Conférence de presse de Henri Massé et René Roy - La FTQ dresse son bilan de l'année 2002 et présente ses grandes priorités pour 2003

Montréal, le 23 décembre 2002 — À l’occasion de leur conférence de presse de fin d’année, le président de la FTQ, M. Henri Massé, et le secrétaire général, M. René Roy, ont fait un tour d’horizon de la situation syndicale, économique et politique au Québec et présenté les priorités de la centrale pour l’année 2003.

Ces priorités concernent en particulier les questions suivantes : les nombreuses et importantes négociations en cours et à venir menées par les syndicats de la FTQ (liste en annexe) ; l’effort constant de syndicalisation de nouveaux groupes de salariés; la concrétisation des initiatives du gouvernement du Québec pour mettre en place une stratégie de plein emploi et de lutte contre la pauvreté, ainsi que la participation active de la FTQ à la prochaine campagne électorale québécoise.

La situation syndicale

La bonne performance anticipée de l’économie et de l’emploi au Québec en 2003 devrait être un atout majeur pour nos syndicats dans le cadre des nombreuses négociations, en cours et à venir, pour le renouvellement des conventions collectives et l’amélioration des conditions de travail et de salaire de nos membres. Historiquement en effet, les périodes de croissance de l’emploi sont plus favorables aux syndicats. De plus, les scandales éhontés et les abus criants survenus du côté de certains dirigeants d’entreprises n’ont fait qu’attiser les revendications des salariés en faveur d’un meilleur partage de la richesse.

Les syndiqués font d’ailleurs preuve d’une grande combativité et les conflits sont plus longs et plus durs. Comme l’indiquent les dernières statistiques du ministère du Travail, il y a eu à ce jour en 2002 près d’un million de jours-personnes perdus au Québec dans des arrêts de travail, soit le total le plus élevé des dix dernières années. À la FTQ, on peut mentionner quelques conflits majeurs survenus cette année : Bombardier Aéronautique (8 000 salariés), Sécur (900), l’amiante à Thetford (450), Stelco (350), Louisiana Pacific (166) et, bien sûr, Vidéotron (2 200 salariés). On trouvera en annexe une liste des conflits en cours.

On doit noter une recrudescence des lock-out, plusieurs employeurs cherchant à arracher des concessions. Dans l’ensemble, même s’il y a eu plusieurs votes de grève, la très grande majorité des négociations se sont conclues sans conflit par la signature de bons contrats de travail.

D’autre part, la FTQ va poursuivre ses efforts intensifs en vue d’assurer la syndicalisation de nouveaux groupes de salariés. L’accès aux avantages du syndicalisme devrait d’ailleurs être facilité et accéléré par suite de l’entrée en fonction récente de la nouvelle Commission des relations du travail du Québec. Nous saluons en passant la première décision rendue en décembre par la Commission, qui a ordonné à la direction de l’imprimerie Scabrini Média à Anjou de mettre fin à son lock-out et de signer la convention négociée avec le syndicat. Si la Commission avait été en fonction auparavant, une décision du genre aurait pu mettre fin au long conflit à la Place des Arts, maintenant devant la Cour suprême.

Selon le registre des requêtes en accréditation du ministère du Travail, ce sont les syndicats de la FTQ qui recrutent le plus de nouveaux membres chaque année. En 2002, à titre d’exemples, nous avons fait des percées importantes dans l’aérospatiale (Bell Hélicoptères à Mirabel), les services financiers (plusieurs caisses Desjardins), l’alimentation (notamment dans la chaîne Sobey’s), le commerce (magasins Sears à Québec), l’hôtellerie et la restauration, le vêtement, les agences de sécurité et le secteur municipal. Ajoutons à cela les camionneurs indépendants et les chauffeurs de taxi, qui se sont donné des associations professionnelles liées au Syndicat des Métallos (FTQ), ainsi que le secteur de la machinerie de production. Seul le cas des travailleurs forestiers n’est pas réglé.

La situation économique

Sur le plan économique, le Québec a actuellement une des économies les plus performantes en Amérique du Nord et même au sein des sept pays les plus industrialisés, et les perspectives s’annoncent positives pour 2003. De plus, nous sommes l’État nord-américain où les inégalités de revenus sont les plus faibles, en grande partie grâce à l’action soutenue et bénéfique du mouvement syndical qui a fait du Québec l’endroit le plus syndiqué du continent. C’est la preuve qu’on peut bâtir une économie solide tout en ayant une forte présence syndicale.

Cela étant dit, il y a encore beaucoup de travail à abattre pour atteindre le plein emploi d’ici 2005, l’objectif récemment annoncé par le gouvernement du Québec. C’est pourquoi la FTQ se fera un devoir de participer aux consultations annoncées par la ministre Pauline Marois en vue de la mise en place d’une stratégie de plein emploi, en collaboration avec les partenaires sociaux. Pour nous, une telle stratégie doit inclure, entre autres, une loi pour encadrer les licenciements collectifs et les fermetures d’entreprises.

