La FTQ accueille avec réserve le projet de loi modifiant la Charte de la langue française

Québec, le 15 mai 2002 – « Notre principal cheval de bataille en matière linguistique a toujours été, sans relâche, la francisation des entreprises et le soutien aux membres des comités de francisation. À ce chapitre, le projet de loi 104 modifiant la Charte de la langue française nous laisse sur notre appétit », a indiqué M. René Roy, secrétaire général de la FTQ, dans une présentation à la Commission parlementaire étudiant le projet de loi 104.

« D’entrée de jeu, nous saluons la décision de la ministre de resserrer les exigences d’accès à l’enseignement à l’école anglaise, mettant ainsi fin à l’échappatoire permettant à l’école privée non subventionnée de servir de passerelle vers l’école anglaise. Nous saluons également l’instauration de la parité entre les représentants des travailleurs et des employeurs sur les comités de francisation », a ajouté le secrétaire général de la FTQ.

Le plus souvent les immigrants apprennent l’anglais pour gagner leur vie

« Par contre, lorsqu’on sait que sur les 200 000 employeurs que compte le Québec, environ 95 % ont moins de 50 employés et 90 % comptent 20 employés et moins, on ne peut que déplorer que le projet de loi demeure muet quant aux actions à mettre en œuvre pour assurer une francisation efficace, notamment des entreprises comptant moins de 50 employés.

« On déplore d’autant ce silence que la Commission Larose suggérait l’adoption d’incitatifs pour que ces employeurs se dotent d’une politique de francisation.

« Ces petites entreprises sont le plus souvent la porte d’entrée des immigrants sur le marché du travail québécois. Confrontés à un milieu de travail non francophone, les nouveaux arrivants apprennent naturellement l’anglais, la langue qui leur permet de gagner leur vie dans les circonstances où la nécessité d’apprendre le français devient tout à fait théorique », a repris M. Roy.

Un déficit démocratique dans le processus de décision

De façon générale, le projet de loi perpétue une approche de volontariat sur le plan de la francisation des entreprises, approche qui s’est révélée inappropriée d’après les résultats constatés depuis près de 25 ans. De plus, la FTQ appréhende une certaine bureaucratisation sur le front de la francisation des entreprises.

« En conférant au président du nouvel Office de la langue française des pouvoirs auparavant exercés par les membres de l’Office, telles l’approbation des programmes de francisation, la délivrance des attestations d’application ou l’autorisation d’exemptions, le projet de loi entraîne un déficit démocratique inquiétant.

Aux nécessaires débats des membres de l’Office on substitue un processus de décision qui dépouille les membres de cet organisme de prérogatives qui lui conféraient une bonne part de sa crédibilité », a déploré le dirigeant de la FTQ.

Le gouvernement doit pourvoir l’Office de ressources humaines et financières suffisantes

Rappelant que la FTQ était du nombre des premiers organismes à mettre en évidence que l’Office n’était plus en mesure d’assumer son lourd mandat en raison des maigres ressources humaines et financières dont il dispose, le secrétaire général de la centrale syndicale dit espérer « qu’on se donnera les moyens de nos politiques. Il ne sert à rien de se donner les meilleurs principes en matière de francisation si on n’y alloue pas les budgets nécessaires à leur véritable mise en application ».

Le nécessaire soutien aux membres des comités de francisation

« Pour revitaliser le processus de francisation des entreprises, il faut que les travailleurs et travailleuses obtiennent l’appui nécessaire en temps et en ressources pour s’acquitter correctement de leur mandat. Il faut accorder aux centrales syndicales des ressources financières suffisantes pour leur permettre d’intégrer dans leur programme d’éducation la formation continue des membres des comités de francisation », a fait valoir M. Roy devant la Commission parlementaire.

La FTQ demeure vigilante

« Si on a vu le français regagner la place qui lui revenait dans notre société dans la foulée de l’adoption de la loi 101, on a aussi pu constater dans nos milieux de travail de même que dans la société québécoise combien sont fragiles ces progrès si on ne maintient pas des efforts de francisation significatifs. Il ne faut surtout pas lever la garde », a prévenu en conclusion le secrétaire général de la FTQ.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.

Source

  • FTQ
  • http://ftq.qc.ca

Renseignements

  • Louis Cauchy
  • lcauchy@ftq.qc.ca