Le gouvernement Couillard doit tenir un large débat public avant tout forage, selon les grands syndicats et groupes environnementaux

Anticosti et pétrole

Montréal, le 12 mai 2014 – « Le premier ministre Couillard doit respecter son engagement de tenir une évaluation environnementale stratégique sur la filière de l’exploitation des hydrocarbures au Québec avant tout forage, notamment sur Anticosti », déclarent les grandes centrales syndicales et les principaux groupes environnementaux au Québec. Cet examen indépendant devra être à la base d’un large débat public, sain et éclairé, sur la pertinence pour le Québec de se lancer dans la filière pétrolière à l’heure des changements climatiques. Les organisations demandent également que le gouvernement adopte un plan pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures. Ces grands acteurs de la société civile font cette sortie dans la foulée du lancement du film de Dominic Champagne, ANTICOSTI : La chasse au pétrole extrême.

À la suite de l’annonce par l’ancien gouvernement Marois de son investissement de 115 millions de dollars pour le rachat partiel des permis d’exploration des compagnies Pétrolia, Corridor Ressources et Junex sur l’île d’Anticosti, le Parti libéral a dénoncé le fait que le Québec se lançait dans la « loto-pétrole » avec l’argent des Québécois. « Le gouvernement Couillard doit suspendre immédiatement les activités de forage prévues sur Anticosti et en Gaspésie, le temps de réaliser cet examen public qui devrait se faire dans le cadre d’un BAPE générique », estime Claude Faucher, vice-président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Pour André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), « il importe que ce débat soit accompagné d’un plan d’action cohérent et ambitieux de lutte aux changements climatiques. Avec les nouvelles données du GIEC, ce plan d’action doit être mis à jour et renforcé dans les plus brefs délais. »

« Le nouveau gouvernement, de concert avec la société québécoise, doit tout mettre en œuvre pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles et reprendre, au-delà des lignes partisanes, les idées fortes que constituent l’électrification des transports et l’amélioration des transports en commun », déclare pour sa part Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace.

Selon Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, « alors que le gouvernement veut sabrer les dépenses publiques et revoir l’ensemble des programmes de subventions aux entreprises, il y a lieu de revoir l’investissement à haut risque de 115 millions $ de fonds publics sur Anticosti. Le gouvernement doit également revoir toutes les subventions à l’exploration dont bénéficieraient ces entreprises. »

« Ce débat doit comprendre une réflexion sur la relance de l’emploi et sur les modèles de développement pour les régions du Québec. Les gens d’Anticosti et de la Gaspésie doivent pouvoir diversifier leur économie et penser leur développement à long terme, en se libérant du pétrole de schiste notamment, et non pas en fonction d’une exploitation éphémère », affirme pour sa part Pierre Patry, trésorier de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

« Les impacts potentiels sur les milieux naturels et au niveau global sont majeurs. On doit prendre le temps de tenir une évaluation et un examen en profondeur. Le gouvernement doit éviter l’improvisation et suspendre les activités de forage prévues cet été, d’autant plus qu’elles font l’objet de contestations juridiques, que ce soit à Anticosti ou à Gaspé », ajoute Christian Simard, directeur général de Nature Québec.

« Nous l’avons déjà dit et le répétons, le développement et l’exploitation du sous-sol québécois doivent se faire dans le respect des populations locales et de l’environnement, tout cela en recevant notre juste part des redevances. Le nouveau gouvernement doit agir en toute transparence », déclare Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

« Le Québec a atteint ses objectifs de réduction de GES de 6 % sous les niveaux de 1990 en 2012. Les rapports des grandes institutions internationales telles que le GIEC, la Banque mondiale ou encore le FMI nous rappellent toutefois que nous devons faire plus en matière de lutte aux changements climatiques et de réduction de notre dépendance au pétrole », souligne pour sa part Steven Guilbeault, directeur principal chez Équiterre.

« Quand le Québec a décidé de nationaliser l’électricité et d’exploiter en priorité les ressources hydrauliques, cela s’est fait au terme d’un grand débat démocratique où la population du Québec a eu le dernier mot. On ne peut pas décider d’aller de l’avant dans la filière pétrolière, à plus forte raison quand il s’agit de pétrole de schiste comme à Anticosti, en faisant l’économie d’un grand débat démocratique », déclare quant à lui Marc Nantel, premier vice-président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Les grandes centrales syndicales [Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et Centrale des syndicats démocratiques (CSD)] et les groupes environnementaux [Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), Équiterre, Fondation David Suzuki, Greenpeace et Nature Québec] se sont unis pour interpeller le nouveau gouvernement Couillard sur cet enjeu de première importance.