Le RREGOP, un régime en excellente santé financière

Lettre d’opinion parue dans La Presse le 6 mai 2015
Par Daniel Boyer, président de la FTQ, Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN, et Lucie Martineau, porte-parole du SISP

En évoquant vouloir assurer la pérennité du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (le RREGOP), le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, désire imposer des reculs importants à ses propres employés. Or, à la lumière des données publiées lors de la dernière mise à jour actuarielle du régime, rien ne justifie les demandes du Conseil du trésor à la table de négociation. Avec un taux de capitalisation de 98,4 %, le RREGOP est pleinement en mesure de répondre à ses engagements actuels et futurs.

Martin Coiteux indique que le taux de cotisation des salariés n’a jamais été aussi élevé. Soit. Mais a-t-il déjà oublié que lors de la crise financière de 2008, la caisse des participants, gérée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, a perdu 25 % de sa valeur? Que ces pertes aient pu être renflouées en à peine 5 ans grâce, entre autres mesures, à une augmentation raisonnable du taux de cotisation, nous démontre plutôt la maturité et la santé du régime. Visionnaires et responsables lors des négociations de 2010, les organisations syndicales du Front commun avaient tenu à apporter des modifications au régime afin d’en stabiliser le taux de cotisation.

La volonté du gouvernement de faire passer de 5 à 8 ans la période de calcul des rentes, d’augmenter la pénalité actuarielle et de reporter l’âge de la retraite sans pénalité à 62 ans provoquerait un appauvrissement indéniable des retraités de l’État, dont les rentes moyennes, se situant à 19 000 $ par année, sont très loin du cliché de la retraite dorée.

Partout dans le monde, des employeurs ont voulu profiter des difficultés traversées par certains régimes de retraite pour diminuer les bénéfices des retraités et ainsi réduire leurs engagements financiers envers leurs salariés. Cette réalité frappe aussi le Québec, comme nous l’avons vu avec l’adoption du projet de loi 3 portant sur les régimes de retraite municipaux : peu importe la situation particulière propre à chaque régime, les modifications ont été apportées mur à mur, sans distinction. Le gouvernement voudrait aujourd’hui s’attaquer aux bénéfices offerts par le RREGOP, alors que celui-ci répond en tout point, et ce, depuis 1982, aux exigences imposées par le projet de loi 3 : ses coûts sont partagés à 50/50 entre les salariés et l’employeur et sa capitalisation est maintenant pleine et entière.