Mobilité de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction

La FTQ et la FTQ-Construction ont envoyé, le 8 avril dernier, une lettre concernant la mobilité de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction aux ministres de la CAQ responsables des régions leur demandant d’intervenir auprès de leur gouvernement afin de préserver les emplois dans les régions pour les travailleurs et travailleuses de la construction.

Lettre adressée aux 14 ministres responsables des régions du Québec.*


Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre

En 2019, l’industrie de la construction a atteint des sommets avec des investissements de près de 53 milliards de dollars et avec les 177,2 millions d’heures travaillées enregistrées. Elle représente 1 emploi sur 20 au Québec et est composée d’un bassin de 175 893 travailleurs et travailleuses et de 26 005 entreprises.

En 2020, le gouvernement du Québec met rapidement l’industrie de la construction à l’avant-plan de la relance économique annoncée afin de contrer les conséquences désastreuses de la pandémie de la COVID-19. La FTQ et la FTQ-Construction avaient alors salué cette initiative. Les travailleurs et travailleuses de la construction de toutes les régions ont donc pu conserver leur emploi et gagne-pain. Depuis, ils ont fait preuve d’adaptation, de résilience et de persévérance dans un contexte de travail difficile comportant des risques accrus pour leur santé, une charge de travail plus élevée et des incidences sur leur vie personnelle.

Aujourd’hui, il est de notre devoir de vous exprimer nos inquiétudes en matière d’embauche régionale. Le gouvernement du Québec doit s’assurer que la relance économique a des retombées réelles en termes d’emplois dans les régions. L’activité économique régionale nous tient à cœur. Nous considérons les projets annoncés pour assurer la relance économique comme de bonnes perspectives d’emploi et une opportunité de créer et de maintenir le bassin de travailleuses et de travailleurs qualifiés dans les régions pour aujourd’hui et pour l’avenir.

Comme vous le savez, les emplois dans l’industrie de la construction ne sont pas garantis. Pour faire une bonne année, un travailleur peut avoir passé par différentes périodes d’emploi et de non-emploi. Il peut avoir eu plusieurs employeurs dans une même année. L’employeur peut le rappeler ou ne pas le rappeler. Il peut même embaucher quelqu’un d’autre s’il le veut. Rien n’est garanti! Même pas le nombre d’heures hebdomadaires.

Imaginez maintenant qu’il y a un gros chantier près de chez vous et que vous ne puissiez pas y travailler parce que l’entreprise vient de l’extérieur de la région et a déjà toute sa main-d’œuvre. Voici le scénario que nous voulons à tout prix éviter.

La priorité d’embauche régionale qui est prévue au Règlement sur l’embauche et la mobilité des salariés dans l’industrie de la construction (R-20, r.6.1) et aux conventions collectives sert à maintenir un équilibre et une certaine sécurité d’emploi. Ces objectifs légitimes sont toutefois attaqués par les associations patronales devant les tribunaux. Dans ce contexte, il nous semble impossible de négocier des clauses qui peuvent prioriser les emplois en région avec la partie patronale.

Nous sommes persuadés que la question de l’embauche régionale ne peut pas rester sans réponse et sans mesures concrètes. Il n’est pas acceptable que des travailleurs de l’extérieur occupent les emplois disponibles tandis que des travailleurs compétents et qualifiés de la région ne réussissent pas à avoir un revenu décent ou sont au chômage ou au bord de la faillite. Il est primordial que le gouvernement fasse un effort pour stabiliser la demande de main-d’œuvre en se dotant d’une politique de planification des travaux de construction publics et de mesures visant à assurer la priorité d’embauche régionale dans les contrats publics.

L’embauche régionale est un des principes fondamentaux du système de gestion de main-d’œuvre de la construction. Ce système priorise des milliers d’emplois dans toutes les régions tout en permettant une mobilité de la main-d’œuvre. De nombreux maires et décideurs publics des régions du Québec appuient nos démarches afin de protéger la priorité d’embauche des travailleurs et travailleuses dans leur région.

Grâce au système actuel, 85 à 96 % des heures travaillées sont effectuées par des travailleurs et travailleuses provenant de leur région (sauf la Côte-Nord, où le taux est de 52 %). Notre objectif est de conserver cette stabilité dans toutes les régions, sans exception. Nos travailleurs et nos travailleuses des régions désirent avant tout travailler près de leur famille. Ils habitent leur région et l’argent qu’ils gagnent durement fait aussi tourner les économies régionales, ce n’est pas rien. Ils doivent pouvoir compter sur une priorité d’embauche pour les projets qui sont dans leur cour. Ils ont besoin de cette sécurité. Il s’agit d’une mesure essentielle, sans laquelle la main-d’œuvre ne souhaitera pas suivre une formation professionnelle pour intégrer la construction et les régions seront perdantes en termes d’emplois et de retombées économiques. Cette situation risque aussi de créer des conflits entre régions.

Le gouvernement du Québec peut agir à plusieurs niveaux. En tant que plus grand donneur d’ouvrage de la province, il est possible de prévoir un pourcentage d’embauche régionale. De telles pratiques ont déjà été adoptées au Québec et peuvent servir d’exemple.

Merci de l’attention que vous porterez à cet enjeu important pour les régions. Nous demeurons disponibles pour travailler sur des solutions avec vous.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, nos plus cordiales salutations.

Daniel Boyer,  président de la FTQ
Éric Boisjoly, directeur général de la FTQ-Construction


*Lettre adressée aux 14 ministres responsables des régions du Québec :

  • François Bonnardel, ministre responsable de la région de l’Estrie
  • Jean Boulet, ministre responsable de la région de la Mauricie
  • Benoit Charette, ministre responsable de la région de Laval
  • Pierre Dufour, ministre responsable de la région de l’Abitibi-Témiscamingue et de la région du Nord-du-Québec
  • Nadine Girault, ministre responsable de la région des Laurentides
  • Geneviève Guilbault, ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale
  • Simon Jolin-Barrette, ministre responsable de la région de la Montérégie
  • Jonatan Julien, ministre responsable de la région de la Côte-Nord et ministre responsable de la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
  • Mathieu Lacombe, ministre responsable de la région de l’Outaouais
  • Andrée Laforest, ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean
  • André Lamontagne, ministre responsable de la région du Centre-du-Québec
  • Caroline Proulx, ministre responsable de la région de Lanaudière
  • Marie-Eve Proulx, ministre responsable de la région de la Chaudière-Appalaches et ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent
  • Chantal Rouleau, ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal