KATHLEEN JEAN-PIERRE, UNE FEMME DÉTERMINÉE

Photo de Kathleen Jean-Pierre

Kathleen Jean-Pierre

Kathleen Jean-Pierre est née à Saint-Marc, une ville située à 95 km au nord-ouest de Port-au-Prince en Haïti. En raison de la situation politique sous le régime de Jean-Claude Duvalier, le père de Kathleen, qui exerçait alors la profession d’enseignant, est contraint de quitter le pays. Il s’établit au Québec en 1971.

Ce n’est que trois ans plus tard que Kathleen, sa mère et ses deux frères aînés le rejoignent au Québec. À son arrivée, Kathleen a 8 ans et ne parle que créole. Son intégration à l’école est difficile puisqu’elle éprouve des difficultés à communiquer en français; d’autant plus qu’à l’époque, les écoles n’avaient pas de classe d’accueil pour les enfants immigrés. Au bout de trois années d’efforts, elle maîtrise la langue française.

Dès son jeune âge, Kathleen désirait voyager et elle voulait en faire son métier en devenant agente de bord. Ses parents lui avaient inculqué que « dans la vie, il faut prendre sa place et ne pas attendre qu’on nous la donne ».

Au moment de choisir son programme d’études collégiales, le conseiller d’orientation lui déconseille une formation en tourisme. Il lui suggère même de faire un autre choix, car connaissant les pratiques courantes des employeurs, il doute que les compagnies aériennes embauchent des « noirs » pour ce métier.

Animée par ses convictions personnelles, elle déclare alors : « Vous croyez! Regardez-moi aller! »

En 1985, Kathleen devint la première agente de bord « noire » embauchée par Nationair. Les premières années n’ont pas été de tout repos. Elle a même dû porter plainte contre un passager pour harcèlement et propos racistes.

Implication syndicale
Kathleen quitte Nationair pour joindre les rangs d’Air Transat lors de sa création. Elle participe à toutes les assemblées lors de la campagne de syndicalisation des agents et des agentes de bord. Par la suite, elle essaie d’y assister aussi souvent qu’elle le peut en tenant compte de ses horaires de travail et de la conciliation travail-vie personnelle : elle a maintenant deux enfants! :

« J’ai connu des injustices et vécu de la discrimination au cours de ma vie. Je crois que le syndicat c’est le seul moyen par lequel nous pouvons arrêter ces injustices et par lequel nous pouvons avancer dans nos revendications en tant que personne et en tant que travailleur et travailleuse ».

Depuis cinq ans, Kathleen s’implique activement au sein de son syndicat, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), section locale 4141, unité de Montréal dont elle est la vice-présidente. De plus, elle siège au comité de la condition féminine de son établissement et au comité pour l’intégration des personnes immigrantes de la FTQ.

« Après que mes enfants aient grandi et gagné en autonomie, j’avais un peu plus de disponibilité pour apporter ma contribution. Les lois du travail ne protègent pas suffisamment tous les travailleurs et travailleuses. C’est par la mobilisation de nos membres que nous pouvons nous donner plus de moyens. J’ai des idées qui devraient permettre d’impliquer les gens autour d’une cause commune à nous toutes et c’est ce que je souhaite réaliser.»

Kathleen Jean-Pierre a réalisé ses rêves grâce à son courage et à sa détermination en empruntant des chemins non explorés dans le temps. Aujourd’hui, elle nous partage ses expériences et son vécu par le biais de son implication dans la vie syndicale. On ne peut s’empêcher de saluer l’apport des personnes immigrantes à notre société et au mouvement syndical.