8 mars; Journée internationale des droits des femmes - Monsieur le ministre Boulet, écoutez-nous!

Le Collectif 8 mars, Molotov communications. Illustration: Valaska.

Lettre ouverte des vice-présidentes FTQ représentant les femmes, Joëlle Ravary, Suzy Beaudry et Nathaly Guillemette

La Journée internationale des droits des femmes se déroule cette année sous le thème « Écoutons les femmes ». Il y a un an presque jour pour jour, le Québec était frappé par la pandémie de la COVID-19. Les femmes, souvent les femmes racisées ou issues de l’immigration, celles qui ont été qualifiées d’« anges gardiens », celles qui nous nourrissent, prennent soin de nos ainés, nous soignent et font l’éducation de nos enfants, se sont retrouvées aux premières lignes de la crise sanitaire. En effet, les femmes sont majoritaires dans les services essentiels en contact direct avec le public et il en résulte qu’elles sont surreprésentées autant pour ce qui est des cas d’infection (56 %) que des décès (55 %) de la COVID-19 au Québec. C’est dans ce contexte de crise que se déploie le projet de « modernisation » du régime de santé et sécurité au travail, qui perpétue la discrimination systémique envers les travailleuses et qui constitue un exemple du refus du gouvernement d’écouter les femmes et de prendre en compte leurs réalités.

Pourquoi voulez-vous limiter la prévention pour les travailleuses?

Avec le nouveau projet de loi, 73 % des travailleuses sont considérées comme étant dans des milieux de travail à faible risque pour la santé et sécurité, ce qui a comme conséquence de limiter la prévention à laquelle elles auront accès. C’est le cas parce que, pour déterminer les niveaux de risque des milieux de travail (faible, moyen, élevé), votre gouvernement a choisi d’utiliser un indicateur qui minimise les risques encourus par les femmes. Plusieurs organisations ont décrié cette situation en commission parlementaire, nous attendons des modifications qui reflèteront les besoins réels des femmes.

Monsieur Boulet, vous vous êtes défendu en rappelant que « la discrimination à l’égard des femmes, la plus percutante, est dans le régime actuel ». Du même souffle, vous défendez votre réforme par le fait qu’elle est quand même un peu moins discriminatoire qu’un régime vieux de 40 ans. C’est un non-sens. Il y a 40 ans, les femmes mariées prenaient le nom de leur mari, l’agression sexuelle entre conjoints n’était pas considérée comme criminelle et l’avortement n’était pas encore décriminalisé. Le monde a évolué, nous sommes en 2021. En fait, les femmes ne s’attendent à rien de moins que l’égalité. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Pourquoi vous attaquer au retrait préventif des femmes enceintes?

Avec ce projet de loi, vous venez aussi sabrer l’autonomie décisionnelle du médecin traitant dans la mise en œuvre du retrait préventif. Sur ce point, c’est carrément un recul pour les femmes ! En effet, selon le projet de loi, ce retrait préventif relève du médecin chargé de la santé au travail. Ce dernier est choisi par l’employeur et les travailleuses n’auront donc aucune garantie de l’impartialité de celui-ci. C’est la perte d’autonomie du médecin traitant qui risque de mettre en danger les femmes enceintes et leurs enfants à naître. La pandémie de COVID-19 a révélé au grand jour les risques, souvent sous-estimés, auxquels plusieurs femmes sont exposées au travail. Il est essentiel que toutes les femmes enceintes ou qui allaitent, dans toutes les régions du Québec, aient un accès légitime et optimal au Programme pour une maternité sans danger (PMSD), sans disparités et sans iniquités.

Monsieur Boulet, vous dîtes avoir « écouté énormément » les groupes qui ont présenté des mémoires lors des consultations publiques sur le projet de loi. Pourtant, vous avez refusé d’effectuer une analyse différenciée selon les sexes de votre texte législatif, jugeant que cela n’était pas nécessaire. On vous demande aujourd’hui d’écouter les femmes et de faire les amendements nécessaires au projet de loi no 59 pour que leur santé et sécurité soit protégée. Cela passe par l’application de tous les mécanismes de prévention à tous les travailleurs et à toutes les travailleuses, par le maintien du Programme pour une maternité sans danger.


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