Le président de la FTQ répond aux arguments tendancieux du patronat sur la réforme de la Loi sur la santé et la sécurité du travail

Daniel Boyer, président de la FTQ

Photo: Eric Demers

Ce mardi 25 février, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante ont, dans une lettre ouverte, plaidé pour la modernisation de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Pour une rare fois, nous sommes d’accord avec le patronat, mais pas pour les mêmes raisons. Ça fait 40 ans que la FTQ demande aux gouvernements qui se sont succédé de mieux protéger les travailleurs et travailleuses avec, entre autres, des représentants en prévention dans tous les milieux de travail, ce à quoi s’oppose en passant le patronat.

Dans leur lettre ouverte, les associations patronales se plaignent des réclamations en surdité acceptées et des coûts qui y sont associés, qui en 2018 ont été deux fois plus nombreuses au Québec qu’en Ontario. Cependant, elles oublient de dire que la norme d’exposition maximale au bruit est de 90 décibels (dba) au Québec et de 85 en Ontario. Les patrons du Québec font des choix d’économie de bout de chandelle en refusant d’ajouter des dispositifs anti-bruit sur leurs machines. Donc le Québec produit des sourds parce que le patronat ne réduit pas le bruit à la source.

Les patrons se plaignent également de la paperasse que nos médecins doivent remplir pour le suivi des cas de santé et sécurité du travail. Une fois de plus, ils passent sous silence qu’en 2018, 71 % des contestations au Bureau d’évaluation médical provenaient des employeurs, qui sont donc les premiers responsables des délais de traitement qui mène à l’accumulation de la paperasse à remplir.

Ce que refuse de comprendre le patronat, c’est que plus il y a de prévention, moins il y a d’accidents du travail et de maladies professionnelles.

Au lieu de s’apitoyer constamment sur son sort sans rien proposer de constructif, le patronat devrait se concerter pour faire en sorte que nos travailleurs et travailleuses puissent pratiquer leur métier en toute sécurité et sans craindre d’être victimes d’accident de travail ou de maladie professionnelle. Pourtant, les patrons ne sont pas sans savoir que chaque dollar investi en prévention permet d’économiser jusqu’à 10 $ en indemnisation, en réadaptation et en perte de productivité.

La FTQ attend avec impatience le projet de loi sur la modernisation de la Loi sur la santé et la sécurité du travail que le ministre Jean Boulet a promis de déposer. L’an dernier, c’est plus de 100 000 travailleurs et travailleuses qui ont subi une lésion professionnelle. Et chaque année, c’est plus de 200 travailleurs et travailleuses qui décèdent, victimes d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Ça ne peut plus être toléré, il faut que ça cesse ! Comme le dit si bien le patronat dans sa lettre, « nous méritons un régime plus efficace et plus responsable ».