Message du Nouvel An de Henri Massé et René Roy - Les priorités de la FTQ en 2001 : le Code du travail, l'emploi et une stratégie face à la mondialisation - La centrale en congrès du 26 au 30 novembre à Québec

Montréal, 5 janvier 2001 - Le syndicalisme au Québec à l’heure de la mondialisation sera une des questions majeures à l’ordre du jour lors du congrès triennal de la FTQ qui se tiendra du 26 au 30 novembre prochain à Québec, ont annoncé aujourd’hui MM. Henri Massé et René Roy, respectivement président et secrétaire général de la plus grande centrale syndicale québécoise.

Les grandes priorités de la FTQ pour 2001 sont la mise en œuvre d’une stratégie syndicale combative et efficace face à la mondialisation de l’économie, un meilleur accès au syndicalisme grâce à la réforme du Code du travail, ainsi que le maintien et la création d’emplois de qualité grâce entre autres au Fonds de solidarité.

Les autres préoccupations immédiates de la FTQ sont les suivantes : la réforme prochaine du régime de l’assurance-emploi; la mise en place de l’équité salariale pour les femmes; la francisation des milieux de travail, qui est notre priorité dans le cadre des États généraux sur le français, et la campagne intersyndicale en santé-sécurité du travail sur le thème Priorité Prévention Partout.

La réforme du Code du travail
Pour nous, c’est la réforme du Code du travail qui presse le plus. Cette modernisation doit permettre de donner un meilleur accès au syndicalisme à tous ceux et celles qui ne peuvent encore profiter de ses avantages, surtout parmi les petits salariés, les travailleurs autonomes dépendants et les jeunes.

Le projet de loi déposé par la ministre du Travail, juste avant Noël, contient plusieurs éléments positifs qui répondent à nos demandes, mais aussi des éléments négatifs comme ces modifications à l’article 46 du Code qui ouvrent la porte toute grande à la sous-traitance. Sur cet article, la ministre a peut-être voulu nous « passer un petit sapin de Noël », mais nous n’en voulons pas. Nous allons donc mener la bataille là-dessus, avec nos syndicats, en vue d’obtenir la vraie réforme que nous attendons depuis belle lurette.

Des percées syndicales
L’année qui s’achève a été fructueuse à la FTQ du côté de la syndicalisation de nouveaux groupes. Selon les données du ministère du Travail, ce sont nos syndicats qui recrutent le plus de nouveaux membres chaque année.

A titre d’exemples, en l’an 2000, nous avons fait des percées importantes dans les services financiers (plusieurs caisses populaires), l’alimentation (marchés Loblaw, Salaisons Brochu), le commerce (Rona, Réno-Dépôt, Bureau en Gros), les services culturels (librairies Garneau et Champigny, magasins de musique et de livres Archambault), la télédiffusion (tout le personnel de TVA à Montréal), le divertissement (parc d’attractions de La Ronde, cinémas), la restauration et l’hôtellerie, le camionnage et la grande industrie de pointe (centre de finition de Bombardier Aéronautique à Dorval, Norsk Hydro à Bécancour).

Dans les services publics, nous avons accueilli beaucoup de nouveaux membres dans les municipalités. Par ailleurs, les pourparlers viennent de débuter en vue de l’affiliation éventuelle à la FTQ de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), qui compte 45 000 membres.

La FTQ représente près de 45 % des syndiqués québécois, soit près d’un demi-million de membres. Les syndicats indépendants et la CSN en représentent chacun un peu plus de 20 % , la CSQ 10 % et la CSD près de 5 %.

La bataille de l’emploi
La FTQ, ses syndicats et son Fonds de solidarité vont continuer de travailler très fort au maintien et au développement de l’emploi. L’objectif de tous les partenaires sociaux devrait être de réduire notre taux de chômage annuel au Québec sous la barre des 8 % en 2001. Et pour nous, les syndicats font partie de la solution si on veut gagner la bataille de l’emploi et même du plein emploi.

La FTQ et son Fonds de solidarité travaillent à plusieurs dossiers d’importance en ce début d’année, en particulier pour maintenir et développer l’emploi dans les régions. Il y a, entre autres, la relance des papeteries Gaspésia à Chandler et Tripap à Trois-Rivières, et de la mine Ressources MSV à Chibougamau dans le Nord-du-Québec. L’avenir de l’usine GM à Boisbriand est aussi à l’ordre du jour.

Le Fonds de solidarité travaille à la réalisation de plusieurs projets non seulement de relance mais aussi d’expansion et de démarrage d’entreprises, ces deux derniers volets ayant représenté plus des trois quarts de ses investissements l’an dernier. Le Fonds a contribué à ce jour à la création, au maintien et au soutien de plus de 90 000 emplois. Son actif est d’environ 4 milliards de dollars et il compte quelque 430 000 actionnaires.

L’assurance-emploi
Pour les sans-emploi, la FTQ réclame une réforme en profondeur du régime de l’assurance-emploi, qui est devenu un vrai désastre. Lors des élections fédérales, les libéraux ont pris des engagements fermes à notre égard sur le dépôt d’un projet de loi en février, dès la reprise de la session. En raison des excédents faramineux de 30 milliards accumulés dans la caisse, Ottawa doit adopter des mesures d’urgence pour venir en aide aux sans-emploi dont plus de 60 % n’ont pas accès aux prestations pour lesquelles ils versent pourtant des cotisations. Quant à ceux qui y ont accès, ils sont très mal protégés.

