné vouloir maintenir le télétravail après la pandémie. Il est donc important d’écouter ces femmes qui se positionnent en faveur du télétravail même après l’avoir expérimenté dans un contexte difficile.

Finalement, le télétravail n’est pas fondamentalement bon ou mauvais pour les femmes et l’égalité des genres. Les effets négatifs ou positifs du télétravail dépendent des conditions physiques, psychologiques, relationnelles, contractuelles et juridiques dans lesquelles il est exercé. Et sur ces points, on peut agir syndicalement.


La montée du télétravail avec la pandémie de la COVID-19 a bouleversé le quotidien des travailleurs et des travailleuses ainsi que des syndicats. La FTQ vous invite à participer à des consultations en ligne sur le télétravail qui auront lieu au cours des prochaines semaines afin d’aider la centrale à mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain et à contribuer à sa réflexion sur le sujet. Venez partager vos expériences et vos idées en grand nombre!

Pour connaître les dates des consultations et pour vous y inscrire : https://ftq.qc.ca/journees-reflexion-teletravail/.