Déclaration de politique jeunesse FTQ

adoptée au 26e Congrès de la FTQ
Centre des congrès de Québec
du 26 au 30 novembre 2001

La FTQ, une organisation syndicale ayant à cœur la jeunesse…

En janvier 2000, la FTQ a tenu un colloque sur les jeunes et le syndicalisme dont l’organisation avait été décidée lors du Congrès de 1998. Ce colloque a aussi permis de préparer la participation de la FTQ au Sommet du Québec et de la jeunesse en février 2000. Depuis, nous sommes intervenus à maintes reprises sur la place publique afin d’assurer une citoyenneté active pour tous les jeunes Québécois et Québécoises, et ce, tant au sein de la société que dans le mouvement syndical :

  • En mettant sur pied le Comité des jeunes dont le mandat est de conseiller la FTQ sur les questions touchant les jeunes, notamment en matière de promotion du syndicalisme, de formation syndicale, d’information, de recrutement, de santé et sécurité et des conditions de vie des jeunes;
  • En participant au suivi des objectifs et des consensus exprimés lors du Sommet;
  • En créant, avec le Fonds de solidarité, un fonds étudiant qui crée quelques centaines d’emplois d’été dans le monde syndical, communautaire et coopératif.

De plus, depuis déjà quelques années, des militants et militantes des conseils régionaux et de certains syndicats interviennent dans les écoles secondaires et spécialisées pour rencontrer les jeunes et discuter avec eux de syndicalisme.

Dans le suivi de ces activités et réflexions, la FTQ croit qu’il est important de se doter d’une politique jeunesse et d’un plan d’action qui permettent d’assurer la pérennité du syndicalisme et la pleine participation des jeunes dans ses rangs. Les orientations ici proposées tiennent compte des faits suivants tirés de nos réflexions, analyses et échanges :

  • Que les jeunes sans emploi ou en emploi précaire sont souvent condamnés à la marginalisation et à l’exclusion sociale, éléments propres à une rupture entre les générations;
  • Que les jeunes, syndiqués ou non, méconnaissent le mouvement syndical et les syndicats. Néanmoins, selon les sondages d’opinion, les jeunes non syndiqués, plus particulièrement les 18 à 24 ans, perçoivent positivement le mouvement syndical et souhaiteraient, plus que leurs aînés, appartenir à un syndicat;
  • Que nos jeunes membres, en plus d’être moins visibles aujourd’hui, ne serait-ce qu’en raison de leur poids démographique plus faible, s’impliquent relativement peu dans leur syndicat;
  • Que les jeunes sont politisés comme en témoigne leur participation active lors du Sommet des Amériques tenu à Québec en avril 2001 et que le monde syndical doit établir des ponts avec eux;
  • Que la FTQ et les syndicats affiliés peuvent jouer un rôle majeur pour améliorer la situation des jeunes qui ont le goût de prendre leur place pour bâtir à la fois le mouvement syndical et le Québec de demain.

Pour rejoindre les jeunes non syndiqués, mais aussi nos jeunes membres, le plan d’action de la FTQ propose d’investir :

  • le milieu scolaire,
  • nos milieux de travail,
  • nos syndicats.

1. Premier lieu d’intervention : dans le milieu scolaire, intervenir et s’ouvrir

La très grande majorité de nos membres ne sont pas des étudiants. Et pourtant, l’éducation constitue un enjeu syndical d’importance. Nos milieux de travail se transforment en milieux de formation lorsque nous accueillons des stagiaires. Les besoins de formation continue de nos membres font aussi partie de nos revendications. Un certain nombre de nos membres retourneront sur les bancs d’école suite à une réorientation volontaire de carrière ou forcée par une fermeture d’entreprise. Les jeunes eux-mêmes considèrent que le mouvement syndical devrait intervenir plus substantiellement dans le secteur de l’éducation.

a. Pour nous faire connaître des jeunes : un premier contact avec le syndicalisme

L’éducation est une réalité sociale qui s’inscrit et s’imprègne du quotidien de tous les partenaires de la société. Les valeurs que nos jeunes acquièrent et les outils dont ils se dotent forgeront la société de demain. Pourtant, les jeunes connaissent peu ou mal le mouvement syndical et l’image qu’ils en ont est trop souvent celle d’un mouvement dépassé dont les revendications ne sont que corporatistes. Déjà, nous agissons à cet égard mais, si l’on veut faire plus et mieux, il importe de développer des stratégies concertées, ciblées et coordonnées.

