Réaction à la lettre ouverte d’Olivier Rancourt parue dans La Presse le 19 août 2022 « Régime de rentes du Québec : Pour le bien-être des Québécois, il faut pouvoir se désaffilier. »

Régime de rentes du Québec : Pour le bien-être des Québécois, il faut un régime public et universel.

Nous avons lu avec attention la lettre d’Olivier Rancourt, économiste à l’Institut économique de Montréal (IEDM), publiée vendredi dernier dans La Presse. Et quelle ne fut pas notre surprise de constater que l’IEDM propose, avec la plus grande désinvolture, une privatisation partielle du Régime de rentes du Québec alors que les régimes publics en vue de la retraite au Québec et au Canada figurent déjà parmi les moins généreux des pays de l’OCDE. Est-il nécessaire de souligner qu’actuellement plus de 6 travailleurs sur 10 n’ont pas de régime de retraite offert par leur employeur et que plus de 4 retraités sur 10 dépendent du supplément du revenu garanti pour réussir à joindre les deux bouts? Nul besoin d’insister sur le fait qu’il serait totalement dangereux et irresponsable pour le Québec de considérer la voie de la désaffiliation.

L’IEDM adhère sans doute à cette philosophie économique libertarienne qui prétend que le chacun-pour-soi est gage d’épanouissement. À la FTQ, nous sommes en total désaccord avec cette idée et heureusement, le Québec a fait des choix différents au cours de son histoire afin d’assurer une certaine justice grâce à la mise en place d’un filet social dont fait partie le Régime des rentes du Québec.

L’argument que M. Rancourt met de l’avant, prétendant que la prise en compte des facteurs ESG (environnement, sociétal et de gouvernance) aurait valu à la Caisse de dépôt et placements du Québec (CDPQ) une sous-performance est complètement faux. Il est maintenant reconnu que la prise en compte des facteurs ESG crée au contraire de la valeur sur le long terme. Investir dans des entreprises qui bafouent les droits des communautés et qui détruisent l’environnement n’est pas viable. Sans compter que ce seront ces mêmes municipalités et États qui devront assumer les coûts qui auront été externalisés par les entreprises ayant de mauvaises pratiques environnementales.  Par ailleurs, il est noté que la CDPQ a surpassé ses indices de référence pour les deux trimestres auxquels il fait référence.

En 2022, les grands gestionnaires institutionnels ne peuvent faire abstraction de la crise climatique que nous vivons actuellement et le désinvestissement ordonné dans les énergies fossiles n’est que souhaitable pour l’avenir de nos enfants et celui de cette planète.

La lettre de M. Rancourt n’est pas documentée et même s’il semble dire que « certaines voix s’élèvent »  pour appuyer son propos, elles ne sont pas identifiées. L’IEDM utilise le prétexte des ESG simplement pour mettre de l’avant l’idée de la privatisation de la retraite.  En période électorale, ces propos sont inquiétants, surtout quand on sait que deux économistes issus de cette organisation seront candidats aux prochaines élections. Partagent-ils le point de vue de M. Rancourt? Dans tous les cas, cette publication lève un drapeau rouge et il faudra être aux aguets lorsque viendra le temps de faire notre choix dans l’urne le 3 octobre prochain.

 

Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Denis Bolduc, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)