Quels sont les futurs possibles pour la FTQ en 2042?

Les dernières années ont montré à quel point les certitudes que nous tenons pour acquises peuvent être remises en question. Pensons uniquement aux mesures sanitaires découlant de la pandémie, à la guerre en Ukraine ou à l’inquiétante montée de l’extrême droite. En ce moment, l’avenir apparaît pour le moins incertain. Il en est de même pour la FTQ et le mouvement syndical en général.

C’est pourquoi, dans le cadre de son 33e Congrès, la FTQ souhaite se projeter dans l’avenir, en 2042 pour être plus précis, grâce à un exercice de prospective. Cette méthode, qui n’est pas synonyme de science-fiction, de dystopie ou d’utopie, a pour objectif de décrire les futurs possibles et de soutenir la prise de décision. Cela peut sembler abstrait à première vue, mais plusieurs entreprises, gouvernements et syndicats ont recours à cette méthode. Entrevoir ce que demain pourrait être demeure une excellente façon de réfléchir le présent et de se poser des questions fondamentales et urgentes. Où la FTQ veut-elle aller? Quelle est sa vision pour l’avenir? Quelles sont les actions requises à moyen et à long terme pour mettre en œuvre sa vision? Comme l’avenir n’est pas coulé dans le béton, la FTQ et ses syndicats affiliés peuvent se préparer et se mettre en action.

Jusqu’au Congrès, des activités de réflexion et de consultation seront organisées avec des représentants et des représentantes des syndicats affiliés et des conseils régionaux.

8 grandes thématiques sont discutées dans cette démarche

1. Le poids de la FTQ (la force du nombre)

Le poids de la FTQ réfère essentiellement à son nombre de membres. Celui-ci est comparé non seulement aux autres organisations syndicales, mais aussi par rapport au total de personnes qui travaillent. Le poids de la FTQ dépend principalement de la capacité de ses syndicats à recruter de nouveaux membres, particulièrement dans le secteur privé où les défis sont plus grands.

Cette variable joue un rôle déterminant pour une foule d’autres facteurs pour la FTQ comme ses capacités financières (la cotisation), son influence politique, sa renommée ainsi que sa légitimité comme représentant des intérêts de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Quel sera le pouvoir d’attraction de la FTQ? Quelles seront les capacités de recrutement des syndicats affiliés? Quel sera le potentiel de croissance pour les syndicats?


2. L’unité syndicale (FTQ et mouvement syndical)

Le débat sur l’unité syndicale en 2021 n’est pas de même nature que dans les années 1960 où l’on envisageait une fusion de la FTQ et de la CTCC (ancêtre de la CSN) ou dans les années 1970 quand la CSN et la CEQ ont entamé des pourparlers sur le sujet. Le pluralisme syndical au Québec semble être là pour de bon, du moins pour les 20 prochaines années! L’unité syndicale ne réfère donc pas à une unité organisationnelle, mais plutôt à une unité d’action et à une solidarité dans le respect de la diversité de chaque organisation.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Quelle sera l’ampleur du maraudage? Le mouvement syndical sera-t-il fragmenté ou uni? La FTQ réussira-t-elle à maintenir l’unité en son sein? Quelles seront les relations entre les organisations syndicales?


3. La démocratie syndicale (participation et délibération)

La démocratie syndicale doit reposer sur une structure de discussions et d’échanges qui favorise le développement d’idées et d’opinions. Elle doit également permettre à tous les membres de faire valoir leur point de vue. Ainsi comprise, la démocratie syndicale assure une voix à tous les travailleurs et à toutes les travailleuses bien que la règle de la majorité prévale pour la prise de décision.

La démocratie syndicale est encouragée par différents leviers. Le premier est la volonté et la possibilité pour les membres d’exprimer leurs opinions dans les différents forums syndicaux existants. Le deuxième renvoie à l’image syndicale. Un syndicat qui aurait la réputation d’être plus ou moins démocratique pourrait éprouver des difficultés à conserver et à recruter de nouveaux membres particulièrement en contexte de concurrence syndicale. Enfin, les dirigeants peuvent agir comme levier de la démocratie lorsqu’ils sont animés par des valeurs de justice et d’équité.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Comment la participation évoluera-t-elle dans les prochaines années? Est-ce qu’elle se stabilisera, s’effritera où se ravivera? Comment évoluera la démocratie dans les syndicats affiliés à la FTQ? Est-ce qu’ils revitaliseront leurs pratiques démocratiques insufflant par la même occasion un nouvel élan à la centrale? Ou au contraire, vivront-ils une chute de la participation de leurs membres dans leurs propres instances? En réalité, si les affiliés ont des pratiques démocratiques fortes, elles se reflèteront à la FTQ.


4. Diversité et inclusion

Au Québec, 12,3 % de la population active s’identifie comme appartenant à une minorité visible, 48 % de la population active sont des femmes et 16 % de la population de 15 ans et plus a une incapacité, dont 55 % sont en emploi. La proportion de personnes appartenant à une minorité visible est amenée à croître en raison de l’immigration. Pour la FTQ, les enjeux de diversité et d’inclusion sont d’une importance fondamentale non seulement pour assurer le respect et la dignité de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses, mais également parce que le rapport de force des syndicats en dépend. Il s’agit là d’un enjeu intemporel parce que le mouvement syndical n’a jamais été homogène. Il a toujours été diversifié et ne comportait pas uniquement des hommes exerçant des métiers manuels.

