Journée de réflexion sur la crise des médias

Parmi les conférenciers, conférencières et panélistes, outre le président de la FTQ, Daniel Boyer, ont pris part à cette journée Alain Saulnier, professeur invité au D.E.S.S. en journalisme à l’Université de Montréal; Stéphane Giroux, journaliste à CTV et président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec; Colette Brin, professeure au département d’information et de communication de l’Université Laval; Philippe Lapointe, vice-président des stations parlées de Cogeco Média et directeur général du 98,5 FM à Montréal; Nathalie Blais, conseillère syndicale au SCFP et coordonnatrice de la Coalition pour la culture et les médias; Alain Goupil, journaliste à La Tribune de Sherbrooke; Charles Michaud, éditeur à TopoLocal.ca; Marc-André Pelletier, journaliste et animateur de l’émission politique Si la tendance se maintient sur MAtv à Trois-Rivières; Marie-Ève Martel, journaliste à La Voix de l’Est et auteure; et Brian Myles, directeur du journal Le Devoir. Rendez-vous sur le site de la FTQ pour consulter le mémoire et pour regarder la vidéo récapitulative de cette journée de réflexion.

La Journée de réflexion sur la crise de médias organisée par la FTQ, le 13 avril dernier à l’ITHQ, a fait salle comble. Les syndicats affiliés, particulièrement ceux présents dans les médias, sont grandement interpellés par les enjeux liés aux transformations des médias. Cette journée a permis de faire le point sur les impacts dans nos milieux de travail ainsi que d’élaborer des stratégies de sortie de crise pour le maintien des emplois et la qualité de l’information. Les panélistes, conférenciers, conférencières et les personnes participantes ont été unanimes : le statu quo est intenable et on constate l’urgence d’agir.

La « montréalisation » de l’information

Les enjeux de production et de diffusion de l’information en région ont notamment été au cœur des discussions. Plusieurs observateurs et observatrices ont fait ressortir les disparités en matière d’accès à une information locale et régionale diversifiée entre les centres urbains et les régions, ainsi qu’au sein même des régions. La fermeture de certaines radios et de certains journaux régionaux, les compressions répétées dans les antennes télévisuelles locales ou la centralisation du traitement de l’information dans les grands centres comme Montréal font que les gens ne se reconnaissent plus dans l’information qui leur est présentée.

La FTQ dépose un mémoire

Les pistes de solutions pour assurer la survie des médias traditionnels, des salles de rédaction et des emplois qui ont émergé de cette journée ont servi à la rédaction du mémoire sur l’avenir des médias d’information que la FTQ a déposé, le 16 mai dernier, à la Commission de la culture et de l’éducation.

La crise que traversent les médias d’information et les difficultés s’étendent aussi à l’ensemble du milieu culturel. La disparition de quotidiens, d’hebdomadaires, de stations de radio et de télévision régionales est une catastrophe pour la diversité d’opinion et la diffusion de notre culture. Cela constitue un danger pour la santé de la démocratie au Québec et représente un enjeu sociétal de la plus grande importance.

Google et Facebook accaparent maintenant la grosse part des revenus publicitaires dont les médias bénéficiaient auparavant. Pire, ils diffusent du contenu qui est produit dans les médias traditionnels sans que ces derniers ou leurs artisans soient compensés financièrement. À cela s’ajoute aussi une crise du journalisme qui est forcé de se redéfinir à l’ère des réseaux sociaux, des fausses nouvelles, de la désinformation et des effets des algorithmes sur la consommation de l’information.

Dans ce mémoire, la FTQ et ses syndicats affiliés œuvrant dans le domaine des médias d’information ont répondu aux trois principales questions posées par la Commission de la culture et de l’éducation, soit l’identification des pistes de solutions quant au financement des entreprises et des organismes tout en préservant leur indépendance; la valorisation du rôle de l’information locale; et la viabilité des modèles d’affaires à l’ère numérique.

Après avoir énoncé les grands principes de l’aide gouvernementale, notamment la transparence, le soutien à l’information d’intérêt public et l’indépendance des salles de nouvelles, sept recommandations ont été formulées :

  1. Développer rapidement une stratégie concertée de sortie de crise entre les deux paliers de gouvernement;
  2. Établir une équité fiscale et réglementaire entre les géants du Web et les entreprises canadiennes et québécoises, et que le gouvernement du Québec fasse pression sur Ottawa pour obliger les plateformes numériques à percevoir et à verser la TPS;
  3. Augmenter la part des placements publicitaires provenant du gouvernement, des ministères, des organismes publics et des municipalités dans les médias traditionnels du Québec;
  4. Instaurer un crédit d’impôt remboursable sur la masse salariale dédiée à la production d’information semblable à celui du gouvernement fédéral;
  5. À l’instar du gouvernement fédéral, offrir un crédit d’impôt aux personnes qui s’abonneront à un média traditionnel ou numérique québécois, et offrir un taux plus élevé que celui du fédéral;
  6. Harmoniser sa fiscalité à celle du gouvernement fédéral en matière de dons aux médias, afin de permettre aux particuliers et aux entreprises de bénéficier d’un crédit d’impôt dans le cadre de leur déclaration de revenus du Québec;
  7. Promouvoir l’éducation aux médias.

Les syndicats sont des joueurs incontournables dans les médias et les salles de presse. De tout temps, la force syndicale a été un agent de changement. Dans la recherche de solutions de sortie de crise et de nouveaux modèles d’affaires, les travailleurs et les travailleuses ainsi que leurs syndicats doivent faire partie de l’équation.

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