Ottawa, qui nage dans les surplus, doit par ailleurs accroître ses transferts aux provinces afin que le Québec puisse augmenter sa marge de manœuvre, en particulier dans la santé et l’éducation.

Ottawa doit également régler une fois pour toutes avec Québec le dossier de la mise sur pied, par le Québec, d’un régime d’assurace-parentale que nous attendons avec impatience.

La mondialisation
Autre priorité de la FTQ cette année et qui fera l’objet de notre prochain congrès : la mise en œuvre d’une stratégie syndicale concertée pour mieux affronter la mondialisation de l’économie. Pour nous, l’ennemi n’est pas la mondialisation en tant que telle, mais l’absence de réglementations adéquates et de clauses dites sociales dans les ententes commerciales. C’est le message que nous allons transmettre lors du sommet Québec 2001 en avril à Québec.

La solidarité entre les travailleurs et les travailleuses est encore notre meilleur outil, notamment au sein de la grande centrale mondiale qu’est la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), où la FTQ siège au conseil exécutif aux côtés du Congrès du travail du Canada. À la mondialisation de l’économie, nous devons répondre par la mondialisation de la solidarité syndicale. C’est ce que nous comptons faire notamment dans le domaine de la gestion et du contrôle des caisses de retraite afin d’encourager l’investissement socialement responsable.

L’équité salariale
L’année qui commence sera extrêmement importante pour l’application de la loi québécoise sur l’équité salariale. C’est en effet à compter du 21 novembre prochain que les employeurs doivent commencer à verser les montants dus aux travailleuses en vertu de cette loi. Au train où vont les choses, nous craignons que l’équité salariale ne se réalise pas dans les délais prévus. Nous demandons donc à la ministre responsable, Mme Diane Lemieux, d’envoyer un message clair à ce sujet aux employeurs et à la Commission de l’équité salariale.

La FTQ vient d’ailleurs d’intenter en Cour supérieure une poursuite contre la Commission à cause de sa partialité envers les employeurs. Cette poursuite est faite au nom de près de 5000 femmes salariées du Mouvement Desjardins, membres de notre Syndicat du personnel professionnel et de bureau. Elle vise à faire déclarer illégale toute décision de la Commission prise à l’insu du syndicat.

Des conflits de travail à régler
Sur le front des conflits de travail, on en compte une douzaine actuellement chez les syndicats de la FTQ, touchant un peu plus de mille salariés, mais certains d’entre eux durent depuis fort longtemps.

Ainsi nous voulons régler, dans les meilleurs délais, le conflit des 150 techniciens de scène de la Place des Arts, en grève depuis plus de 18 mois. Forts de l’importante décision rendue en décembre par le juge Réjean Paul de la Cour supérieure, nous sommes intervenus auprès du premier ministre Bouchard pour qu’il oblige sa société d’État à reprendre les négociations et à conclure un règlement honorable pour les deux parties.

Par ailleurs, dans le cas du lock-out qui frappe une douzaine de typographes du quotidien The Gazette, encore là un jugement tout récent a donné raison au syndicat, en l’occurrence un jugement de la Cour suprême du Canada. L’employeur doit entendre raison et réembaucher ces salariés qui sont sans travail depuis sept ans et demi, soit depuis le 17 mai 1993.

Au nombre des conflits qui durent, il y a aussi la grève des 330 chargés de cours de l’Université du Québec à Trois-Rivières, ainsi que celle des 80 membres du personnel technique et de bureau de Goodyear à Salaberry-de-Valleyfield. Nous avons réglé récemment une longue grève chez Westroc, à Sainte-Catherine, grâce notamment au boycott des panneaux de gypse de cette compagnie organisé sur les chantiers par nos travailleurs de la construction .

Deux expériences originales
En terminant, soulignons que la FTQ développera encore plus cette année les activités de deux institutions originales mises sur pied en collaboration avec son Fonds de solidarité.

Il y a d’abord le Collège québécois FTQ-Fonds, un nouveau « collège du travail » qui a débuté ses activités l’an dernier et qui est voué à la formation avancée des conseillères et conseillers syndicaux. Ce projet innovateur, basé sur les besoins de formation théorique et pratique des syndicalistes, vise à améliorer leur capacité de faire face aux enjeux du nouveau millénaire. Sa première année a été couronnée de succès.

L’autre initiative est le Fonds étudiant solidarité travail du Québec. Ce fonds a permis à près de 800 jeunes des niveaux secondaire, collégial et universitaire d’occuper, depuis deux ans, des emplois d’été bien rémunérés dans des syndicats, des coopératives, des groupes communautaires et des PME. Nous espérons en accueillir près de 500 l’été prochain. Ce fonds vise à faciliter l’intégration des jeunes dans les milieux de travail, ce qui est d’ailleurs une des priorités du nouveau Comité des jeunes de la FTQ; il leur permet aussi de mieux connaître et apprécier l’action bénéfique du mouvement syndical dans notre société.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente près d’un demi-million de membres.

Source

  • FTQ
  • http://www.ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Fournier
  • lfournier@ftq.qc.ca