Solidarité au Nicaragua

Au début de l’année, Serge Lalonde, vice-président du Conseil provincial des affaires sociales (CPAS) du SCFP, a passé quelques semaines au Nicaragua. Il a mis les pieds dans un pays en pleine crise, secoué par la grève des employés du secteur de la santé. Serge a rencontré le trésorier et responsable des relations internationales du syndicat Fetsalud, le docteur Andres Zamora, qui lui a expliqué les enjeux du conflit. Nous ne pouvons que saluer la solidarité et les gains obtenus par ces travailleurs dans un contexte politique difficile.

Un bel exemple : la grève du syndicat de la santé Fetsalud au Nicaragua.

Le Nicaragua, un pays splendide, pays de volcans où les véhicules utilitaires sport (VUS) partagent la route avec chevaux et les charrettes, où il n’est pas rare de voir cinq personnes accrochées à la même moto. À la sortie de Managua, des enfants sont sur le bord de l’autoroute, une pelle et un seau à la main et ramassent des cailloux. Ils ont entre 5 et 10 ans et profitent des moments moins achalandés pour courir vider le contenu de leur seau dans les nids de poule. À l’occasion, un automobiliste s’arrête pour leur donner quelques sous.

Au Nicaragua, il y a 60 % de chômeurs et le salaire minimum est de 90 $ US par mois. C’est le deuxième pays le plus pauvre des Amériques, marqué profondément par une guerre financée par les États-Unis (de 1982 à 1990), mais aussi par les glissements de terrain et les ouragans (Mitch entre autres).

C’est dans ce contexte que des médecins ont déclenché une grève en novembre 2005 suivis, en janvier 2006, par les 23 000 travailleuses et travailleurs de la santé, dont la plupart gagnaient moins que le salaire minimum. Leurs demandes : une augmentation uniforme pour tout le monde, la fin des privatisations dans les services de santé et le rétablissement des budgets pour les médicaments qu’on avait coupés de moitié. Les députés à l’Assemblée nationale avaient unanimement voté des augmentations importantes (48%), mais le Fonds monétaire international (FMI), comme condition pour l’octroi de tout nouveau prêt, avait fixé à moins de 10 % le plafond des augmentations. Le conflit de travail s’est donc poursuivi. Et les prestations de grève, direz-vous? Oubliez ça, compte tenu de leurs salaires, ces travailleurs ne paient pas de cotisation syndicale.

Finalement le 6 avril dernier, après six mois de grève, voyant le courage des travailleurs de la santé, le gouvernement a cédé. Aux dernières nouvelles, il attendait toujours la réaction du FMI à cette bravade. Dans sa lutte, le syndicat exigeait non seulement des augmentations de salaires, mais il demandait aussi des changements importants pour la population. Et ils l’ont remporté sur presque tout : des augmentations de 30 % en deux ans pour les travailleurs gagnant moins de 1176 $ US par année et la majoration des budgets pour les médicaments fournis à la population dans les cliniques et hôpitaux publics. Ils ont également obtenu la fermeture des services et des lits privés à l’intérieur des hôpitaux et centres de santé publics, et la promesse du gouvernement de réduire le coût des médicaments grâce à un programme d’utilisation de médicaments génériques.

Un bel exemple de lutte et de solidarité qui portent fruits!
Serge Lalonde
VP CPAS-SCFP