Au nom de la dignité des travailleurs agricoles

Photo de Patricia Perez

Patricia Perez

Origines
Patricia Perez est mexicaine. Son engagement à la défense des travailleurs du Nord du Mexique et son activité en lien avec le mouvement zapatiste lui ont attiré les foudres des autorités, lui laissant ainsi le choix entre la prison et l’exil. C’est dans ce contexte que Patricia Perez arrive au Québec en 1996.

L’arrivée
Tantôt gardienne d’enfants, tantôt dame de compagnie pour gagner sa vie, Patricia déjà sensibilisée à la cause des travailleurs, ne tarde pas à se préoccuper du sort de ses compatriotes qui, par milliers, travaillent dans les champs du Québec. Elle découvre très rapidement la surexploitation de cette main-d’œuvre ignorante des lois et des règles du travail ici et qui plus est, ne peut communiquer faute de connaissance du français.

L’action
C’est alors qu’elle décide de s’approcher d’eux. Pour ce faire, elle visite des lieux où elle croit pouvoir rencontrer ses compatriotes. Patiemment, elle leur distribue des cartes sur lesquelles elle offre son soutien.

Le résultat
L’effort porte ses fruits. En septembre 2003, elle reçoit un premier appel. Un homme travaillant dans les champs de tabac, qui s’est fracturé et brûlé la main dix jours auparavant, est demeuré sans soins médicaux. Son employeur, ne voulant rien payer ni le diriger vers un centre de premiers soins, s’arrange plutôt pour l’expulser du pays sous escorte de deux fiers-à-bras. Témoins de cette cruauté, certains travailleurs sortent de leur mutisme. Et c’est ainsi que pendant deux ans, sur son temps de loisirs, Patricia visitera les fermes de la Montérégie et de Lanaudière et d’autres régions. Elle apporte de la nourriture et cherche à rencontrer des travailleurs qui oseront parler des conditions de travail sur ces fermes. Très souvent mal logés, mal nourris, spoliés de leur passeport, ces travailleurs ignorent jusqu’au nom du village où ils habitent. Patricia décide alors de dénoncer la situation. Le consulat l’accueille froidement. On ne fait rien. On lui fait comprendre qu’elle n’a pas à se mêler de ces histoires et de laisser les autorités concernées se débrouiller avec « ça ». Loin d’être découragée, elle redouble d’ardeur et décide de tout apprendre sur les accords gouvernementaux et sur les contrats convenus avec les employeurs. Elle entreprend une vaste campagne de dénonciation et présente le manifeste de Joliette signé par 200 travailleurs. Elle en envoie des copies partout, même à l’Organisation internationale du travail (OIT).

Une telle action ne pouvait demeurer sans écho. Michael Fraser, ancien directeur national des TUAC, lui demande de créer un centre d’appui aux travailleurs agricoles. Elle accepte le défi et devient alors une employée du syndicat. Les TUAC mettent à sa disposition un « Wanabago » lui permettant de stationner là où passent les travailleurs. Forte de l’appui syndical, elle mène sa lutte contre l’inaction des autorités. Elle donne des cours de français et informe les travailleurs immigrants sur les lois et droits du pays.

Selon Patricia, les travailleurs agricoles sont environ 5000 au Québec, travaillant la plupart du temps six jours et souvent sept jours par semaine. C’est un mythe de croire qu’ils ne sont là que pour quelques mois. Il s’agit souvent de période de onze mois et demi, dans la culture en serre, par exemple.

Mais avec l’aide du syndicat, elle voit l’avenir avec optimisme. Son but : que les travailleurs soient traités de la même façon, peu importe leur origine et la durée du contrat; une seule loi, une seule réglementation pour un traitement égal.

Malheureusement, la maladie a interrompu l’action de Patricia. Mais elle a ouvert la voie à l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs agricoles.

La force du mouvement syndical repose sur l’héroïsme discret de militante comme Patricia.