« L'avenir du transport en commun doit se débattre publiquement et non derrière des portes closes » – Henri Massé, président de la FTQ

Montréal, le 10 février 2004 – « Nous ne laisserons pas le lobby des compagnies de transport privées ou des consultants en transport régler le sort du transport en commun derrière des portes closes au ministère des Transports ou au cabinet du premier ministre. Le transport en commun est un service public et le débat sur son avenir doit être public et transparent », a déclaré le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), M. Henri Massé, en réaction aux fuites dans les médias sur une privatisation partielle dans le transport en commun.

Le privé n’est pas une solution valable

« Ce n’est pas en lançant des ballons sur la place publique, comme le concept de « concurrence balisée » que le ministre des Transports, Yvon Marcoux, fera avancer le débat sur le sous-financement du transport en commun. S’il va à la pêche, ce ne sera certainement pas nous le poisson au bout de la ligne », a repris pour sa part M. Pierre Dupuis, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ).

Pour la FTQ, une plus grande implication du secteur privé dans le transport urbain n’est pas une solution valable à moyen, ni à long terme. « On le sait, le principal problème du transport en commun est lié à son sous-financement chronique. Depuis 1992, le gouvernement du Québec a abandonné cette responsabilité aux villes qui n’ont cessé de réduire leur contribution. Dans le seul cas de Montréal, cela représente un manque à gagner de 750 millions de dollars », a rappelé le directeur du SCFP.

Le coût unitaire d’un passage est inférieur dans le public

« Comme dans beaucoup de dossiers où on essaie de nous faire croire que le privé peut faire mieux que le public, on se rend vite compte à l’étude des données disponibles que c’est de la poudre aux yeux. Dans les faits, le coût unitaire d’un passage est inférieur dans le public si on compare les données disponibles pour 17 sociétés ou commissions intermunicipales de transport de la grande région de Montréal », a fait remarquer M. Dupuis.

Mettre de côté le dogme de la privatisation

« Le ministre Marcoux doit faire la lumière sur ses véritables intentions. Pour nous, le recours au privé ne mettra pas plus d’autobus sur la route et ça ne coûtera pas moins cher aux usagers. Il faut mettre de côté le dogme de la privatisation et considérer le transport en commun pour ce qu’il est, un service public essentiel et un moteur de développement économique et social pour les municipalités.

« Par ailleurs il serait ironique qu’après avoir temporairement suspendu les autorisations pour la centrale du Suroît, sous prétexte qu’elle générerait l’équivalent des émissions de gaz polluant de plus de 600 000 voitures, on en arrive aux mêmes résultats en décourageant l’utilisation du transport en commun par des hausses de tarifs ou par un recours à des transporteurs privés dont le seul objectif serait le profit, peu importent les conséquences sur la fiabilité ou la condition des véhicules », a soutenu Henri Massé.

Les sociétés de transport ont été asphyxiées depuis 1992

Le recours aux entreprises privées dans l’offre de certains services ne s’est pas avéré être la panacée que certains prétendent. Par exemple :

- À l’automne 2003, lors d’une pénurie d’autobus à Montréal, aucune entreprise privée n’a été en mesure d’offrir des véhicules répondant aux normes de sécurité fixées par la STM (qui sont aussi celles du ministère);

- Sur la Rive-Sud, le PDG du Réseau de Transport de Longueuil (RTL) reconnaît que le service public est compétitif. Le maintien de la desserte privée à Saint-Bruno s’explique par la difficulté de financer l’achat de véhicules et par la subvention de 600 000 dollars dont bénéficie le sous-traitant, laquelle n’est pas accessible au service public;

- À Québec, la société de transport a rapatrié à l’interne la gestion du réseau informatique après l’avoir confiée à la firme CGI dont les services n’étaient pas satisfaisants.

Dans les faits, depuis 1992, on a asphyxié les sociétés de transport en les coupant de leurs principales sources de revenus. Une révision en profondeur du cadre financier de ces sociétés s’impose aujourd’hui afin de répondre aux besoins de la population plutôt que de lancer une vente aux enchères aux plus offrants du secteur privé.

Une fiscalité dédiée au transport en commun

« Des pistes de solution doivent être envisagées sérieusement. Le fédéral a déjà ouvert la porte à un retour vers les municipalités de la taxe sur l’essence ou de la TPS. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant avec la TVQ, dont le retour serait dédié en tout ou en partie au transport en commun? », a questionné Pierre Dupuis, pour qui les engagements des gouvernements à l’égard du protocole de Kyoto passent par une gestion responsable des transports publics.

Une vision globale et non à courte vue

« Une approche intégrée et conséquente des transports publics commanderait que les sociétés de transport soient exonérées du paiement des taxes sur l’essence ou les autres combustibles approvisionnant leurs véhicules. En matière de financement du transport en commun, on doit adopter une vision globale et non pas à courte vue », a repris le président de la FTQ.

« Encore une fois, nous répétons que le ministre des Transports doit s’assurer que le débat sur l’avenir et le financement du transport en commun au Québec se fasse dans la plus grande transparence possible, sans ingérence de lobbys occultes. Nous lui demandons une rencontre dans les meilleurs délais pour pouvoir discuter avec lui de toutes les options ouvertes quant au financement et à l’optimisation des transports publics », a conclu le président de la FTQ.

La FTQ représente plus de 6 500 travailleuses et travailleurs dans le transport urbain au Québec. Avec plus d’un demi-million de membres, la FTQ est la plus grande centrale syndicale au Québec.

Source

  • FTQ
  • http://ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Cauchy
  • lcauchy@ftq.qc.ca