Crise des médias : il faut agir… plus!

Serge Cadieux et Daniel Boyer

Photo: Isabelle Gareau

Éditorial paru dans Le Monde ouvrier, no 128 (novembre-décembre 2018).

Cela fait couler beaucoup d’encre depuis un certain temps : les médias, particulièrement les médias écrits, sont en crise. Dans une note interne du gouvernement fédéral rendue publique récemment par La Presse canadienne, on y révélait que le nombre de quotidiens au pays est passé de 139 à 88 entre 2008 et 2018, et que le nombre de travailleurs et travailleuses dans l’industrie a chuté pour passer de 36 000 en 2006 à 24 000 en 2016. Les médias locaux et régionaux n’échappent pas à cette crise.

La principale cause de cette crise est la baisse des revenus publicitaires. Or, la publicité, c’est le nerf de la guerre. Depuis quelques années, une part importante des investissements en publicité est passée des médias traditionnels aux médias numériques tels que Facebook ou Google, créant un manque à gagner important qui met en danger la survie de plusieurs médias.

En effet, ces géants du Web accaparent aujourd’hui plus de 80% des revenus de la publicité numérique au Canada, et cela sans être taxés par les différents paliers de gouvernement. Et rappelons que ceux-ci ne produisent aucun contenu journalistique, se contentant de vampiriser les médias traditionnels, tout en empochant les revenus publicitaires sans que les médias et les journalistes ne récoltent ne serait-ce qu’un seul dollar de redevances.

Dans sa récente mise à jour économique, le gouvernement fédéral a annoncé une aide de 595 millions de dollars sur 5 ans pour soutenir les médias écrits sous la forme de crédits d’impôt sur les coûts de main-d’œuvre, les abonnements Web et les dons de bienfaisance aux médias à but non lucratif. C’est bien, mais ce n’est pas assez! Il faut réfléchir à une solution à plus long terme pour s’assurer de la survie des médias traditionnels, des salles de rédaction, des emplois de journalistes.

Par exemple, Ottawa aurait pu prévoir des mesures pour forcer les géants du Web à payer des redevances aux médias qui produisent du contenu journalistique et investir ces sommes dans le maintien et la croissance de la diversité de l’information.

Pour ajouter au débat, la FTQ a amorcé des consultations dans le but d’organiser une journée de réflexion avec ses syndicats affiliés sur la crise que traversent les médias d’information. Cela va permettre de faire le portrait de la crise, de poser des questions sur les difficultés vécues par le milieu et de proposer des pistes de solution.

Une presse en santé, c’est une démocratie en santé. Il ne se passe pas une semaine sans que l’on annonce des fermetures de journaux, des mises à pied dans les médias et les salles de nouvelles. Nous devons réagir!

Solidairement,

Le président,
Daniel Boyer

Le secrétaire général,
Serge Cadieux