Forum social mondial 2016 : la FTQ au cœur des débats

Forum social mondial 2016

Photo: Myriam Payette

Du 9 au 14 août 2016 s’est tenue la première édition du Forum social mondial (FSM) dans un pays du Nord. Montréal a été l’hôte de cet événement ayant pour but la convergence des luttes aux niveaux local et international.

Environ 35 000 personnes, provenant de 125 pays, ont pris part à ce forum qui a la particularité d’être organisé par ses participants et participantes, et ce, depuis 2001. Près de 1 000 syndicalistes, provenant de plus d’une soixantaine de pays, étaient présents. La FTQ n’était pas en reste. La mobilisation extraordinaire de la dernière année a permis la présence de plus de 300 militants et militantes provenant des rangs de la centrale.

L’organisation du FSM s’est mise en branle officiellement en 2013 à Tunis, lorsque le comité international a accepté la candidature de Montréal. La FTQ était présente, et a, dès lors, appuyé ce choix.

Les forums sociaux comportent, de par leur nature, plusieurs défis organisationnels. Étant donné que le comité du FSM a décidé d’adopter un mode d’organisation complètement horizontal sans structure hiérarchique, cela a rapidement posé plusieurs enjeux, notamment sur le plan de la logistique, des communications et de la mobilisation. Devant cette situation, le mouvement syndical s’est regroupé sous le nom de Quartier ouvrier (QO) en s’inscrivant officiellement comme comité autogéré. Cette décision a permis d’effectuer un travail colossal en intersyndical permettant, entre autres, d’offrir une programmation riche pour les centaines de syndicalistes présents.

Depuis 2012, la FTQ est fortement présente dans le mouvement altermondialiste. Sa participation au Sommet des peuples à Rio, aux deux éditions du FSM en Tunisie et à la COP21 à Paris en témoigne. Elle a également été au cœur de l’organisation du Forum social des peuples à Ottawa en 2014. Elle a affirmé sa présence au cœur des grands débats de société que l’on retrouve dans ce genre d’événement.

Le salaire minimum à 15 $ sur la sellette

En plus d’offrir une occasion unique d’éducation et de sensibilisation sur des enjeux de l’heure, les rencontres ont permis d’approfondir et de consolider les alliances avec les groupes de la société civile.

Parmi les nombreux sujets abordés lors du FSM, il a été question notamment de conciliation travail-famille, de résistance face aux accords de libre-échange et au pouvoir des multinationales, du système économique à repenser, du développement d’une solidarité internationale entre les jeunes syndicalistes, de la poursuite d’une société plus égalitaire par la transition écologique juste, etc.

L’un des enjeux ayant fait couler le plus d’encre durant ce forum est sans contredit les activités de la FTQ concernant le salaire minimum à 15$. La centrale a organisé une session de travail regroupant les acteurs des diverses campagnes en cours au Québec. L’objectif, qui a été atteint, était d’établir une concertation entre ces campagnes et de développer des actions communes au cours des prochains mois afin d’accentuer notre rapport de force.

Une conférence sur les différentes campagnes en Amérique du Nord a aussi été organisée. Puisque la lutte a débuté aux États-Unis, Alex Han, du SEIU de Chicago, a pris la parole pour expliquer les gains et les luttes dans son pays. Ces campagnes américaines ont influencé plusieurs provinces canadiennes, qui ont emboité le pas au cours des deux dernières années. Pam Frache, de la campagne Fight for 15$ and Fairness, était présente pour expliquer comment s’est organisée la lutte en Ontario. Puis, à tour de rôle, Alexandre Boulerice, député du NPD, Daniel Boyer, président de la FTQ, et Alexandre Taillefer, homme d’affaires bien connu, ont livré un vibrant plaidoyer pour un salaire minimum à 15$ au Québec. Leurs propos ont été repris largement par les médias et ont imposé un débat public qui a trouvé écho également au sein du Parti libéral du Québec.

Finalement, les personnes présentes ont également marché côte à côte avec les 300 grévistes du Vieux-Port, affiliés à l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC). Véritable symbole des campagnes pour un salaire minimum à 15$, ces jeunes travailleurs et travailleuses sont en conflit de travail depuis le mois de mai sur la question d’une augmentation du salaire à 15$ l’heure.

Encore une fois, la FTQ tire un bilan très positif de sa participation au FSM de Montréal. La date et l’endroit du prochain FSM seront connus en janvier.

Malgré un succès de participation, environ 17% des visas de militantes et militants étrangers ont été refusés. Cette situation met en lumière toutes les difficultés pour les étrangers d’entrer au Canada et les disparités importantes qui existent entre les pays du Nord et du Sud.

Texte du Monde ouvrier, no 117 (septembre-octobre 2016), page 10.