Quelle priorité: austérité ou emploi?

En conférence de presse, Daniel Boyer et Serge Cadieux, respectivement président et secrétaire général de la FTQ, font le point sur les principaux enjeux qui mobiliseront la centrale syndicale en 2016. Les deux dirigeants tracent également un bilan de l'année 2015. (Photo: Atïm León)

Montréal, le 6 janvier 2016. – Alors que s’amorce l’année 2016, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) appelle le gouvernement Couillard à profiter de la rentrée 2016 pour réévaluer l’ordre de ses priorités. «Le Québec gagnerait si ce gouvernement était moins obsédé par la réduction de la taille de l’État, car c’est une politique contreproductive et elle ne correspond pas au souhait de la majorité de la population, et s’il consacrait plutôt ses énergies à développer une politique industrielle pour le 21e siècle pour stimuler la création d’emplois et permettre une transition vers une économie plus verte», a plaidé en conférence de presse le président de la FTQ, Daniel Boyer.

De tous les engagements électoraux pris il y a plus de 20 mois par l’équipe de Philippe Couillard, c’est celui de créer 250 000 emplois en 5 ans qui demeure le plus important. Les gouvernements libéraux favorisent les affaires économiques, dit-on. Or, selon les données rendues disponibles par Emploi-Québec, ce gouvernement est loin de livrer sa promesse de création d’emplois. De mars 2014 à novembre 2015 (derniers chiffres disponibles), le nombre d’emplois au Québec est passé de 4 067 900 à 4 096 700, soit une augmentation de 28 800 emplois (soit 11,5% de son objectif).

Ayant atteint exactement le tiers de son mandat électoral, les chiffres devraient plutôt se trouver au-dessus des 80 000 emplois supplémentaires. À ce rythme, ce gouvernement n’aura même pas livré la moitié de son engagement électoral lors du déclenchement des prochaines élections en 2018.

Il faut passer de l’austérité à la création d’emplois plus verts!

«Tout au long de l’année 2015, nous avons senti un fort soutien populaire à nos revendications. En novembre, un sondage Léger est venu confirmer que seulement un tiers des répondants soutenaient la politique d’austérité, tandis que 54% la rejetaient. Notre message en ce début d’année s’adresse donc au premier ministre Couillard : le temps est venu de passer “aux vraies affaires”! Nous voulons que ce gouvernement rouvre le dialogue social constructif qui a déjà fait la force du Québec. Qu’on se mette à table et qu’on travaille collectivement sur une politique industrielle pour stimuler la création d’emploi et respecter les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) adoptés à la conférence de Paris (COP21) en décembre dernier», a déclaré Daniel Boyer.

Le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux, a expliqué que «les engagements du gouvernement Couillard à Paris placent le Québec sur le chemin d’une réduction de ses émissions de GES de l’ordre de 37,5% d’ici à 2030 et de 80 à 95% en 2050 (par rapport aux niveaux de 1990). Il s’agit d’objectifs inatteignables sans une politique industrielle incluant un plan de transition juste pour les travailleurs, les travailleuses et les communautés qui seront concernées. Ce gouvernement doit donc saisir la balle au bond et consacrer le reste de son mandat à bâtir cette politique, en concertation avec les acteurs et les communautés. Pour l’instant, nous sommes déçus, il y a loin de la coupe aux lèvres! Le gouvernement Couillard se limite à parler de bourse du carbone et d’électrification des transports (favoriser l’achat de véhicules électriques). En plus, plutôt que de mettre l’accent sur la concertation, on semble s’en éloigner».

Perspectives pour 2016

Tournée des régions sur la transition vers une économie verte

En 2016, la FTQ s’engagera résolument sur ce thème de la transition juste pour les travailleurs, les travailleuses et les communautés. «Nous prévoyons organiser une tournée des régions pour discuter avec nos membres de ce que signifiera concrètement cet objectif de réduction des émissions de GES. Derrière ces objectifs, il y a des emplois à repenser, des secteurs industriels à reconfigurer et nos membres doivent commencer leur réflexion le plus tôt possible», a expliqué Daniel Boyer.

