Retraites publiques : un changement de ton bienvenu!


Lettre d’opinion du secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux, publiée dans LaPresse+ le 25 mars 2016.


La décision de ramener de 67 à 65 ans l’âge d’accès au Régime de pensions du Canada (RPC) annoncée dans le premier budget du gouvernement Trudeau est une excellente nouvelle pour tous les travailleurs et travailleuses. Il en va de même pour l’augmentation de 10 % du Supplément de revenu garanti (SRG) pour les personnes âgées vivant seules. Et c’est, en plus, un changement de ton très important dans le dossier de la retraite.

Les conservateurs s’étaient alliés sans nuances aux lobbys patronaux qui réclament une diminution irresponsable des charges sociales. Encore la semaine dernière, dans ces pages, la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, proposait au gouvernement fédéral de rejeter l’hypothèse d’une amélioration du RPC pour, à la place, créer une sorte de régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) pancanadien.

Nous sommes soulagés de constater que le nouveau gouvernement refuse pour l’instant cette avenue. Car cette proposition n’aidera pas à sortir de la pauvreté les personnes âgées qui dépendent exclusivement du régime public. Au Québec, presque une personne retraitée sur deux (65 ans et plus) bénéficie du SRG destiné aux plus démunis. La Régie des rentes concluait en 2011 que le système actuel ne fonctionne pas pour 55 % des travailleurs et travailleuses et qu’il ne permettrait pas de leur assurer un « niveau adéquat de remplacement du revenu ».

Autrement dit, au Canada, le régime public est insuffisant pour permettre une vie décente. Plusieurs facteurs ont contribué à créer cette situation. On ne peut oublier, par exemple, que la majorité des employeurs n’ont pas rempli leur part du contrat social tacite qui a présidé à la création des régimes publics : ils devaient contribuer à l’édifice en mettant sur pied des régimes de retraite complémentaires (RCR). Or, dans la grande entreprise, la moitié des travailleurs et travailleuses participent à un RCR, mais dans les petites et
moyennes entreprises, c’est le cas pour seulement 5 % à 10 %. De fait, la grande majorité des entreprises n’ont aucun régime à offrir à leurs employés et employées.

L’autre contribution à l’édification de notre système de retraite devait venir de l’épargne individuelle. Or, on observe d’énormes disparités à cet étage de l’édifice. Après plusieurs décennies d’existence, les REÉR sont essentiellement utilisés par ceux et celles qui ont une importante capacité d’épargne. L’espace REÉR non utilisé au Canada a dépassé les 100 milliards de dollars ! Autrement dit, l’approche volontaire en matière de retraite ne fonctionne bien que pour ceux et celles qui ont des moyens.

C’est pourquoi la FTQ propose de doubler les rentes du Régime de rentes du Québec (RRQ) pour assurer une meilleure rente minimale à tous les Québécois et les Québécoises. Des simulations actuarielles indiquent que, pour éviter les écueils liés au transfert intergénérationnel, l’instauration d’un deuxième niveau à la RRQ actuel est viable. Toutes les informations sur notre proposition sont disponibles au public sur le site de la FTQ à la section « Une retraite à l’abri des soucis ».

La FTQ entend participer aux consultations annoncées par le ministre Bill Morneau au sujet de l’avenir du régime public de retraite. En plus d’être au cœur du filet de sécurité sociale canadien, cet enjeu a une incidence directe sur les conditions de travail de millions de travailleurs et travailleuses.