Le français au travail : remettons les pendules à l'heure

Daniel Boyer, président de la FTQ

Photo: Clément Allard


Lettre d’opinion du président de la FTQ, Daniel Boyer parue dans le Journal Métro le 4 décembre 2017.


Coup sur coup, divers rapports ont été publiés ces dernières semaines à propos de la situation du français dans le monde du travail. De notre point de vue, ces rapports viennent déboulonner le mythe d’un certain jovialisme de façade que manifestent encore aujourd’hui trop d’individus.

D’abord, le rapport du recensement de 2016 sur les langues de travail au Canada montre que l’utilisation prédominante du français au travail au Québec est passée de 82 % à 79,7 % en cinq ans. Au Canada, sans surprise, le taux des travailleurs et des travailleuses utilisant l’anglais sur une base régulière est de 98,6 %. Les données montrent que le glissement du français au Québec se fait vers un travail de plus en plus bilingue.

Le rapport de l’Office québécois de la langue française (OQLF) est quant à lui encore plus inquiétant. Dans le rapport sur la langue française qu’il publie tous les cinq ans, l’OQLF nous indique que depuis 1989 la proportion de la population travaillant généralement ou exclusivement en français a diminué de 6,1 % pour s’établir en 2016 à 67,3 %. Ce même rapport montre que malgré une certaine croissance durant les décennies 1970 et 1980, nous en sommes pratiquement au même point 45 ans plus tard, soit 67, 3% contre 64% en 1971.

Encore aujourd’hui, de grandes entreprises possédant un certificat de francisation émis par l’OQLF tiennent des rencontres en anglais avec l’ensemble de leur personnel dans des établissements de Montréal.

La situation est encore plus bouleversante quand on examine attentivement l’audit de la Vérificatrice générale à propos des cours de francisation. Deux aspects méritent selon nous une attention particulière. D’abord, seulement un tiers des nouveaux arrivants qui ne connaissent pas le français ont suivi un cours. On constate également que la vaste majorité des participants et des participantes à ces cours n’ont pas atteint le seuil d’autonomie langagière qui leur faciliterait l’accès au marché du travail ou l’entreprise d’études postsecondaires. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 9,1 % ont atteint ce seuil à l’oral et seulement 4 à 5 % à l’écrit.

Quelles améliorations pourrions-nous d’ores et déjà apporter ? Outre nos revendications traditionnelles, notamment l’application de la Charte de la langue française dans les entreprises de 50 employés et moins, l’urgence en ce moment est une offre en francisation bien orchestrée par le gouvernement du Québec et offerte avec efficacité aux nouveaux arrivants. C’est fort probablement là que se joue l’avenir du français et toutes et tous, nous devons agir avec fierté pour la promotion de notre langue commune.