Plus d’annonces que d’ambition

Crédits: Sami Dellah


Lettre ouverte, dont la FTQ est signataire, publiée le 11 novembre dans Le Devoir.


À la 26e Conférence des parties (CdP-26, ou COP26 en anglais), les gouvernements de Justin Trudeau et de François Legault ont multiplié les annonces concernant leurs engagements. Des annonces qui ne sont toutefois pas à la hauteur de l’urgence climatique et environnementale, et qui masquent le fait que nous ne fournissons pas notre part d’efforts pour limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C.

Le Canada s’est d’abord joint à 24 autres pays pour mettre fin au financement international de l’industrie fossile d’ici la fin 2022. Le problème, c’est que cet accord est incomplet et imparfait : il permet de continuer ce type de financement « dans de rares circonstances », précise un communiqué du gouvernement. Pourquoi laisser la porte ouverte ?

Le Canada a aussi rejoint le Global Methane Pledge, qui vise à réduire les émissions mondiales de méthane de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020. En réalité, cet engagement ne fait que reporter de cinq ans un engagement équivalent pris en 2016, et ne s’accompagne d’aucune mesure politique supplémentaire. Cela ne règle pas non plus les émissions générées par l’exploitation et la combustion des énergies fossiles au Canada. Même sans les fuites de méthane, l’exploitation des gaz de schiste continuera à générer des émissions considérables. L’arrêt de toute exploitation fossile reste la solution la plus efficace contre la crise climatique.

Justin Trudeau a également rejoint une alliance formée de plus de 100 États abritant 85 % des forêts mondiales pour enrayer la déforestation d’ici 2030. Rappelons que cette alliance ne fait que reprendre les promesses de la Déclaration de New York sur les forêts, signée par 38 pays en 2014. Il y était déjà question d’une réduction de moitié de la déforestation d’ici 2020, et d’efforts en vue d’y mettre fin d’ici 2030. Que va-t-il arriver d’ici là ? L’objectif de 2030 étant trop éloigné, on ouvre la porte à une décennie supplémentaire de déforestation.

François Legault a quant à lui annoncé que le Québec rejoignait l’initiative Beyond Oil and Gas Alliance. Cet engagement vise à fixer une date de fin à l’octroi de nouveaux permis d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz. Cependant, l’ambition du gouvernement est insuffisante. La science nous indique que l’effort climatique devrait se situer à la hauteur de 178 % de réduction pour 2030, dont 65 % au niveau domestique, en plus d’une augmentation du financement climatique international. Pourtant, le ministre Charette ne semble pas enclin à rehausser les cibles du Québec.

Enfin, la plupart des nouveaux engagements dépendent d’un soutien financier international qui, jusqu’à présent, n’a pas été fourni par les États les plus riches du monde. François Legault s’est engagé à verser 10 millions de dollars au Fonds pour l’adaptation, et Justin Trudeau donnera 5,3 milliards sur cinq ans pour financer l’action climatique dans les pays en développement, d’excellents premiers pas. Cependant, ils doivent aussi attribuer des fonds précis pour les pertes et préjudices déjà subis par les pays les plus vulnérables, qui sont également les moins responsables de la crise actuelle.

Respecter ses engagements

Où nous mènent toutes ces annonces ? « Si tous les engagements pris étaient mis en œuvre, l’augmentation de la température [causée par les changements climatiques] pourrait être limitée à 1,8 °C », a déclaré le directeur de l’Agence internationale de l’énergie. Sur le plan scientifique, cette affirmation est contestée. Une analyse publiée dans la revue Science Daily affirme que même si les plus récents engagements et cibles climatiques étaient mis en œuvre, les chances de limiter le réchauffement global à 2 °C demeurent minimes. Sans des plans d’action robustes, les paroles ne sont que du vent.

Considérant que le Canada n’a respecté aucun de ses engagements climatiques depuis 1990, il est impératif que le gouvernement définisse rapidement une feuille de route exhaustive, robuste et crédible. Ce plan doit être ancré dans le respect des droits de la personne et des peuples autochtones, privilégier la réduction des émissions de GES avant la compensation carbone et éviter de miser sur d’hypothétiques solutions technologiques, telles que la capture et la séquestration du carbone.

Nos gouvernements ne peuvent pas niveler par le bas et continuer de se comparer seulement aux États nord-américains qui sont tous à la traîne en matière de climat. Ils ont le devoir de faire beaucoup mieux, et rapidement ; le Québec doit s’engager à réduire ses émissions de GES de 65 % d’ici 2030, et consacrer une partie de son financement aux pertes et préjudices.

Le dernier rapport du GIEC est clair : si les dirigeants et dirigeantes continuent leurs politiques de petits pas et de belles annonces, ils nous condamnent tous et toutes, mais plus particulièrement les populations du Sud. Les progrès réalisés sont loin d’être suffisants pour atteindre notre cible de 1,5 °C. Les questions d’équité internationale, de respect des droits des peuples autochtones et des droits de la personne doivent rester au cœur des discussions. Le succès ou l’échec de cette CdP sera évalué au regard des fonds dégagés pour les pertes et préjudices, de la mise à disposition rapide de ces fonds aux pays vulnérables, et de la mise en œuvre d’actions concrètes à la hauteur de la juste part du Québec et du Canada. Il reste seulement quelques jours de négociations, nos gouvernements ont la responsabilité et la capacité de faire beaucoup plus.

Signataires :

  • Charles Bonhomme Spécialiste, communications et affaires publiques chez la Fondation David Suzuki
  • Catherine Gauthier Directrice générale d’ENvironnement JEUnesse
  • André-Yanne Parent, Directrice générale du Projet de la Réalité Climatique Canada
  • Patrick Rondeau Conseiller syndical – Environnement et Transition juste Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
  • Colette Lelièvre, responsable de campagne Amnistie internationale Canada francophone
  • Annie Chaloux, ​Professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke
  • Andréanne Brazeau, analyste chez Équiterre
  • Anne-Céline, chargée de projet climat, Nature Québec
  • Shannon Franssen, Directrice générale du Réseau action climat Canada