C’est pourquoi la FTQ propose de développer une meilleure image du mouvement syndical au réseau d’enseignement secondaire. Nous avons déjà produit un guide d’intervention destiné aux militantes et militants qui iront rencontrer les élèves des 4e et 5e niveaux du secondaire pour les initier au syndicalisme. De plus, le Service de l’éducation de la FTQ a conçu un cours pour former les individus qui auront la tâche de promouvoir le syndicalisme auprès de ces jeunes ; il importe de préciser qu’une quinzaine de personnes a déjà suivi cette formation. Qui plus est, récemment, Lettres en main et la FTQ ont procédé au lancement d’une brochure sur le syndicalisme, un outil efficace, vulgarisé et accessible. Dans la même veine, nous avons également coproduit un ouvrage qui s’intitule La vraie vie : ce que tout jeune devrait savoir sur le monde du travail et qu’on ne lui dit pas. C’est donc dire que nous possédons le contenu, la formation, l’expertise et le matériel éducatif nécessaire pour rejoindre les élèves des 4e et 5e niveaux du secondaire.

En conséquence, la FTQ propose de poursuivre nos efforts pour rejoindre les jeunes en milieu scolaire :

  • En ciblant les jeunes des niveaux 4 et 5 du secondaire, dans les programmes réguliers ou dans les filières professionnelles, dans les écoles régulières ou spécialisées, publiques ou privées. Cibler aussi les raccrocheurs, ceux et celles qui retournent aux études afin de préparer une réinsertion sur le marché du travail;
  • En effectuant un parrainage entre les écoles secondaires et les syndicats locaux, et ce, sur l’ensemble du territoire québécois.
  • En offrant aux militants et militantes des syndicats locaux une formation et des documents de soutien les préparant à effectuer les démarches de jumelage et à rencontrer les jeunes;
  • En élaborant des documents d’information sur le syndicalisme, les lois du travail et les conditions de travail dans différents secteurs intéressant les jeunes.

b. Pour offrir une meilleure orientation scolaire

Pour les jeunes étudiants, comme pour les adultes, chômeurs, décrocheurs ou bénéficiaires d’aide sociale qui retournent aux études grâce à des mesures de réinsertion au travail, une piètre orientation résulte trop souvent en une perte de temps et d’argent, et un retour à la case départ. Nos membres, nos syndicats sont des experts dans leur marché du travail respectif. Nous sommes dans tous les secteurs économiques, privés, publics et parapublics. Nos membres occupent des emplois diversifiés. Nous vivons les conditions de travail, nous les modelons et nous sommes partie prenante des changements qui les affectent. C’est pourquoi, nos syndicats et sections locales sont bien placés pour aider les jeunes et les moins jeunes à faire les bons choix de carrière.

La FTQ propose donc d’intervenir pour améliorer le processus d’orientation des jeunes face à leur choix de carrière :

  • En réclamant que l’État investisse les sommes nécessaires pour assurer une orientation compétente dans le réseau scolaire et gouvernemental;
  • En s’impliquant auprès des services d’orientation des institutions d’enseignement et des organismes gouvernementaux offrant des programmes de formation, par exemple en organisant des journées « portes ouvertes » dans les milieux de travail ou en faisant connaître les conditions de travail et les mesures de soutien qui ont été développées pour faciliter l’entrée des femmes dans les métiers non traditionnels;
  • En participant aux divers salons de l’emploi.

c. Pour participer à la formation : des stages en emploi

Les stages en emploi sont inclus dans le curriculum d’un très grand nombre de programmes de formation. Ils sont la tradition dans divers métiers et professions comme cuisiniers, enseignants ou infirmières et les conditions de ces stages sont formalisées depuis longtemps. Ailleurs, la tradition est à bâtir. L’utilité des stages n’est contestée par personne et les jeunes en redemandent. Mais les employeurs ouvrent rarement leurs portes aux stagiaires. Et quand ils souhaitent le faire, ce sont souvent les syndicats locaux qui la referment parce que les employeurs offrent de « faux » stages. Mais ce sont les syndicats qui supportent l’odieux de dire non à l’inacceptable.

Il faut reconnaître qu’il peut être difficile de convaincre nos membres surtout lorsqu’il y a des mises à pied. Mais il s’agit de débats qu’il nous faut faire si nous voulons que les milieux de travail s’ouvrent vraiment aux jeunes en apprentissage, quel que soit le contexte économique. La présence de stagiaires peut donc être régulière et continue, comme cela se fait dans d’autres domaines et milieux de travail.

La FTQ propose que les syndicats locaux s’ouvrent à la mise en place de stages garantissant aux étudiants un milieu d’apprentissage stimulant :

  • En faisant les débats internes nécessaires;
  • En négociant le nombre de stagiaires que le milieu de travail recevra à chaque année;
  • En négociant les conditions d’exercice de stages qui sont véritablement formateurs et qualifiants;
  • En négociant les conditions s’appliquant à nos membres impliqués dans la formation, par exemple le temps d’encadrement.