Alors que le Québec deviendra de plus en plus diversifié et que les lieux de militance se multiplient, la manière dont la FTQ s’appropriera ces enjeux sera déterminante pour son avenir. Par exemple, les micro-agressions et le harcèlement que subissent les personnes issues de la diversité rendent les espaces de militance syndicale non sécuritaires et donc peu attrayants pour les militants et militantes qui peuvent faire le choix d’aller militer dans des espaces plus inclusifs à l’extérieur du mouvement syndical.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Quelles seront les nouvelles pratiques adoptées par la FTQ? L’impact des questions de diversité et d’inclusion sur la solidarité. L’évolution des pratiques et de la représentativité des syndicats affiliés.


5. Les initiatives portées par la FTQ

Dès la fin des années 1800, les syndicats ont ressenti le besoin de créer des structures intersyndicales, notamment les conseils du travail et les centrales syndicales. Les principales missions de la FTQ comme centrale syndicale (core business) n’ont pas vraiment changé et ne risquent pas de changer au cours des 20 prochaines années. C’est toutefois dans la façon d’exécuter ses principales missions et dans la mise sur pied de nouvelles initiatives que l’on peut juger de la pertinence et de l’utilité de la FTQ. Par exemple, la création du Fonds de solidarité a montré que la FTQ était capable d’ambition et de vision.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Est-ce que la FTQ saura s’adapter à l’évolution de la société et des besoins de ses affiliés? Si oui, quels genres d’innovation ou de nouvelle initiative pourraient être mis de l’avant (idées, projets, pratiques)?


6. Le contexte politique

La puissance et l’importance du mouvement syndical sont en grande partie tributaires du contexte politique. Lorsque les partis politiques progressistes ou ayant un préjugé favorable aux travailleurs et aux travailleuses sont portés au pouvoir, ils ont généralement tendance à considérer les syndicats comme étant des acteurs légitimes. Les lois du travail sont modifiées de manière avantageuse, le dialogue social est plus approfondi. Au contraire, la droite marginalise, voire diabolise, les syndicats et adopte des lois rétrogrades.

Au cours des 20 prochaines années, la FTQ et ses syndicats seront grandement affectés par l’évolution du paysage politique, c’est-à-dire du type de partis politiques qui prendra le pouvoir. À cet effet, la FTQ peut tenter d’influencer le cours des choses, mais l’impact syndical demeure généralement limité. Ce sont davantage des facteurs externes à la centrale qui viendront déterminer si les partis politiques élus seront favorables ou pas au mouvement syndical.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Quelle sera l’évolution du paysage politique? Quelle sera l’attitude des gouvernements et des employeurs face aux syndicats? Quel sera l’avenir de la concertation et du dialogue social?


7. La transition écologique

Les changements climatiques réfèrent à des variations dans les modèles de températures, variations qui surviennent historiquement sur de longues périodes. Or, depuis la révolution industrielle, le climat se réchauffe à un rythme sans précédent. Le GIEC prévoit qu’entre 2021 et 2040, la planète pourrait connaître une hausse de température de 1,5°C comparativement à l’ère préindustrielle (1850-1900). Pour éviter d’aller au-delà de cette cible, il faudrait viser une réduction des émissions de GES de 37 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant des activités humaines sont la principale cause du réchauffement climatique, lequel peut entraîner de nombreuses catastrophes naturelles (hausse du niveau des eaux, tempêtes plus violentes, fontes des glaces, canicules plus fréquentes, perte des habitats pour les plantes, les animaux et les humains et humaines) et provoquer une augmentation des réfugiés climatiques. Ces transformations appellent à des actions pour assurer une transition écologique.

Qu’en sera-t-il en 2042?

La transition environnementale sera-t-elle imposée ou négociée? Quels seront les impacts sur l’emploi? Y aura-t-il une augmentation ou une diminution des inégalités?


8. La transition numérique

La numérisation de l’économie transforme notre façon de vivre, de travailler, de consommer et de produire des biens et services. Parmi les principales avancées, on retrouve notamment l’infonuagique (cloud), l’Internet des objets (ou objets communicants), la robotique, l’analyse avancée (y compris les mégadonnées, l’intelligence artificielle (IA) et les algorithmes), les matériaux de pointe, la téléprésence et la réalité virtuelle, les technologies décentralisées de production (impression 3D) et les technologies des chaînes de blocs.

Ces changements technologiques, que l’on qualifie souvent de 4e révolution industrielle, transforment les milieux de travail et interpellent les syndicats dans tous les aspects de leur action.

Qu’en sera-t-il en 2042?

Quels seront les secteurs plus vulnérables? Est-ce qu’il y aura une polarisation du marché de l’emploi? Ferons-nous fasse à une délocalisation tous azimuts des emplois?


Consulter la page du 33e Congrès de la FTQ.