Effritement des droits des travailleurs et travailleuses

Malgré le statu quo apparent, il y a un effritement continuel des droits des travailleurs et travailleuses. La FTQ portera une attention particulière à ce dossier qui évolue en dents de scie. «Nous sommes particulièrement préoccupés de la forme que le gouvernement Couillard souhaite donner à son Pacte fiscal 2016-2019 avec les municipalités, car il inclut une révision du cadre des relations de travail. Nous voulons nous assurer que cette révision ne se traduit pas par un recul du droit à la libre négociation entre les parties; un recul qui serait un dangereux précédent», a indiqué Daniel Boyer.

«En 2016, il y aura également un exercice de modernisation des volets réparation (LATMP) et prévention (LSST) de la santé et sécurité du travail. Le Québec a pris énormément de retard au plan de la prévention en matière de santé et de sécurité du travail. Des reculs dissimulés sous le couvert d’une “modernisation” seraient inacceptables pour nous. Nous plaidons, au contraire, pour une amélioration des droits des travailleurs et des travailleuses dans ce domaine», a expliqué le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.

«Nous faisons le constat que les actions de nos gouvernements font en sorte que les droits des travailleurs et des travailleuses s’érodent peu à peu. C’est un sujet de préoccupation constante pour nous et les tribunaux du pays semblent être d’accord avec nous sur ce point puisqu’il y a eu une série de jugements récents qui sont venus confirmer le caractère fondamental du droit de grève, par exemple», a noté le secrétaire général.

Suivis de l’élection d’un nouveau gouvernement fédéral

En 2016, la FTQ talonnera le nouveau gouvernement Trudeau pour qu’il se montre à la hauteur des importants engagements électoraux qu’il a pris lors des élections d’octobre dernier. «Nous sommes particulièrement fiers qu’une partie de nos propositions d’amélioration des régimes de retraite publics aient été reprises par l’équipe libérale de Justin Trudeau, en particulier l’augmentation du taux de rentes du Régime de pensions du Canada (RPC). C’est un enjeu de justice sociale majeur et aussi un enjeu économique important. Le nouveau gouvernement a proposé de ramener l’âge de la retraite de 67 à 65 ans (accès à la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV)) et d’augmenter de 10% le Supplément de revenu garanti (SRG) pour les personnes âgées», a rappelé Serge Cadieux.

«Nous allons également mettre l’accent sur le rétablissement du crédit d’impôt fédéral pour les fonds de travailleurs et le rétablissement d’un programme d’assurance-emploi digne de ce nom», a souligné Daniel Boyer.

La FTQ fera également pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il soutienne Bombardier dans le développement de la CSeries. «En 2009, 13,9 milliards de dollars de fonds publics ont été injectés dans l’industrie automobile en difficulté en Ontario. Récemment, le ministre fédéral Marc Garneau a fait savoir qu’il n’autoriserait pas l’extension de la piste de l’aéroport Billy-Bishop du centre-ville de Toronto qui aurait permis l’atterrissage des appareils de la CSeries. Alors, évidemment, nous nous attendons à un soutien public fédéral significatif au développement de ce projet industriel majeur et structurant pour l’économie québécoise », a indiqué Serge Cadieux.

31e Congrès de la FTQ

La FTQ tiendra son 31e Congrès à la fin novembre 2016. La centrale syndicale soumettra plusieurs sujets au débat au sein de ses instances délibératives. L’augmentation des inégalités sociales au Québec et dans le monde sera un thème de préoccupation majeure, ainsi que l’évolution des services publics. «Nous voulons stopper le démantèlement des services publics. Il faut donc se demander comment renforcer ce modèle unique qui nous permet de lutter contre les inégalités mieux que nos voisins», a conclu Daniel Boyer. Le Congrès se prononcera également sur les positions de la centrale sur les changements climatiques.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.