Le dépôt d’un projet de loi spéciale tout à fait injustifié

Lutte étudiante

(Montréal, le mercredi 16 mai 2012) « Quatorze semaines plus tard, avec le dépôt d’un projet de loi spéciale, nous reprochons au gouvernement libéral de dénier véritablement non seulement la réalité, mais la démocratie. C’est la démonstration de son incapacité de gérer convenablement une crise sociale. Nous croyons qu’au lieu de permettre d’éviter les perturbations, un tel geste envenimera encore plus le climat et accroîtra la division dans la population. Nous demandons au gouvernement, et à son premier ministre, de mettre son projet de loi sur la glace et de tout faire pour en arriver rapidement à un règlement négocié de la crise. Hier soir, cela semblait atteignable », ont déclaré les présidents de la CSN, de la CSQ et de la FTQ.

Le refus du gouvernement d’engager rapidement un dialogue avec les associations étudiantes au début de la grève et le choix de faire ses premières offres directement sur la place publique, sans discussions préalables avec les étudiants, on le sait, n’ont fait qu’enflammer la colère. Il aura fallu pratiquement dix semaines pour avoir de premiers échanges sérieux. La maladresse au lendemain d’une entente n’a fait que susciter la méfiance. Finalement, peu d’heures ont été consacrées pour débattre avec les étudiants et, ne l’oublions pas, jamais le gouvernement n’a voulu mettre au jeu directement la question de la hausse des droits de scolarité. Cette dernière est la raison qui a amené des dizaines de milliers d’étudiants à voter en faveur de la grève et qui a déclenché non seulement les plus grandes manifestations que le Québec ait connues, mais une mobilisation soutenue.

Rappelons-le, la hausse des droits de scolarité constitue pour les étudiants un débat de société, position que les organisations syndicales appuient. « Comme eux, nous croyons que l’éducation ne peut être traitée comme une marchandise et il faut maintenir l’accessibilité aux études supérieures. Par exemple, les dernières études portant sur l’endettement étudiant aux États-Unis sont éloquentes et démontrent qu’il ne faut absolument pas suivre cette voie. En outre, au cours de ces 14 semaines de conflit, la démonstration a été faite qu’une très forte majorité d’étudiantes et d’étudiants s’opposent à la hausse des droits de scolarité. Certains, même, provenant de facultés qui n’ont pas l’habitude de moyens de pression, ont choisi cette fois de manifester aussi leur désaccord, que ce soit avec quelques jours de grève ou en s’affichant avec le carré rouge tout en étant en classe. En tentant d’isoler ceux qui font la grève, le gouvernement commet une erreur », ont commenté les porte-parole syndicaux.

Reconnaissance des associations étudiantes

Pour les représentants syndicaux, le gouvernement libéral s’est comporté comme s’il ne reconnaissait pas la légitimité des associations étudiantes. Cette attitude est des plus déplorables. Le premier ministre qui, par ailleurs est responsable des dossiers jeunesse, leur envoie un bien mauvais message. « Alors qu’ils font leurs premières expériences de l’exercice de la démocratie, on veut bafouer leurs droits. Il s’agit d’un abus de pouvoir. Le gouvernement aurait eu tout le temps voulu s’il avait vraiment eu la volonté de régler ce conflit par la discussion. Nous craignons que l’abus de pouvoir ne fasse qu’exacerber le conflit et les tensions dans les établissements d’éducation. Nous l’avons toujours dit, la démocratie ne peut se résumer qu’à se rendre aux urnes, d’affirmer les porte-parole syndicaux. La colère et l’animosité ne nous mèneront collectivement à rien. Si le gouvernement refuse de s’engager dans des négociations maintenant, au lieu d’adopter une loi spéciale, il devrait se replier sur un moratoire et des états généraux. Cela permettrait également une pause qui, de toute évidence, s’impose. »

« Nous rappelons au premier ministre que nous n’avons jamais cautionné la violence et nous lui répétons, comme tant de monde qui l’ont fait aujourd’hui, que le geste qu’il s’apprête à faire avec le dépôt d’une loi spéciale, qui n’est ni plus ni moins qu’un coup de force, la situation risque malheureusement de s’envenimer », ont conclu les porte-parole syndicaux.

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Pour information : FTQ : Jean Laverdière, 514 893-7809