Réduire le bruit à la source: une priorité grandissante pour réduire les cas de surdité professionnelle

De gauche à droite: François Girard, représentant à la prévention, Geneviève Ouellet, superviseure en prévention et hygiène industrielle, et Stéphane Beaulieu, représentant comité SST – secteur cuivre. En arrière plan: l'intérieur de l'usine CCR d'affinage de cuivre située à Montréal-Est. | Photo Atïm León  :

Le Monde ouvrier rapportait dans sa dernière édition l’augmentation inquiétante des cas de surdité professionnelle révélée par une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Les cas ont triplé entre 1997 et 2010. Ce constat reflète bel et bien la réalité quotidienne de bon nombre des membres de la FTQ, comme a pu le constater le Monde ouvrier lors de sa visite de l’usine d’affinage de cuivre de la compagnie CCR (Groupe Glencore) à Montréal.

«On ne voyait pas ça avant, mais depuis qu’on a pris un virage vers l’installation de plus de machineries, notamment pour l’automatisation des opérations, on a vu apparaître des cas de surdité avant la retraite», explique François Girard, représentant en prévention dans cette usine dont les travailleurs et travailleuses sont affiliés au syndicat des Métallos. «Voir des plus jeunes atteints d’une surdité reconnue par la CSST, c’est ce qui a sonné une cloche pour tout le monde ici, travailleurs et employeur. Avant on ne se posait pas de questions sur le bruit quand une nouvelle machine arrivait. Aujourd’hui, le comité paritaire s’est doté d’un plan, et la direction est tout à fait en accord avec nous sur cet enjeu», ajoute M. Girard.

Au cœur des discussions conduisant à ce plan d’intervention : faire remonter les problématiques liées aux bruits excessifs dans l’ordre des priorités. «Un bel exemple dans nos réalisations, ce sont des silencieux (muffler) qui ont été installés sur des tuyaux de souffleries qui communiquaient avec l’extérieur», rapporte Stéphane Beaulieu, représentant secteur cuivre du comité de santé et sécurité de l’usine.

«C’est un petit projet du point de vue technique et des coûts, mais 25 décibels en moins qui sont réduits à la source c’est majeur pour nous et aussi pour la communauté qui réside près de notre usine», signale M. Beaulieu. «C’est sûr qu’il y avait un enjeu de priorités d’investissement parce que concrètement ce type de projet ne change rien à la production, mais c’est un énorme changement d’environnement pour les travailleurs», analyse Geneviève Ouellet, superviseure en prévention et hygiène industrielle dans ce milieu classé prioritaire du point de vue de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST). «On a décidé de se conformer aux normes les plus sévères pour le bruit parce qu’on a vu des études qui prouvent que les normes minimales ne sont pas sans risques pour la santé», ajoute Mme Ouellet.

«Maintenant, on fait une évaluation annuelle de l’exposition au bruit dans l’usine et nous travaillons sur chaque problématique, une par une. On a encore certains équipements qui produisent près de 100 dBA à la source par moment, alors l’équipe de prévention s’est donné comme objectif collectif de réduire ces volumes», conclut M. Girard. Il cite en exemples le projet d’installation de silencieux sur un ventilateur ainsi que celui d’une cabine insonorisée qui seront réalisés d’ici la fin de l’année 2015.

Le Monde ouvrier tient à remercier Luc L’Allier du syndicat des Métallos, ainsi que le personnel de l’usine CCR pour sa collaboration.

Article paru dans le Monde ouvrier, no 111, mars-avril 2015