Rapport annuel de la CISL: 213 syndicalistes assassinés : La répression antisyndicale à l'œuvre partout dans le monde

Montréal, le 10 juin 2003 – Au moins 213 syndicalistes ont été assassinés dans le monde au cours de la dernière année, dont 206 uniquement en Amérique latine, révèle le rapport annuel sur les violations des droits syndicaux de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), rendu public aujourd’hui à Bruxelles et diffusé à Montréal par la FTQ.

La CISL, la grande centrale syndicale mondiale, représente 158 millions de membres dans 150 pays. Le président de la FTQ, M. Henri Massé, est membre de son conseil exécutif.

Le rapport de la CISL dénonce le recours à la répression antisyndicale dans un nombre croissant de pays. Les effets dévastateurs de la mondialisation économique actuelle sur les droits des salariés se sont encore aggravés et la carte mondiale des violations des droits syndicaux a encore gagné en superficie. Le rapport relève que près de 1000 militants syndicaux ont été blessés ou battus, 2568 arrêtés et détenus dont 89 condamnés, plus de 30 000 congédiés et plus de 20 000 victimes de harcèlement.

Le cas des États-Unis

Les pays industrialisés ne sont pas épargnés par la répression antisyndicale, en particulier les États-Unis où le congédiement est l’arme de prédilection des employeurs pour tuer dans l’œuf tout syndicat. Un militant sur dix qui tente de former un syndicat se retrouve à la porte de l’entreprise, révèle le rapport de la CISL. À Denver au Colorado, la direction d’un magasin Wal-Mart a eu le mérite de la franchise : l’ensemble du personnel a été averti que toute action syndicale serait réprimée et on a demandé aux salariés de surveiller leurs collègues de travail à cet égard. On a interrogé et harcelé tout salarié soupçonné de sympathie syndicale.

Triste record en Colombie

La Colombie reste, cette année encore, le pays le plus dangereux au monde pour la vie des syndicalistes : 184 d’entre eux y ont été assassinés en 2002. On dénombre aussi 9 « disparitions », 27 tentatives d’assassinat, 189 menaces de mort, 27 enlèvements, 80 exils forcés.

En Thaïlande, le personnel d’une entreprise de textile (Gina Form Bra) travaillant pour de grandes marques de sous-vêtements, exportés notamment au Canada et au Québec, est victime de harcèlement et d’intimidation continuels, de congédiements et de tabassages. Les salariés ont été contraints de signer un document vierge sur lequel la direction a par la suite inscrit l’acceptation, par les employés, de la révision à la baisse de leurs droits. « La plupart des entrepreneurs obligent les salariés à signer des lettres de démission lors de leur embauche », laissant ainsi toute liberté à l’employeur de les licencier selon son bon vouloir, témoigne un travailleur d’usine d’une zone industrielle en Égypte.

Zones franches d’exportation

Le rapport de la CISL est rempli d’exemples montrant combien les zones franches d’exportation sont le symbole par excellence de la course au nivellement social par le bas engendrée par la mondialisation économique actuelle. Dans ces zones de non droit syndical, des millions de salariés, dont une grande majorité de femmes, s’échinent pour des salaires de misère dans des conditions de santé et de sécurité déplorables, parfois au prix de leur vie. C’est le cas notamment dans le textile au Bengladesh, un pays qui détient le triste record mondial du nombre de salariés décédés des suites d’incendies survenus sur leur lieu de travail d’où ils n’ont aucune échappatoire lorsque le feu se déclare.

Salaires non payés, poursuite de l’hémorragie des emplois formels et de l’hypertrophie consécutive de l’économie informelle, de plus en plus de travailleurs du monde, particulièrement en Afrique, mènent au quotidien une âpre lutte pour leur survie qui ne leur laisse guère de marge de manœuvre pour tenter de défendre leurs droits les plus élémentaires. En Afrique du Sud par exemple, une femme sur le point d’accoucher a perdu ses jumeaux sur le lieu de travail où elle était enfermée, privée de tout accès à des soins.

