La sécurité, sans détour!

Photo: CNESST

Jacques Lajoie est un homme franc, au langage cru, qui ne lâche pas facilement le morceau. Lauréat du Grand Prix dans la catégorie Leader en santé et sécurité 2016, il s’implique en santé et sécurité depuis maintenant 25 ans. Il a d’abord commencé à la mine du Mont-Wright d’ArcelorMittal à Fermont, puis a poursuivi à l’usine de bouletage de Port-Cartier.

La piqûre lui est venue de bien triste façon. En 1989, un collègue de travail décède et Jacques participe à la décarcération. L’année suivante, un autre confrère s’est «fait passer dessus par un camion. Je me suis dit “assez, c’est assez!” Je me suis impliqué. On a revu les procédures de circulation dans la mine. J’ai été l’instigateur des premières activités de prévention. Avant, les délégués remplissaient surtout des rapports d’accident. Il y a eu un changement de culture», explique celui qui est représentant en prévention de la section locale 8664 depuis 2012, après avoir occupé ce poste pendant 22 ans à la section locale 5778 du Syndicat des Métallos.

Au début des années 2000, il a récidivé en contribuant à la production de vidéos sur les bonnes pratiques en santé et sécurité. Une formation a alors été préparée pour tous les travailleurs de la mine. L’an dernier, il a répertorié 110 bons coups en santé et sécurité à l’usine de bouletage de Port-Cartier qu’il a fait connaître par ses pairs.

Il n’hésite pas à arriver à 5 heures du matin pour s’assurer de rencontrer les travailleurs du quart de nuit. «La santé et la sécurité, ça se passe sur le terrain, pas derrière un bureau. Il faut aussi impliquer les travailleurs dans la résolution des problèmes. Avant, les patrons écrivaient les procédures. Mais pour que ça fonctionne, il faut que les travailleurs soient impliqués, c’est nous qui exécutons les tâches. Il va sortir beaucoup plus d’idées quand les travailleurs sont impliqués», explique ce grand défenseur du paritarisme en santé et sécurité.

À la porte de son bureau, on retrouve une maxime très significative: «Quand on ne peut revenir en arrière, il faut se préoccuper de la meilleure façon d’aller de l’avant. Mais le plus important n’est pas ce qu’on a fait, mais ce qui reste à faire.» Cette phrase guide ses actions pour pousser toujours davantage la prévention.

Ses défis de l’heure: la poussière et le bruit. Il préconise d’ailleurs un changement des normes en santé et sécurité pour tenir compte de la poussière inhalée faite de très petites particules qui entrent dans les poumons, plutôt que de se concentrer uniquement sur la poussière respirable qu’on retrouve dans les muqueuses du nez.

À moins de trois ans de sa retraite, il commence à transmettre son savoir à des plus jeunes. «Je leur dis de suivre ma “trail”, pas mes traces, pour ne pas faire les mêmes erreurs.» Il leur souhaite trois grandes qualités: la ténacité, la franchise et l’honnêteté. «Les gens apprécient ma franchise», conclut Jacques Lajoie. Il tient à partager cette reconnaissance avec tous les travailleurs qu’il a côtoyés. «C’est pour eux et avec eux que je fais ce travail et c’est eux qui font que j’aime le faire!»

Article paru dans Le Monde ouvrier, no 116, mai-juin 2016.