2. Deuxième lieu d’intervention : dans nos milieux de travail, réfléchir et agir

Nos jeunes membres expriment des besoins et font des revendications qui ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des plus âgés. Et si cela peut parfois être dérangeant, ce n’est cependant pas d’hier que nous devons faire face à des conciliations entre les intérêts diversifiés de nos membres. Amorcer ou poursuivre une réflexion en fonction des différents groupes d’âge nous oblige à tenir compte, plus consciemment, de l’ensemble du cycle de vie des travailleurs et travailleuses. En tenant compte que les jeunes ne sont pas un groupe homogène : jeunes qui travaillent pour payer leurs études; jeunes diplômés travaillant ou non dans leur domaine d’études; jeunes sans diplôme occupant des emplois non spécialisés; jeunes bénéficiant des effets d’une longue syndicalisation; jeunes luttant pour l’accès à la syndicalisation; et bien sûr, jeunes femmes et jeunes hommes.

a. Pour « déprécariser » l’emploi

L’équité est une des valeurs fondamentales de l’action syndicale et c’est au nom de cette équité que les jeunes interpellent les plus âgés en ce qui concerne particulièrement la multiplication des statuts d’emploi lesquels précarisent le travail et transforment en profondeur le marché du travail. Ces transformations ne touchent pas seulement les jeunes mais si elles continuent de s’étendre dans de nouveaux secteurs et types d’emploi, elles façonneront un marché du travail précaire dont nul ne pourra plus sortir.

La FTQ propose donc de poursuivre notre réflexion sur la déprécarisation des emplois :

  • En analysant les besoins diversifiés et changeants du membership et en tenant compte du sexe et de l’âge;
  • En privilégiant la création et le maintien d’emplois de qualité;
  • En évaluant le niveau et la constance des besoins de remplacement et en convertissant des emplois temporaires en emplois réguliers sur la base de cette évaluation;
  • En évaluant la pertinence d’une redéfinition de l’emploi régulier à temps plein par une « fourchette » d’heures de travail ou par une réduction généralisée du temps de travail, ce qui donnerait droit à tous les avantages prévus pour les « nouveaux » réguliers à temps plein;
  • En évaluant les nécessaires réorganisations du travail dont une plus grande stabilité des horaires et une plus grande flexibilité dans l’attribution des tâches;
  • En planifiant un calendrier réaliste afin d’éviter des pertes d’emplois subites et massives.

b. Pour de meilleures conciliations

Confrontés à de difficiles conciliations entre le travail et les responsabilités familiales, les jeunes (hommes et femmes) revendiquent des améliorations aux congés parentaux ou pour raisons familiales. Ceux et celles qui doivent concilier le travail et les études revendiquent des congés sans solde pour études. Et dans les milieux de travail où les jeunes se faisaient rares ces dernières années on peut s’attendre à ce que de telles demandes soient de plus en plus fréquentes et qu’elles s’affirment avec d’autant plus de force qu’elles répondent à des besoins importants. Qui plus est, les conciliations sont d’autant plus difficiles à faire que les horaires de travail se flexibilisent et prennent des formes inhabituelles, et ce, sans compter qu’ils deviennent de plus en plus imprévisibles.

Des syndicats ont tenté de répondre aux besoins diversifiés de leurs membres en adoptant des pratiques de répartition plus équitable des avantages et des désavantages entre tous et toutes quels que soient leur ancienneté ou leur âge. Et le défi syndical demeure de développer des solidarités au-delà de la règle de l’ancienneté. Peut-être plus important encore est la nécessité de faire les débats et de ne pas les balayer sous le tapis « parce que ça a toujours été comme ça ».

La FTQ propose de poursuivre notre réflexion sur les avantages et les inconvénients de différents modèles d’horaires de travail et de répartition des congés :

  • En l’inscrivant (bien sûr) dans le cadre de la déprécarisation des emplois et des contraintes à négocier pour rendre les horaires plus prévisibles;
  • En évaluant l’intérêt de revoir les modèles traditionnels d’horaires de travail et de répartition des congés sans attendre que ne se développent des divisions internes;
  • En évaluant l’équilibre à trouver entre la règle de l’ancienneté pure et d’autres règles négociées qui pourraient tenir compte des besoins diversifiés des membres, en fonction du sexe et de l’âge.

c. Pour un équilibre dans la formation

Ces dernières années, on assiste à une augmentation généralisée des exigences de diplômation pour l’accès en emploi, et ce, même pour des emplois peu ou pas spécialisés ou pour des emplois dont les tâches demeuraient sensiblement les mêmes.

