Le gouvernement Charest doit renouer un véritable dialogue avec les syndicats et les organisations représentatives de la société civile

Montréal, le 29 décembre 2003 – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) lance le défi au premier ministre du Québec, Jean Charest, de renouer un véritable dialogue, en 2004, avec les syndicats et les organisations représentatives de la société civile.

« L’imposition d’un bâillon pour l’adoption de projets de loi dont la portée est majeure et la répétition ad nauseam du credo voulant que le programme libéral était connu depuis septembre 2002, ça ne saurait se substituer à la nécessité d’un véritable dialogue sur les enjeux auxquels la société québécoise sera confrontée dans les mois et les années à venir », ont déclaré MM. Henri Massé et René Roy, respectivement président et secrétaire général de la FTQ, à l’occasion de la conférence de presse de la centrale syndicale sur ses priorités pour 2004.

Sortir du carcan traditionnel

« Il faut sortir du carcan traditionnel voulant qu’un nouveau gouvernement passe ses mauvaises nouvelles dans les premiers mois de son mandat pour ensuite distribuer la manne. Ça ne marche pas et la population n’est plus dupe comme l’ont révélé les récents sondages.

« En s’attaquant de front aux droits reconnus des travailleurs sur le recours à la sous-traitance, et surtout en modifiant le Code du travail avec un empressement aussi inacceptable qu’inutile, du jamais vu comme l’ont souligné de nombreux observateurs, le gouvernement Charest a ouvert une brèche importante dans la paix sociale relative instaurée au Québec depuis près de 40 ans. Et ce, sans possibilité de réelles discussions.

« Si au moins on nous avait présenté des études sérieuses sur la question. Mais non, le gouvernement s’est fait l’écho du discours démagogique du Conseil du patronat voulant qu’il fallait s’ajuster sur l’Ontario où il se ferait davantage de sous-traitance qu’au Québec ou encore que l’article 45 du Code du travail freinait le recours à la sous-traitance. Pour nous, la Loi 31 est loin d’avoir fermé le chapitre sur cette question », a indiqué le président de la FTQ.

Revoir notre rapport de force

« En s’attaquant à la représentation syndicale dans la santé, en maintenant le cap sur les défusions municipales, en sabordant la présence des travailleurs et de la population dans les organismes de représentation régionale et au niveau des instances administratives comme la Commission des lésions professionnelles, le gouvernement a ouvert une boîte de pandore dont il ne pourra seul refermer le couvercle », a avancé pour sa part le secrétaire général de la FTQ

La FTQ est d’ailleurs à revoir les façons d’exercer son rapport de force face à la montée des inégalités, à la précarisation des emplois et aux modifications législatives inspirées directement d’un agenda patronal et de droite. Cette réflexion culminera en novembre 2004 lors du congrès triennal de la centrale, qui se déroulera au Palais des congrès de Montréal.

« Nous sommes prêts à des remises en question, nous l’avons signifié à de multiples reprises à l’occasion de commissions parlementaires ou de consultations publiques. Mais cet exercice ne peut se faire à sens unique, et surtout pas avec les dés pipés d’avance comme nous l’avons vu avec les pseudo-consultations sur les modifications à l’article 45 du Code du travail », a précisé M. Roy.

Dialogue ou confrontation

« Nous avons constaté, ces derniers mois, le niveau d’exaspération de nos membres face aux politiques mises de l’avant par ce gouvernement et le point d’ébullition n’est pas loin. Nous allons dans les prochaines semaines entreprendre une large consultation de tous nos syndicats partout au Québec.

« À l’occasion de cette consultation, la FTQ va se donner une stratégie d’action pour soutenir concrètement ceux de nos membres dont les conditions de travail seraient attaquées à la faveur des lois adoptées à la vapeur en décembre.

« Et si ce gouvernement s’avisait de fragiliser les acquis des travailleurs en santé et sécurité du travail, comme le veut une rumeur persistante, s’il s’attaquait aux décrets de convention collective ou encore à la réglementation dans la construction, qu’il sache que la mobilisation de l’automne n’est que de la petite bière à côté de ce qui l’attend. Si le gouvernement ne s’ouvre pas à un véritable dialogue, la confrontation pourrait devenir inévitable », a averti Henri Massé.

Faire aboutir des revendications de longue date

Mais la FTQ ne se contentera pas d’être sur la défensive en 2004. La centrale talonnera le gouvernement pour faire aboutir des revendications de longue date en matière de prévention en santé et sécurité du travail, sur l’encadrement législatif des fermetures d’entreprises et des licenciements collectifs, sur l’aide aux travailleurs âgés mis à pied et sur le salaire minimum.

Encore trop de décès

La FTQ redit ce qu’elle répète aux différents gouvernements depuis 20 ans : il faut étendre les mécanismes de prévention prévus dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail à l’ensemble des milieux de travail, en particulier dans la construction. Les travailleurs de la construction ne représentent que 4 % de la main-d’œuvre québécoise mais ils sont victimes de 15 % des accidents mortels.

En 2002, le Québec a eu à déplorer 188 décès à cause du travail. Pourtant, encore aujourd’hui, les travailleurs et les travailleuses du Québec ne disposent toujours pas des outils essentiels pour protéger leur santé et leur sécurité au travail et pour protéger leur vie!

Mieux protéger les victimes de licenciements collectifs

Actuellement, la seule obligation des employeurs qui désirent fermer un établissement consiste à donner un préavis aux salariés et au gouvernement, ou une indemnité de départ équivalente. Or, beaucoup ne font rien. Seule une loi sur les fermetures d’entreprises et les licenciements collectifs permettrait :
• d’obliger l’élaboration de solutions de rechange à la fermeture;
• de prévoir une indemnité de départ substantielle afin que l’employeur y pense à deux fois avant de poser le geste, comme c’est le cas dans certains pays européens;
• de permettre à la main-d’œuvre visée de se recycler ou de prendre une retraite décente;
• d’obliger le remboursement, par l’employeur, de tout prêt, subvention, concession fiscale ou autre soutien gouvernemental;
• de prévoir une taxe sur les licenciements à la mesure de la rentabilité des entreprises.

Protéger les travailleurs âgés

La FTQ souhaite par ailleurs que le gouvernement Charest porte sa demande d’un programme d’aide auprès du nouveau gouvernement de Paul Martin afin de supporter les travailleuses et les travailleurs âgés mis à pied. «Il nous semble que la société a le devoir de permettre à cette main-d’œuvre de terminer sa vie active dans la dignité», ont fait valoir les dirigeants de la FTQ

Hausser le salaire minimum

« Quelles sont les personnes qui vont le plus souffrir de la hausse des tarifs d’électricité, des frais de garde, des tarifs du transport en commun ou encore de la hausse des prix des produits du tabac ? Ce sont les centaines de milliers de personnes qui, au salaire minimum ou presque, ne bénéficieront jamais des baisses d’impôt promises.

« Le gouvernement, dont les membres actuels se faisaient les champions de la compassion durant la dernière campagne électorale, doit prendre des mesures concrètes pour aider ces salariés, largement des femmes et le plus souvent dans des emplois à statut précaire. Et la première mesure doit être un engagement du gouvernement à hausser le salaire minimum à chaque année de son présent mandat pour supporter ces personnes au quotidien » , ont conclu Henri Massé et René Roy.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.

Source

  • FTQ
  • http://ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Cauchy
  • lcauchy@ftq.qc.ca