Éditorial : Droit de manifester et dialogue social…

Photo : Michel Giroux

Les manifestations du 1er mai dernier qui, rappelons-le, se sont déroulées de manière pacifique dans toutes les régions, ont été le théâtre d’une violence policière injustifiée. Plusieurs manifestantes et manifestants –les jeunes, tout particulièrement– ont été la cible d’attaques au poivre de Cayenne et à la matraque.

Ces scènes répétées de violence contre des manifestants sont malheureusement devenues si familières que certains pourraient penser qu’elles sont normales. Or, elles remettent en question nos principes démocratiques les plus importants.

À entendre certains politiciens ou éditorialistes dans les médias, protester, manifester, c’est-à-dire déranger, n’est plus acceptable. Il faudrait, au contraire, se taire et accepter les politiques de nos gouvernements parce qu’ils ont été élus démocratiquement.

En fait, c’est cette conception de la démocratie qui n’est pas acceptable. D’ailleurs, dans ce cas, ce ne serait plus une démocratie. Ce serait une sorte de dictature. Non, notre démocratie est réelle, elle s’incarne dans les milliers d’heures de débats, de consultations, de négociations nécessaires pour bien gouverner. Elle s’incarne dans un dialogue continu avec des partenaires sociaux qui acceptent des compromis sur leurs positions idéales pour faire avancer la société, l’économie, etc.

Sous couvert de lutte au déficit, le gouvernement de Philippe Couillard est en train de démanteler des avancées sociales majeures et il faudrait qu’on se taise ? Non.

Manifester ou faire la grève sont des droits légitimes. Ils sont nécessaires à la santé de notre démocratie. Or, au lieu de les protéger, nos gouvernements les attaquent. Le gouvernement du Québec donne sa bénédiction à la violence des corps policiers et aux municipalités qui adoptent des règlements liberticides.

Avec C-51, le gouvernement fédéral permettra aux services secrets de surveiller et même de saboter les activités de n’importe quel groupe citoyen qui, pour protester, aurait recours à une forme ou une autre de désobéissance civile. C-51 vise les « terroristes ». Mais, est-ce que ce sera comme à l’époque où la Loi du cadenas du premier ministre Duplessis visait les communistes et lui permettait de réprimer les syndicats? D’ailleurs, museler la contestation s’accorde bien avec l’attitude de ces gouvernements qui refusent d’engager un véritable dialogue social avec les acteurs de la société civile.

À notre avis, cette politique est contreproductive. Le mouvement syndical et les groupes de la société civile réclament à juste titre le droit de contester des décisions qui sont contraires à un certain idéal du bien commun. Ce qui est en jeu dans les débats sur l’austérité nous interpelle tous et toutes sur le plan de nos valeurs.

Ce gouvernement pourrait se donner un nouvel élan en ouvrant un véritable dialogue social comme il avait dit vouloir le faire lors de son élection. Un tel dialogue permettrait aux différents acteurs de notre société de s’exprimer, d’être écoutés et de participer à la définition de nouveaux consensus sur notre avenir collectif. La formule n’est pas magique, mais elle a le mérite d’être éprouvée.

Nous ne devons pas rester insensibles et muets face aux reculs démocratiques.

À nous, la rue !

Solidairement,
Daniel Boyer, président, et Serge Cadieux, secrétaire général

 

Éditorial paru dans la dernière édition du Monde ouvrier (no 112, mai-juin 2015)