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2009-11-16
Avez-vous lu ça?
Accommodements raisonnables:
Québec recule
Jocelyne Richer
Publié le 09 novembre 2009
La Presse Canadienne
Québec
Tout indique que le projet de loi 16 sur les accommodements
raisonnables sera tué dans l'oeuf par le gouvernement.
Lors des consultations sur le sujet, début octobre, le projet de
loi piloté par la ministre de l'Immigration, Yolande James, avait
soulevé de vives controverses.
Un mois plus tard, la pièce législative devant favoriser la
diversité culturelle n'a franchi aucune nouvelle étape, et rien ne
figure à l'horaire, a indiqué le cabinet de Mme James, lundi.
L'étape suivante normale, soit l'étude article par article, a été
reportée sine die.
Officiellement, le projet figure toujours au feuilleton, mais le
gouvernement ne se fixe plus aucune échéance pour hâter son
adoption avant l'ajournement des Fêtes.
«Il faut prendre le temps qu'il faut», a indiqué l'attaché de
presse de la ministre, Luc Fortin.
Rappelons que, le mois passé, le projet de loi avait suscité
beaucoup de méfiance, en raison des menaces qu'il pourrait faire
peser sur l'égalité entre les sexes, sous prétexte d'accommoder les
immigrants et les membres des communautés culturelles.
Plusieurs organismes, dont le Conseil du statut de la femme (CSF)
et le Syndicat de la fonction publique (SFPQ), avaient réclamé des
amendements majeurs au projet, voire son retrait pur et simple.
L'intention de Québec était de forcer les ministères et organismes
gouvernementaux à se doter de directives destinées à répondre
favorablement aux demandes particulières des communautés
culturelles, incluant celles d'ordre religieux.
L'opposition officielle conclut du silence gouvernemental, depuis
la fin des consultations, que le projet de loi tombera aux
oubliettes.
«On sent un malaise très, très clair» au gouvernement, commente, en
entrevue téléphonique, le député péquiste responsable du dossier,
Benoît Charette.
Encore récemment, à l'occasion d'une interpellation en Chambre, il
dit avoir posé la question directement à la ministre quant à ses
intentions futures, «et elle est restée très évasive».
Le cabinet de la ministre James reconnaît que tout le contenu du
projet de loi fait présentement l'objet d'une «analyse».
Pressée de questions par l'opposition lors des consultations sur
son projet de loi, Mme James, sur la défensive, avait refusé de
donner explicitement préséance aux droits des femmes à l'égalité
sur la liberté religieuse.
Pour calmer le jeu, elle avait cependant convenu, à la demande
pressante du CSF, d'amender son projet dans le sens d'y énumérer
trois grandes valeurs de la société québécoise, à savoir la
séparation entre l'Eglise et l'Etat, la primauté du français et
l'égalité entre les sexes.
Mais aux yeux de l'opposition, c'était trop peu, trop tard, car
l'absence de directives claires du législateur aux tribunaux
ouvrirait la porte à tous les dérapages, selon elle.
Le PQ se réjouit donc de voir le gouvernement reculer, mais du même
souffle il lui reproche de ne pas agir de façon responsable pour
éviter une nouvelle crise identitaire au Québec.
«Est-ce que je me réjouis que le projet de loi dans sa mouture
actuelle soit mis de côté? Certainement. Est-ce que je me réjouis
de l'inaction du gouvernement? Non, parce qu'elle est grave en
conséquences», selon le député de Deux-Montagnes, qui appréhende
«une nouvelle crise sociale», comme celle qui avait précédé la
création de la commission Bouchard-Taylor.
C'est une décision rendue par la Commission des droits de la
personne, donnant le feu vert à la Société de l'assurance
automobile du Québec (SAAQ) pour procéder à des accommodements sur
la base de la religion, qui avait mis le feu aux poudres, lors de
l'étude du projet de loi 16.
Ainsi, des juifs hassidiques avaient obtenu de ne pas être évalués
par une femme, lors de leur examen de conduite, tandis que des
femmes musulmanes avaient gagné de ne pas être servies par un
homme.
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