Un grand chantier pour un Québec en santé

Montréal, le 10 mars 2008 – En cette veille de rentrée parlementaire, la CSN et la FTQ demandent l’engagement tangible du gouvernement envers le réseau public de santé. « Le gouvernement affirme qu’il veut un réseau public de santé fort. Nous croyons qu’il doit passer de la parole aux actes et mettre en place, dès maintenant, un grand chantier sur les solutions publiques aux problèmes d’accessibilité », ont déclaré Claudette Carbonneau, présidente de la CSN et Michel Arsenault, président de la FTQ.

Le rapport Castonguay a-t-il été vraiment tabletté par le ministre de la Santé, Philippe Couillard? La question se pose. Les deux centrales notent que seule la hausse de la TVQ a été formellement rejetée par le ministre. Il a laissé la porte ouverte pour évaluer la franchise et la contribution annuelle aux cliniques des Groupes de médecine familiale (GMF). Il ne ferme pas non plus la porte à un élargissement de l’assurance privée duplicative à d’autres chirurgies que celles de la hanche, du genou et de la cataracte. Il se vante même d’être le premier ministre de la Santé à ne pas s’opposer par principe à la question de la mixité de pratique. Il se contente de dire que ces deux dernières mesures sont difficiles à appliquer pour le moment.

Le train est en marche

« Quand on réunit l’ensemble des initiatives prises à la pièce (voir annexe), ici et là, sans tambour ni trompette, on ne peut manquer de penser que le rapport Castonguay vient consacrer une situation qui a déjà pris son envol, celle de la privatisation du financement de la santé et de la prestation des soins et services », estime Michel Arsenault.

Malgré tout, monsieur Couillard continue de prétendre être le grand défenseur du système public et d’affirmer qu’il veut renforcer et améliorer le réseau public. Il clame haut et fort que des investissements supplémentaires ne sont pas nécessaires et mise sur des gains de productivité. Il se retrouve clairement sur le terrain de l’organisation du travail qui touche directement les travailleurs, les travailleuses et les professionnels dans les milieux de travail. Tout changement ne peut se faire sans leur participation.

« Or, sur la question de l’accès aux services médicaux spécialisés, les travailleuses et les travailleurs de l’Hôpital du Sacré-Cœur ont proposé des solutions pour faire fonctionner les salles de chirurgie sous-utilisées. On ne les a pas écoutés parce qu’on tenait à faire le projet avec la clinique RocklandMD », soutient la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Croyant fermement que des solutions à ces problèmes d’accès vécus dans le réseau public sont possibles, et que plusieurs d’entre elles peuvent être identifiées à l’échelle des milieux de travail, la CSN et la FTQ proposent qu’un vaste chantier soit déployé sur les questions d’organisation du travail.

« Nous engageons nos organisations respectives à apporter leur soutien et leur expertise à ces chantiers locaux et attendons du ministère qu’il en fasse autant et surtout qu’il demande aux gestionnaires du réseau de s’investir sérieusement dans l’exercice. Nous proposons que ces expériences soient suivies par un comité de pilotage national », expliquent Michel Arsenault et Claudette Carbonneau. Nous croyons que cet exercice rendra caduques les dispositions de la loi 33 qui portent sur les cliniques spécialisées privées qui devraient en conséquence être abandonnées par le ministre.»

« Nous proposons également que le suivi des projets pilotes annoncés sur la façon d’accorder les budgets aux agences et établissements, en les transformant en « acheteurs de service » et les patients en « sources de revenus », ne se fasse pas en vase clos, par le ministère seul, mais que l’ensemble des intervenants y soient associés, car ils auront aussi des conséquences sur l’organisation du travail. Voilà notre engagement envers le changement. Celui de participer à l’amélioration de l’accès dans le réseau public, celui de conserver l’argent investi par la population par ses impôts et taxes dans les services et non dans les profits des entrepreneurs, celui d’assurer que les gens reçoivent leurs services en fonction de leurs besoins et non en fonction de la grosseur de leur portefeuille », affirment les deux leaders syndicaux.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) compte plus de un demi-million de membres. La Confédération des syndicats nationaux compte plus de 300 000 membres de tous les types de milieux de travail, tant dans le secteur privé que dans le secteur public.

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Pour renseignements :

Michelle Filteau, directrice des communications de la CSN, cellulaire : 514 894-1326, Louis Cauchy, directeur des communications de la FTQ, cellulaire : 514 235-3996

ANNEXE

Le train est en marche

• Mise en place dès le 1er avril des projets pilotes qui permettront à un certain nombre d’agences de la santé et des services sociaux et d’établissements de recevoir leurs budgets en fonction d’un principe « d’achat de services » et « d’usagers comme sources de revenus ».

• Consentement à confier la gestion des CHSLD à l’entreprise privée. Pour mémoire, le projet de construction d’un CHSLD de 200 nouvelles places en partenariat public-privé, sur le territoire du Centre de santé et de services sociaux Champlain, vise à donner au partenaire privé la gestion et la prestation de l’ensemble des soins.

• Malgré les professions de foi du ministre envers l’autonomie des agences régionales et des établissements, détermination unilatérale de l’affiliation du dernier hôpital francophone de l’Ouest de Montréal, Lachine, au CUSM et ce, contre la volonté des médecins, des travailleurs, de la population et de nombreux organismes du milieu.

• Mise en place, dans le cadre de la loi 33, de la réglementation qui encadrera les cliniques médicales spécialisées privées et qui permettra la multiplication des ententes du type de celle que l’Hôpital du Sacré Cœur a signée avec la clinique Rockland MD. S’appuyant sur son credo envers une place plus grande du privé dans le système, le ministre a déjà annoncé qu’il en souhaite plusieurs de ces ententes, ce qui fait craindre une sous-traitance accrue des chirurgies au privé. Si on se fie à ce que l’on paie dans l’entente entre Sacré-Cœur et Rockland MD, 5000 $ sur le total de 9000 $ par jour servent à défrayer les coûts de loyer des salles de la clinique alors qu’il y a des salles non utilisées à l’hôpital.

• Ouverture pour l’élargissement de l’assurance privée à d’autres interventions chirurgicales dévolues aux cliniques privées et aux médecins non participants.

Par ailleurs, depuis la mise en place de sa loi 33, des initiatives toutes plus farfelues les unes que les autres se développent d’une façon complètement débridée.

• Consultation médicale par webcam;
• Service de courtage pour obtenir un rendez-vous avec un médecin;
• Bilan de santé au coût de 400 dollars avant même de voir un médecin;
• Facturation de soins accessoires;
• Cotisation annuelle et frais pour obtenir une référence.

La RAMQ et le Collège des médecins ont dénoncé l’une ou l’autre de ces pratiques au fil des derniers mois, mais elles continuent de se multiplier.

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