La Birmanie, la Chine et l’Europe

Le rapport de la CISL met en évidence le lien entre la nature autoritaire de certains régimes et l’ampleur des violations des droits syndicaux.

En Birmanie, un des régimes les plus oppressifs au monde, où sévit encore le travail forcé, le syndicaliste indépendant et défenseur des droits de l’homme U Saw Mya Than a été abattu froidement par des soldats.

En Chine, la répression de tout syndicalisme indépendant demeure systématique : emprisonnements de longue durée, passages à tabac, internements psychiatriques, camps de travail, harcèlement des familles, etc. En 2002, des dizaines de militants syndicaux indépendants ont continué de croupir dans les geôles chinoises, dans des conditions infamantes. En raison des licenciements massifs survenus dans les entreprises d’État, l’année 2002 en Chine a été marquée par une flambée de conflits sociaux durement réprimés.

En Europe, le président biélorusse Lukashenko a continué de diriger le régime le plus farouchement antisyndical de la région, allant jusqu’à placer son ancien vice-président à l’un des postes clés de la centrale syndicale pour mieux s’en assurer le contrôle. Le rapport dénonce aussi la tendance à bafouer les conventions collectives en vigueur en Russie, en Bulgarie et en Croatie de même que les limitations excessives du droit de grève en Serbie, au Monténégro, en Russie, en Slovaquie et en Lettonie.

Corée, Mexique, Haïti

Dans de nombreux pays du monde, former un syndicat relève du parcours du combattant, tant les obstacles législatifs et pratiques peuvent être nombreux et périlleux pour les syndicalistes. En Corée du Sud, lorsque des employés des services publics ont tenté de passer outre aux restrictions législatives pour tenter de former un syndicat, un millier de policiers ont investi leur congrès de fondation, 178 délégués ont été arrêtés et 5 condamnés. Une grève dans des hôpitaux s’est soldée par l’intervention musclée de la police anti-émeute, 20 congédiements, 573 mesures disciplinaires et 7 peines de prison.

Au Mexique, alors qu’ils venaient de voter leur projet de convention collective, des membres du syndicat mexicain des pilotes ont été brutalement attaqués par des hommes de main à la solde de l’entreprise AVIACSA. Encore au Mexique, l’association des maquiladoras (zones franches d’exportation) de Ciudad Juarez a révélé dans la presse nationale avoir offert à ses entreprises membres des listes de noms de salariés « coupables » d’avoir réclamé de meilleurs salaires et conditions de travail, afin que ces derniers soient éloignés de toute possibilité future d’emploi. Une démarche tout à fait illégale et qui n’a suscité aucune réaction du gouvernement.

En Haïti, les syndicalistes vivent sous le règne de la terreur orchestrée par des hommes de main armés à la solde du régime Aristide, auxquels certains employeurs n’hésitent pas à recourir pour terroriser les travailleurs dans les usines et les exploitations agricoles. Dans de nombreux pays latino-américains, les travailleurs agricoles sont l’objet de violence et de répression de la part des propriétaires terriens. Au Brésil, au moins 16 travailleurs agricoles ont été tués pour avoir osé contester la toute-puissance de l’élite rurale.

Les migrants discriminés partout

Le Moyen-Orient reste la zone des pires dangers pour les travailleurs migrants, très souvent traités quasiment comme des esclaves, particulièrement les travailleuses domestiques. Mais de Hong Kong à l’Afrique du Sud, en passant par la Thaïlande ou les États-Unis, les discriminations qui pèsent sur les travailleurs migrants, et notamment les violations de leurs droits syndicaux, n’épargnent aucune région du monde.

On trouvera sur le site Internet de la CISL le rapport complet et d’autres informations : http://www.icftu.org

Source

  • FTQ
  • http://ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Fournier
  • lfournier@ftq.qc.ca