Le projet éducatif de la FTQ

Pour mettre en place en 1972 le projet éducatif de la FTQ, les initiateurs se sont inspirés de plusieurs tendances en éducation des adultes qui traversaient le Québec à la fin des années 1960. Rappelons succinctement les plus marquantes.

  • De forts courants d’animation de groupe existaient au Québec depuis une dizaine d’années. Ainsi, quelques animateurs québécois, dont Roger Guy, s’étaient appropriés des méthodes de dynamique de groupe inspirées de Karl Rogers et nous faisaient découvrir l’utilisation de méthodes de groupe dans la formation à l’action et dans le développement personnel. Guy Beaugrand-Champagne formait massivement adultes et formateurs à une méthode de solution de problème et de prise de décision. Les méthodes d’animation reposaient sur une démarche collective comprenant l’analyse de la situation, l’identification des objectifs de changement, la conception d’un plan d’action et l’évaluation.
  • Plusieurs éducateurs populaires et syndicaux avaient côtoyé le penseur brésilien, Paulo Freire. Ce dernier avait développé une pensée pédagogique dont les initiateurs ont retenu deux éléments issus de l’approche conscientisante :

  1. L’adulte possède une riche expérience sur laquelle il faut s’appuyer, en la faisant s’exprimer et se systématiser.
  2. La formation faite par des pairs introduit un climat de confiance qui permet une meilleure compréhension des besoins et démystifie les étapes d’apprentissage à cause de la faible distance entre le formateur et la personne formée (rappelons que dans la méthode développée par Paolo Freire, l'alphabétisation était faite par des personnes récemment alphabétises elles-mêmes).
  • Les expériences de comités de citoyens où les populations opprimées s’engagent pour la défense de leurs droits et pour leur reconnaissance dans la société ont été également retenues. Ces mobilisations mettaient à contribution des techniques de conscientisation et de formation d’adulte en vue d’une action de changement.

Inscrit dans le contexte social de son époque et influencé par la mouvance de l’éducation populaire, le projet éducatif de la FTQ prend la forme d’un modèle qui propose une alternative au modèle dominant où un « maître » (un expert, un professeur) enseigne à l’élève ce qu’il doit savoir et apprendre. Le projet éducatif de la FTQ est basé sur un autre choix stratégique, soit celui de l’apprentissage par l’expérience. La formation des formateurs et des formatrices ainsi que la conception du matériel pédagogique sont conçus pour « favoriser un processus au cours duquel un savoir est créé grâce à la transformation de l’expérience » (Kolb).

Ce modèle alternatif définit l’apprentissage comme une expérience active qui tient pour acquis que les personnes possèdent les ressources nécessaires pour l’accomplir et lui donner un caractère dynamique. Selon cette conception, toute formation part des acquis de la personne qui apprend et sous-entend que la personne possède les moyens utiles à sa croissance, à son développement, à son orientation et à ses choix.

Il n’est pas étonnant que le mouvement syndical se soit intéressé à un tel modèle. Nés pour contrer l’injustice, la déshumanisation du travail, les syndicats croient aux avenues de la solidarité pour faire contre-poids aux pouvoirs des entreprises. Ils savent qu’ils ont la tâche de parler d’unité et de démocratie, d’inventer de nouveaux moyens pour créer une autre société. Implanter un projet éducatif qui n’aurait pas véhiculé des valeurs de respect, d’équité, de dignité et d’émancipation des personnes et des groupes aurait été anachronique.

Les contours du projet éducatif de la FTQ
Le projet éducatif de la FTQ s’appuie sur un principe directeur qu’on résume par les mots « Partir du connu pour aller à l’inconnu » et se caractérise par cinq (5) éléments qui représentent les choix faits par l’organisation dès 1974 :
  • Partir du groupe
  • Faciliter, réguler et produire des échanges qui permettent d’atteindre les objectifs fixés dans un cours donné (ex. confronter nos opinions sur la démocratie, sur l’intégration des personnes immigrantes, sur la valeur et l’exercice des droits, sur le rapport de force, etc.)
  • Transférer ces apprentissages dans le milieu de travail
  • Travailler en co-animation
  • Offrir une formation donnée par les pairs
Partir du groupe suppose qu’une grande place est donnée aux personnes participantes pour qu’elles puissent faire référence à leur expérience et ainsi se sentir motivées d’entrer dans l’expérience de formation. Cela exige des formateurs et des formatrices des capacités de s’adapter aux groupes, d’établir un climat de confiance, de reconnaître la parole et les silences des personnes.

Entre alors en jeu la deuxième caractéristique, qui permet aux individus de devenir attentifs, d’approfondir, de questionner leur rôle, leur place dans le mouvement syndical et dans la société. L’animation (facilitation, régulation, production) des formateurs et des formatrices doit refléter et permettre cette exploration : les personnes échangeront entre elles dans le respect des différences d’opinion et des diverses pratiques syndicales, elles seront encouragées au débat dans une approche qui assure intensité et cohésion.

L’animation doit aussi permettre la mise en commun des savoirs des participants, leur synthèse en un tout compréhensif et utile. Un complément théorique sera proposé au besoin pour ouvrir à de nouvelles perspectives. Si les individus acceptent alors de risquer, ils expérimenteront ces nouveaux savoirs dans leur milieu de travail.

Cette démarche s’appuie sur le choix de la co-animation de façon à mettre en évidence le travail en équipe et la solidarité qui rejoignent les valeurs du mouvement syndical. De plus, l’attention de deux formateurs aux besoins et aux intérêts du groupe soutient mieux les apprentissages.

Cette démarche conduit également à utiliser comme formateur et comme formatrice, des personnes issues du milieu syndical, c’est-à-dire des pairs, afin que le choix des situations à être débattues dans les cours, l’analyse des savoirs et l’ajout de nouvelles connaissances soient liées aux réalités des milieux de travail et soient appropriées aux orientations du mouvement syndical. C’est ainsi que le projet éducatif prend du sens et devient crédible.

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