Pierre Elliott Trudeau et la Loi sur les mesures de guerre : « Nous n'oublierons jamais le 16 octobre 1970 » - Henri Massé

Montréal, le 16 octobre 2003 – Le président de la FTQ, Henri Massé, a participé aujourd’hui à une cérémonie commémorative à Montréal, à la Place Gérald-Godin, en souvenir de la proclamation de l’infâme Loi sur les mesures de guerre, le 16 octobre 1970, par le gouvernement fédéral du premier ministre Pierre Elliott Trudeau.

Une déclaration a été rendue publique à cette occasion, signée par le président de la FTQ et les personnalités suivantes : Claudette Carbonneau, présidente de la CSN; Bernard Landry, président du Parti Québécois; Marie Malavoy, vice-présidente du Parti Québécois; Guy Rocher, professeur à l’Université de Montréal et membre du « Comité des 16 », dit Comité Lévesque-Ryan, lors de la Crise d’octobre, ainsi que Bruno Roy, président de l’Union des écrivains et écrivaines du Québec.

Texte de la déclaration

« Si le gouvernement fédéral a pris, il y a quelques semaines, la décision controversée de donner le nom de Pierre Elliott Trudeau au principal aéroport du Québec, c’est qu’il pense que les Québécois et les Québécoises ont oublié les mesures de guerre que Trudeau a imposées au Québec en octobre 1970.

Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est justement parce que nous n’avons pas oublié et que nous sommes bien décidés à ne pas oublier. C’est ce que nous sommes venus dire en ce 16 octobre, qui est la date exacte où fut prise cette décision, à 4 heures du matin, en 1970, à Ottawa. Et si c’est ici sur cette place que nous nous sommes réunis, c’est parce qu’elle porte le nom de Gérald Godin, notre compagnon, ami et grand écrivain qui a été du nombre des quelque 500 personnes emprisonnées en octobre 1970.

Nos libertés brutalement supprimées, des policiers, ici sur le Plateau Mont-Royal, ailleurs dans les quartiers de Montréal, partout aux quatre coins du Québec, sans mandat, ont fouillé par milliers nos maisons. Nos amis, nos camarades, nos concitoyens – tous ou presque tous des Francophones – ont étéemprisonnés sans le moindre mandat, sans la moindre accusation et sans le moindre recours. Oui, tout ça s’est passé chez nous, au Québec, à Montréal, ici même sur le Plateau, il y a 33 ans, et cette immense razzia sur nos libertés publiques n’aurait pu être déclenchée sans le dérèglement d’un homme et de son gouvernement.

Ce n’est pas la première fois que nos organismes se rappellent ce sombre épisode de notre histoire. Nous l’avons fait en 1980, en 1990, et en 2000 notamment. Mais il nous a paru important de le faire cette année encore, parce que certains ont commencé à encenser Trudeau et que nous, nous savons bien qu’il ne le mérite pas, et que les mesures de guerre d’octobre 70 sont, de tous les coups de force que celui-ci a tentés contre le Québec, incontestablement le plus grave.

Suspendre, d’un trait de plume, les libertés conquises au long des siècles, généralement cela n’arrive pas dans les démocraties. Mais si un gouvernement juge qu’il doit le faire, il doit en fournir la preuve de manière claire et irréfutable, et en convaincre l’opinion de manière tout aussi claire et irréfutable.

Et si ces preuves tardent à venir ou, pire encore, si elles ne viennent jamais, si on constate que le gouvernement a fondé son appel sur des faussetés, des demi-vérités ou, pire encore, des mensonges purs et simples, il devra en subir les conséquences.

Ici aussi, en 1970, le gouvernement jurait qu’il y avait des armes et qu’elles menaçaient nos villes de destruction massive. «Il y a, disait Jean Marchand, le fidèle compagnon d’armes de Trudeau et son bras droit au gouvernement dans cette affaire, une organisation qui a des milliers de fusils, de carabines, de machine guns, de bombes, et à peu près 2000 livres de dynamite, ce qui est suffisant pour faire sauter le cœur de la ville de Montréal ».

Or des preuves apportées, il n’y en eut jamais, ni avant, ni pendant, ni depuis. Et les ministres de Trudeau le savaient dès ce moment-là, comme en témoigne l’aveu qu’Eric Kierans, ministre à l’époque, a eu l’honnêteté de faire dans ses Mémoires et dont des extraits en français ont paru aujourd’hui même dans Le Devoir de Montréal.

Le gouvernement fédéral aime bien comparer le Canada à d’autres pays. Alors comparons le Canada et la Grande-Bretagne, la situation de Tony Blair et celle de Pierre Trudeau. Tous deux ont amené leurs gouvernements à faire des choses inhabituelles. Tous deux ont fondé leurs décisions sur des mensonges, apparents dans un cas, avérés dans l’autre. Et qu’arrive-t-il à Tony Blair? Déjà, on le lui fait payer, et chèrement. Et Trudeau? Le gouvernement lui érige un mausolée, car c’est bien, en effet, ce qu’il fait avec son «Aéroport Pierre Elliott Trudeau».

Les gouvernements aiment bien que les gouvernés oublient : ils se réservent ainsi la possibilité de recommencer leurs mauvais coups. C’est justement pour leur enlever cette possibilité que nous avons le devoir de nous souvenir des mesures de guerre d’octobre 1970. Pour la démocratie d’aujourd’hui et, surtout, pour celle de demain. Tel est notre devoir de mémoire. »

Source

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Renseignements

  • Louis Fournier
  • lfournier@ftq.qc.ca