Guy César, facteur

Photo de Guy César

Guy César, facteur

C’est de Côtes-de-Fer, petit village du sud-est d’Haïti, que Guy César, jeune enseignant, débarque au Québec en 1973. C’est l’époque où nombre de jeunes Haïtiens quittent leur île pour tenter leur chance ailleurs. Dans bien des cas, on choisit les États-Unis en raison de sa proximité et de la facilité apparente avec laquelle on peut gagner des dollars. C’est en voyant ses amis revenir au pays les poches pleines d’argent que Guy César se dit « pourquoi pas moi »? Lui, en raison de la langue qu’on y parle et des amis qui s’y trouvent, choisit un autre coin d’Amérique pour accomplir son rêve : le Québec.

Rapidement Guy César est confronté à certaines réalités qu’il n’avait pas imaginées jusque-là : difficulté à faire reconnaître ses diplômes; difficulté à trouver un travail près de ses compétences; difficulté à comprendre le vocabulaire des gens d’ici.

Mille métiers, mille misères

« Moi, rappelle Guy César, qui dans mon pays, n’avait jamais travaillé manuellement, je me retrouvai de 1973 à 1977 à exercer les métiers de tricoteur, de plongeur, d’homme de ménage et de chauffeur de taxi. Je me suis rapidement rendu compte que l’argent ne tombait pas du ciel ». Mais Guy César ne manque pas de détermination. À travers ces petits boulots, il trouve le moyen d’entreprendre des études en électrotechnique. Cette formation l’amènera à travailler plusieurs années comme chef de groupe pour une entreprise dans le domaine de l’électrotechnique. Insatisfait des conditions de travail, il mène campagne pour introduire un syndicat dans l’entreprise. Quelle témérité de la part d’un chef de groupe chez un employeur non syndiqué. On le rétrograde à l’expédition avec une diminution de salaire de 5 000 $. Cela lui donne le temps nécessaire pour aller chercher un baccalauréat en sciences politiques.

En 1989, il perd son emploi et en profite pour compléter une formation en électromécanique. En 1991, il décide de rentrer à Haïti. En raison du coup d’État, il revient à Montréal. Il tente alors de réintégrer le métier d’enseignant et, en même temps, fait une demande d’emploi à Postes Canada, où il sera employé temporaire jusqu’en 1999.

Facteur, prof et militant à la fois

Son implication syndicale remonte à 1999. Il s’implique activement dans la bagarre des employés temporaires livrée par son syndicat, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Il obtiendra sa permanence en 2000.

Au détour de la conversation, Guy César raconte avec humour qu’à ses débuts comme facteur, ses amis s’étonnaient qu’un « noir » puisse travailler autant et aussi vite et allaient jusqu’à lui dire : « Quand je te regarde, ça ne se peut pas ». Il fait éclater le préjugé.

Aujourd’hui, Guy César fait encore plusieurs choses en même temps : cette fois-ci, c’est en tant que délégué de sa section locale et formateur dans le domaine de la protection des droits de la personne. Le goût de l’étude ne l’a jamais quitté.

Son verdict : l’implication dans la vie syndicale est un formidable complément à l’intégration.