« Nous ne sommes pas au bord de la catastrophe économique » – Henri Massé, président de la FTQ

Montréal, le 16 février 2004 – « Il y a des limites à vouloir noircir le portrait des finances publiques et de l’économie du Québec pour faire avaler la pilule amère des orientations et des politiques que le gouvernement nous a concoctées avec les lois adoptées en rafale et sous le bâillon en décembre.

« À vous écouter, on est au bord de la catastrophe. Nous à la FTQ, on ne se reconnaît pas dans le tableau pessimiste que vous dressez de la situation économique. Et si on sait bien lire les sondages, nous ne sommes pas les seuls », a lancé d’entrée de jeu le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), M. Henri Massé, en présentant le mémoire de la centrale aux consultations prébudgétaires du ministre Yves Séguin.

Les indicateurs économiques ne sont pas si noirs

« Comme des centaines de groupes, la FTQ vous a déposé une multitude de mémoires et d’études, comme nous l’avions fait sur l’article 45 bien avant l’imposition du bâillon sur votre projet de loi 31. Les avez-vous lues ces études, M. Séguin?

« Si vous l’aviez fait, vous auriez sans doute constaté que les indicateurs économiques ne sont pas aussi sombres que vous l’avancez, depuis l’atteinte du déficit zéro », a ajouté le président de la FTQ.

Un portrait qui ne reflète pas la réalité

« Avec le Conseil du patronat, vous martelez depuis près d’un an que le vieillissement de la population, le fardeau fiscal trop élevé, l’endettement du Québec, notre soi-disant retard économique sur l’Ontario ou encore les trop nombreuses interventions de l’État nécessitent un recentrage budgétaire majeur.

« Nous voulons apporter aujourd’hui des bémols importants sur ces éléments d’un portrait qui ne reflète pas la réalité. Vous les retrouverez dans le document que nous avons déposé devant vous », a indiqué M. Massé.

Taper encore et encore sur le clou pour le développement d’emplois

« La prudence budgétaire, nous en sommes, mais sur la base d’un portrait réel et documenté de la situation économique du Québec. C’est ce que nous avons tenté de tracer dans notre mémoire.

« Mais prudence budgétaire ne doit pas être synonyme de désengagement massif de l’État dans l’économie, et plus particulièrement dans les régions. On peut convenir que le précédent gouvernement a pu commettre quelques imprudences à ce chapitre mais ça ne justifie aucunement que vous poussiez le balancier à l’autre extrémité.

« Il faut trouver un juste équilibre dans le niveau d’intervention de l’État. Encore une fois, l’avenir économique des régions en dépend. Mais plus, le gouvernement doit mettre en place des politiques « agressives » de développement d’emplois en étant conscient qu’une hausse même mineure du taux de chômage viendrait saper tous les efforts pour équilibrer les finances publiques et relancer l’économie », a martelé Henri Massé.

Récupérer le dû des Québécois à Ottawa

« Nous avons pu constater un certain désenchantement de la population face à votre performance dans la santé par rapport aux promesses d’avant le 14 avril. Nous ne vous jetons pas la pierre car le défi est de taille. Mais nous vous rappelons qu’il n’y a pas de recettes miracles, il faut réinjecter dans la santé des sommes importantes, là comme en éducation.

« Vous avez manifesté récemment votre intention d’être plus agressif dans vos démarches pour récupérer le dû des Québécois à Ottawa à ce chapitre. Nous vous encourageons dans cette voie au nom du consensus très net dégagé dans la société québécoise sur la nécessité d’éliminer le déficit fiscal trop longtemps nié à l’Ouest du Québec tout comme nous saluons votre intention de mettre à contribution les entreprises prospères », a souligné le dirigeant syndical.

Une taxe dédiée au transport

Le gouvernement Martin a fait récemment une ouverture importante aux municipalités pour le financement des infrastructures et du transport entre autres par le retour sur la TPS et des arrangements pour la taxe sur l’essence.

« À la FTQ, même si nous avons toujours combattu les empiètements du Fédéral sur les juridictions du Québec, nous ne sommes pas prêts dans le contexte actuel à blâmer les municipalités pour leurs attentes face à Ottawa. Après 15 années de désengagement du Québec et de transferts de responsabilités au municipal sans compensation, les villes sont littéralement étouffées.

« Québec devrait donc saisir la balle au bond et mettre en place une taxe dédiée au transport, que ce soit par le biais d’un retour sur la TVQ, sur la taxe sur l’essence ou carrément par une exemption de cette taxe pour les sociétés municipales et de transport.

« Ce serait là faire preuve de vision quand on sait que ce sont les pays et les grandes villes qui ont développé et entretenu convenablement leurs infrastructures de transport qui s’en sortent le mieux sur le plan économique. On ne peut continuer à prélever des montants importants sur le budget du transport pour les appliquer à la dette sans qu’on en paie les conséquences à moyen et long terme », a soutenu M. Massé.

Pour une véritable justice fiscale

Le président de la FTQ a réitéré son adhésion à une approche prudente sur le plan budgétaire. Mais il a exhorté le gouvernement Charest à mettre de côté les baisses d’impôt, à rétablir une indexation pleine et entière des tables d’imposition et à faire preuve de parcimonie dans les hausses généralisées des tarifs.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, compte plus de un demi-million de membres.

Source

  • FTQ
  • http://ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Cauchy
  • lcauchy@ftq.qc.ca