Cette valorisation des diplômes a eu des effets certains sur une dévalorisation de la formation en entreprise, dispensée par l’employeur mais non reconnue par l’État et de l’expérience acquise sur le tas, au fil des années. Et syndicalement, on se retrouve à gérer des situations explosives qui opposent les travailleurs et les travailleuses entre eux, trop souvent les jeunes et les moins jeunes, tant sur le plan de la reconnaissance réciproque des compétences que sur l’accès aux emplois.

La FTQ propose donc de poursuivre notre réflexion sur la formation professionnelle et l’organisation du travail :

  • En évaluant collectivement les exigences des employeurs;
  • En faisant les débats nécessaires pour réconcilier les oppositions entre valorisation des diplômes et compétences acquises par l’expérience;
  • En intégrant les préoccupations de nos membres de tous les âges dans l’élaboration de nos politiques de formation continue;
  • En négociant des périodes d’orientation ou de formation initiale lors de l’embauche, périodes que nous pourrions utiliser pour faire un premier contact syndical.

3. Troisième lieu d’intervention : dans nos syndicats, s’adapter et se renouveler


Si nos jeunes souhaitent que les milieux de travail s’adaptent à leurs besoins et que les syndicats qui les représentent y poussent leurs revendications, cela peut difficilement se faire s’ils ne prennent pas leur place dans la vie et les structures syndicales. Et si on ne leur fait pas une place, il serait en effet périlleux de croire que les jeunes formeront une « génération spontanée » de militants et militantes syndicaux aguerris sans qu’un travail important d’information et de formation syndicales ne se fasse.

La FTQ propose donc aux syndicats, aux conseils régionaux et aux sections locales d’adapter et de renouveler leurs pratiques en matière d’information et de formation :

  • En développant des pratiques formelles d’accueil des nouveaux membres, en négociant par exemple une période d’accueil dans les conventions collectives ou en assignant un parrain ou une marraine à chaque nouveau membre;
  • En produisant du matériel d’information sur le syndicat et la convention collective ;
  • En accordant une attention particulière aux jeunes membres, même ceux qui n’intègreraient nos rangs que le temps d’un emploi d’été ou durant leurs études;
  • En élargissant l’accès à la formation syndicale à l’ensemble des membres, notamment par des cours de courte durée sur le syndicat (« Mon syndicat ») ou sur la convention collective. Ces cours devraient être revus et développés en tenant compte de la diversité du membership, notamment en fonction de l’âge et de la scolarité;
  • En utilisant Internet comme moyen permettant de rejoindre nos membres et en leur donnant accès à de nouvelles connaissances « teintées » par une lecture syndicale de la réalité;
  • En développant de nouveaux lieux de partage permettant aux jeunes et aux moins jeunes d’échanger sur leurs réalités. Ce peut être des colloques, des conférences, des séminaires ou des rencontres ponctuelles ou thématiques (groupe cible). On pourrait cibler en partie des nouveaux membres, jeunes notamment;
  • En faisant appel au Comité de l’éducation de la FTQ lequel pourrait animer la réflexion des différents syndicats sur les contenus et la pédagogie des formations en tenant compte de la « mixité » de nos memberships, notamment en fonction de l’âge.

L’implication plus grande des jeunes dans les structures syndicales locales découlera inévitablement de leur arrivée grandissante dans nos rangs et des moyens que nous aurons mis de l’avant pour susciter une plus grande participation, qui est la condition sine qua non du militantisme.

Par ailleurs, le militantisme grandissant des jeunes dans les syndicats locaux aura un effet multiplicateur dans les conseils du travail et dans les colloques et congrès de la FTQ, lieux où les délégations sont issues directement des syndicats locaux. Ailleurs, il est peu pensable que les syndicats modifient leurs structures en augmentant le nombre de postes élus. Néanmoins, ce qui semble le plus important pour les jeunes est de prendre la parole et d’être entendus sur les dossiers qui les concernent au plus haut point.

La FTQ propose donc aux syndicats affiliés et aux Conseils régionaux :

  • De susciter l’implication des jeunes au sein de leurs rangs, les moyens de le faire leur appartenant et pouvant être différents d’un syndicat à l’autre;
  • D’accorder une attention particulière à leurs jeunes militants et militantes lors des prochaines embauches de conseillers et de conseillères syndicaux;
  • D’augmenter la proportion de jeunes dans les délégations syndicales participant aux instances de la FTQ notamment au Congrès, dans les conseils généraux et dans les divers comités consultatifs;
  • De mettre sur pied un comité de jeunes dans leur instance respective.

Enfin, la FTQ doit susciter des réflexions touchant les jeunes :

  • En organisant des tables rondes (groupes cibles) ou des rencontres thématiques,
  • En donnant un mandat spécifique aux comités FTQ d’analyser particulièrement la situation des jeunes dans leurs dossiers respectifs; les comités pourraient inviter des jeunes à participer à leurs travaux.