« Notre vœu pour 2015 : que cesse la croisade idéologique du gouvernement Couillard! » - Daniel Boyer, président, et Serge Cadieux, secrétaire général

Bilan et perspectives 2014 – 2015

Montréal, le 4 janvier 2015 : À l’heure de faire le bilan de l’année 2014 et dans le but de commencer l’année 2015 du bon pied, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) appelle le gouvernement Couillard à prendre le temps nécessaire à la consultation et à faire preuve de plus d’ouverture et d’écoute. « Lorsqu’on regarde les premiers mois de ce gouvernement, on ne peut s’empêcher de penser qu’il va trop vite et de façon désordonnée, mettant en danger l’économie du Québec et la paix sociale,» analyse Daniel Boyer, président de la FTQ.

« Ce gouvernement a annoncé vouloir continuer en 2015 sa croisade idéologique pour réduire la taille de l’État québécois. Nous, nous formulons plutôt le vœu que cesse ce qui prend les allures d’un grand dérapage. Nous nous attendons à un changement d’attitude de sa part, nous espérons passer d’un dialogue de sourds à un véritable dialogue social dans le but de créer des emplois et d’améliorer les services publics, » ajoute M. Boyer.

En 2015, les dirigeants de la FTQ et des syndicats affiliés ont la ferme intention de maintenir la mobilisation qui est en cours contre le programme d’austérité du gouvernement Couillard. « Nous allons continuer la mobilisation tant qu’il n’y aura pas d’ouverture à un dialogue constructif. Nous aimerions nous asseoir à une table avec tous les acteurs concernés pour examiner des options budgétaires différentes. Je pense, en particulier, à la fiscalité des grandes entreprises, aux mesures de stimulation économique et, surtout, à un échelonnement raisonnable de 1 à 2 ans du retour à l’équilibre budgétaire », explique le président de la centrale.

Bilan de 2014 : démocratie blessée et inquiétudes pour l’économie

La FTQ trace un bilan plutôt sombre de 2014 en particulier parce que tout indique que ce gouvernement s’est fait élire sous de fausses représentations. « Rien dans l’attitude et les mots de M. Couillard avant et pendant les élections d’avril 2014 ne laissait présager le programme d’austérité et du démantèlement du modèle québécois dans lequel il s’est lancé, » critique M. Boyer. « Nous croyons sincèrement que l’équipe Couillard n’aurait pas été élue si elle avait fait état de ses intentions véritables. Vraiment, les gens n’ont pas voté pour ça! » conclut Daniel Boyer.

Fondée en 1957, la FTQ n’a jamais vu un gouvernement réussir le tour de force de se mettre à dos un ensemble aussi large de secteurs en à peine huit mois. « C’est non seulement grave du point de vue de la démocratie, mais c’est aussi une politique dangereuse sur le plan économique. Alors qu’il s’acharne dans sa croisade idéologique, ce gouvernement n’a pas créé un seul emploi. Au contraire. Son bilan en matière économique est à mille lieues de sa promesse de créer 250.000 emplois puisque notre économie a perdu des emplois depuis l’arrivée au pouvoir de l’équipe Couillard. Or, la création d’emplois est une façon bien plus positive de juguler les problèmes financiers de l’État, » analyse Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ.

« Puis en ce qui concerne les services publics et les investissements de l’État, il faut espérer qu’un jour ce gouvernement comprenne que ce qu’il appelle du gaspillage ou de la dépense excessive, c’est aussi une partie substantielle de notre PIB national. Les études économiques sont formelles sur le fait que chaque dollar dépensé par le gouvernement en salaires ou autres génère de l’activité économique », remarque M. Cadieux. « Il y a une limite à couper des budgets et des emplois, il faut aussi investir et stimuler la croissance avec des politiques pour nos régions et les secteurs industriels », ajoute le secrétaire général de la centrale.

Au lieu de créer des emplois, l’hyperactivité législative des libéraux a donné :­

  • Des coupes budgétaires brutales qui toucheront tous les services à la population.
  • Un rebrassage inutile de structures administratives dans la santé et l’éducation, qui n’avait jamais été invoqué comme solution par aucun des comités de réflexion et dont tous les acteurs de ces milieux doutent de la pertinence.
  • ­Une attaque injuste et potentiellement illégale contre les retraites des employés municipaux.
  • ­Le démantèlement de la politique familiale patiemment bâtie au cours des deux dernières décennies et qui donne des résultats exceptionnels.
  • ­Une incompréhensible déstructuration des efforts en matière de développement économique régional par l’abolition des CLD, des CRÉ et par un pacte fiscal avec les municipalités qui a déjà des répercussions négatives sur les capacités économiques de celles-ci par une hausse de l’impôt foncier (la taxe Moreau).
  • ­L’absence d’une politique de développement économique cohérente et lisible (peu d’attention à la crise du régime forestier, aucune attention à la 2e et 3e transformation dans les régions).

« Certains économistes ont déjà évoqué sérieusement la possibilité que ce cocktail de politiques mène le Québec vers une récession économique. En tout cas, sur le terrain, on observe que la grogne s’installe », révèle Daniel Boyer au terme d’une tournée des régions qui s’achèvera à la fin du mois de janvier.

Secteur public : des négociations qui commencent mal

À tout ce qui précède est venue s’ajouter une première offre méprisante du gouvernement dans le cadre des négociations pour le renouvellement des conventions collectives du secteur public. « Ce qui est sur la table n’est ni respectueux ni sérieux, l’offre actuelle du gouvernement aurait pour effet de doubler, après cinq ans, l’écart salarial défavorable entre le secteur public provincial et les autres secteurs. C’est inacceptable! », s’indigne Daniel Boyer.

« De plus, on ne comprend toujours pas pour quelles raisons le gouvernement ignore l’ensemble des propositions pour l’amélioration des conditions de vie au travail et de gestion des services publics que nous lui avons soumises. La réduction de la précarité et de la sous-traitance, tout comme l’amélioration de notre autonomie professionnelle et des mesures de conciliation famille-travail-études sont restées sans réponse », critique le président de la FTQ.

Perspectives pour 2015 : une année de mobilisation

Pour la FTQ, l’année 2015 sera marquée par d’importants efforts de mobilisation. Non seulement face aux intentions de Québec, mais également dans la perspective des prochaines élections fédérales. L’ensemble du mouvement syndical du Canada travaillera de concert avec d’autres groupes de la société civile pour tenter de faire battre les conservateurs de Harper.

Ceux-ci auront réussi en partie leur pari de transformer le Canada à leur image : la société est moins solidaire, le parlement est moins transparent, les services publics sont diminués, la caisse d’assurance chômage ne protège même pas la moitié des chômeurs et chômeuses, les artistes sont moins soutenus, des scientifiques sont muselés, des groupes de la société civile fermés (communautaire, défense des droits humains, défense de l’environnement, solidarité internationale), l’économie dépend du pétrole plutôt que de la transformation manufacturière, des syndicats de travailleurs et de travailleuses sont muselés, la société Radio-Canada est sabotée, etc. « Nous allons commencer par faire un bilan sérieux des années Harper pour démontrer clairement les raisons qui rendent urgent un changement de gouvernement. Mais nous n’allons pas nous en tenir qu’à la rédaction de jolis documents! », prévient M. Cadieux.

« Nous avons l’intention de travailler porte à porte sur le terrain pour parler à nos concitoyens des graves conséquences d’une réélection d’un gouvernement conservateur », conclut le secrétaire général de la FTQ.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.