Volte-face révoltante du gouvernement Charest dans l'industrie du vêtement : Abolition des protections sur les conditions de travail dans l'industrie du vêtement

Montréal, dimanche 30 novembre 2003 – Le gouvernement Charest s’apprête à saborder, à compter du 1er janvier 2004, toutes les normes supérieures à la Loi sur les normes minimales dont les travailleuses et travailleurs du vêtement au Québec bénéficiaient depuis l’abolition des décrets de convention collective dans cette industrie le 30 juin 2000. Actuellement l’industrie compterait près de 46 000 travailleuses et travailleurs dont 85 % dans la confection seulement.

Des dizaines de milliers de couturières gagnant un maigre 7,75 $ ou 8,40 $ de l’heure selon leur classification, des presseurs à 10,25 $ et des coupeurs à 11,85 $ perdront, le 1er janvier prochain, la garantie du maintien de ces taux minimum applicables à l’industrie.

Ces travailleuses perdent également la garantie de leur quantum de vacances (3 semaines après 3 ans) qui est aujourd’hui supérieure à ce qui est prévu dans la Loi sur les normes minimales de travail.

Leurs congés fériés sont réduits de 10 à 8 et elles perdent leurs congés payés de fin d’année (26 au 31 décembre et 2 janvier) tout en voyant leur semaine de travail passer de 39 à 40 heures.

Ces réductions dans les conditions de travail peuvent paraître banales pour le commun des mortels mais il faut se replacer dans le contexte de ces milieux de travail extrêmement difficiles, où le travail est physiquement très exigeant, demandant beaucoup de concentration et des mouvements répétitifs provoquant des lésions .

Le gouvernement s’attaque aux travailleuses les plus démunies

« Par sa décision annoncée vendredi de ne pas reconduire les protections sur les salaires, la semaine de travail, les jours fériés, les congés annuels, les périodes de repas et les événements familiaux (décès, etc.), ce gouvernement s’attaque aux travailleuses les plus démunies de notre société, à 75 % des immigrantes, nouvellement arrivées pour une bonne part, sans qualifications, dont une grande proportion ne sont pas syndiquées. C’est proprement odieux », ont déclaré à l’unisson MM. René Roy, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et François Vaudreuil, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Un virage à 180 degrés du ministre Després

« Il s’agit d’une volte-face, d’un virage méprisant à 180 degrés de la part du ministre du Travail, Michel Després, qui assurait durant tout l’automne qu’un renouvellement de ces dispositions ne posait pas problème à ses yeux.

« Avec un taux de syndicalisation global d’environ 25 % (12,2 % dans le secteur du vêtement pour dames) , dans cette industrie, c’est donc 75 % des opératrices, presseurs, coupeurs et autres employés de production qui vont se retrouver le 1er janvier avec la Loi sur les normes de travail comme seule protection et le salaire minimum comme seul filet. C’est d’autant révoltant que les motifs pour lesquels ces protections avaient été introduites en 2000 sont toujours bien présents aujourd’hui », a indiqué René Roy.

Pression à la baisse sur les conditions de travail

« Cette décision imposée par le gouvernement aura pour effet de fragiliser davantage encore les travailleuses syndiquées », a déploré pour sa part François Vaudreuil.

La rémunération horaire moyenne de ces travailleuses est depuis longtemps la plus basse de tout le secteur manufacturier. Pour les travailleuses non syndiquées la rémunération n’a pas augmenté depuis 10 ans.

Le travail au noir

« Et c’est sans parler de la multiplication des petits sous-traitants qui a favorisé au fil des ans le travail à domicile non déclaré et l’économie souterraine. Le travail au noir pourrait représenter jusqu’à 20 % de la production déclarée de vêtements, selon un rapport officiel du ministère québécois des finances de 1998.

« Devant l’énorme pression exercée sur les cadences et la productivité, on peut facilement imaginer que ce 20 % a été largement dépassé aujourd’hui. On n’a pas à regarder à l’étranger pour trouver des ateliers de misère », a rappelé le secrétaire général de la FTQ.

Un retour 60 ans en arrière

Rappelons que ces protections avaient été introduites par le législateur après l’abolition des décrets de convention collective qui protégeaient les travailleuses de l’industrie du vêtement depuis plus de 60 ans.

Une vieille demande patronale

« Le nivellement des conditions de travail dans l’industrie du vêtement au niveau de la Loi sur les normes minimales est une vieille demande patronale assortie d’un puissant lobby. Là comme dans d’autres dossiers récents, il ne fait aucun doute que le gouvernement Charest a fait son lit et que la douce musique continue à résonner dans les oreilles du Conseil du patronat », a ironisé François Vaudreuil.

« Mais ces attaques sans précédent contre les travailleuses les plus vulnérables de notre société, et de surcroît de la part d’un gouvernement qui se faisait l’apôtre de la compassion envers les plus démunis durant la campagne électorale, ne passeront pas comme lettre à la poste. Le balancier commence à peser très lourd du côté du patronat, et quand c’est trop lourd, nous enseigne la physique, ça tombe », ont conclu les dirigeants de la FTQ et de la CSD.

Source

  • FTQ et CSD

Renseignements

  • Louis Cauchy
  • lcauchy@ftq.qc.ca