Presse écrite au Québec – Péril en la demeure!

Daniel Boyer et Serge Cadieux

Photo: Eric Demers

Éditorial du Monde ouvrier, no 126, mai-juin 2018

L’accessibilité à une information diversifiée et de qualité est un gage de la santé de la démocratie d’une société. Au Québec, comme ailleurs dans le monde, il y a péril en la demeure.

La survie de la presse écrite, telle qu’on la connaissait depuis toujours, est sérieusement mise en danger. L’existence de La Presse, du Devoir, des quotidiens du Groupe Capitales Médias et de plusieurs hebdomadaires est menacée.

Un modèle d’affaire en danger

La Presse, dont le changement de statut en organisme à but non lucratif (OBNL) se jouait au moment de mettre sous presse, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la tourmente qui agite le monde des médias.

Il en va de même pour les quotidiens du Groupe Capitales Médias qui chapeaute notamment Le Soleil, La Voix de l’Est, Le Droit et Le Nouvelliste. Le prêt de 10 M$ que le gouvernement Couillard leur a accordé serait insuffisant pour assurer la survie de ces quotidiens à moyen et long terme. On sait que Le Devoir a aussi besoin d’une contribution financière de plusieurs lecteurs ou entités corporatives pour survivre année après année. La rumeur veut que l’édition du Saguenay – Lac-Saint-Jean du Journal de Québec cesserait d’être publiée. Ceci démontre que même Québécor est en train de changer son modèle.

Cette situation de crise est en grande partie provoquée par les Google et Facebook de ce monde qui accaparent aujourd’hui plus de 80% des revenus publicitaires dont les médias bénéficiaient auparavant. Malheureusement, ces géants américains ne sont pas taxés par les différents paliers de gouvernement. Pourtant, ils diffusent du contenu qui est produit chez nous sans que les médias et les journalistes ne récoltent ne serait-ce qu’un seul dollar de redevances.

De graves conséquences

La FTQ poursuivra son travail pour soutenir publiquement le combat des journalistes pour maintenir des salles de presse indépendantes et pourvues de moyens financiers suffisants leur permettant d’offrir une information de qualité, et ce, à la grandeur de la province.

Nous maintiendrons la pression auprès des gouvernements afin qu’ils aient le courage politique de changer les règles du jeu et de percevoir des redevances auprès des Google et Facebook, ce qui leur permettrait d’investir dans le maintien et la croissance de la diversité de l’information.

La FTQ joue déjà un rôle important à l’intérieur de la Coalition pour la culture et les médias qui est à l’origine du Manifeste pour la pérennité et le rayonnement de la culture et des médias nationaux à l’ère numérique. Nous continuerons, à l’intérieur de cette coalition, à faire pression pour que les géants du Web paient leur juste part.

Mais nous devons aussi envisager d’autres moyens de rejoindre nos membres et l’ensemble de la population. Les possibilités sont nombreuses et la réflexion devra se poursuivre. L’ensemble de la société québécoise devra se mobiliser et faire preuve de créativité si nous voulons avoir une information de qualité qui nous ressemble et nous rassemble.

Solidairement,

Daniel Boyer et Serge Cadieux, respectivement président et secrétaire général de la FTQ