La FTQ, ses syndicats et son Fonds de solidarité vont continuer de travailler très fort au maintien et à la création d’emplois de qualité. La FTQ et son Fonds de solidarité sont engagés dans plusieurs projets d’importance, en particulier pour maintenir et développer l’emploi dans les régions. Notons la relance de Papiers Gaspésia à Chandler, qui va bon train, ainsi que des projets dans les secteurs minier et récréotouristique. D’autres dossiers sont plus difficiles comme ceux de Murdochville, du bois d’œuvre et de l’amiante.

Nous préparons par ailleurs un grand colloque sur le vieillissement de la main-d’œuvre, qui aura lieu les 22 et 23 janvier prochains à Trois-Rivières. Nous y examinerons notamment les questions de pénurie de main-d’œuvre et de formation professionnelle.

Concernant la Caisse de dépôt et placement, la FTQ présentera des propositions de réforme lors de la commission parlementaire prévue en mars. Nous espérons que la tenue de cette commission permettra de trouver des solutions aux vrais problèmes, et non pas de s’empêtrer dans des chicanes pré-électorales.

Enfin, une ombre plane à l’horizon en cette fin d’année, soit la hausse du chômage aux États-Unis qui atteignait 6% en novembre, un taux élevé selon les standards américains. Si les dépenses de consommation baissent aux États-Unis, l’emploi au Québec et au Canada risque d’en être affecté. Par ailleurs, la menace d’une guerre en Irak ne peut qu’accentuer l’incertitude économique.

La situation politique

L’année 2003 sera celle des prochaines élections générales au Québec et la FTQ sera très présente à cette occasion. Nous travaillons déjà à l’élaboration de notre plate-forme politique en vue des élections et nous la présenterons aux différents partis en temps et lieu.

Mais avant de parler d’appui ou non à un parti politique, le plus important est la sensibilisation de nos membres aux grands enjeux de ces élections. L’éducation politique devrait leur permettre d’exercer un choix éclairé, en toute connaissance de cause. Les syndicalistes doivent donc faire le travail politique, sur le terrain, pour expliquer à nos membres les implications bien concrètes, par exemple, du programme de l’ADQ. Si ce parti ne change pas son programme, on peut craindre un grand retour en arrière, singulièrement en matière de santé, d’éducation et de relations du travail. On risque ainsi de dilapider un héritage de solidarité sociale bâti au cours des quatre dernières décennies.

Nous allons aussi remettre en contexte l’action du gouvernement du PQ alors qu’un vent de droite souffle sur l’Amérique du Nord depuis plusieurs années. Si on se compare à nos voisins aux États-Unis et au Canada, en particulier à l’Ontario, le bilan du gouvernement péquiste est, somme toute, un bon bilan. Une exception de taille : les problèmes qui perdurent depuis des années dans la réseau de la santé et qui expliquent, en bonne partie, le ras-le-bol de la population dans les sondages.

Parmi les mesures progressistes du gouvernement du PQ, soulignons la réforme du Code du travail et de la Loi sur les normes minimales du travail ; la loi pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale ; les hausses du salaire minimum ; la loi du 1% sur la formation continue ; la réforme municipale ; l’équité salariale ; les garderies à 5$ pour favoriser la conciliation travail-famille, tout comme le projet d’assurance parentale bloqué par l’entêtement du gouvernement fédéral.

Cependant, la FTQ reste vigilante pour s’assurer que le gouvernement prendra tous les moyens requis afin de mettre en œuvre rapidement deux lois qui suscitent beaucoup d’espoir, celles sur la lutte contre la pauvreté et sur les normes du travail. Il en va de même pour la mise en application complète de la loi sur l’équité salariale qui demeure l’une de nos grandes batailles ; le gouvernement devrait lui-même donner l’exemple au secteur privé en réglant ce dossier au plus tôt dans les secteurs public et parapublic. Autre dossier en attente : les mécanismes de prévention prévus par la Loi sur la santé et la sécurité du travail qui ne sont pas encore appliqués dans l’ensemble des milieux de travail, en particulier dans la construction.

La situation internationale

Sur le plan international, la FTQ reste préoccupée par la question de la mondialisation de l’économie. Pour nous, l’ennemi n’est pas la mondialisation en tant que telle, mais l’absence de réglementations adéquates et de clauses dites sociales dans les ententes commerciales comme la future ZLÉA.

La solidarité entre les travailleurs et travailleuses reste encore notre meilleur outil de lutte, notamment au sein de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) où la FTQ siège au conseil exécutif aux côtés du Congrès du travail du Canada. À la mondialisation de l’économie, nous devons répondre par la mondialisation de la solidarité syndicale. C’est ce que nous commençons à faire dans le domaine de la gestion et du contrôle de nos caisses de retraite afin d’encourager l’investissement socialement responsable.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.

  • ANNEXE 1 – Syndicats FTQ : grandes négociations en 2003
  • ANNEXE 2 – LISTE DES CONFLITS FTQ au 20 décembre 2002

    Source

    • FTQ
    • http://ftq.qc.ca

    Renseignements

    • Louis Cauchy
    • lcauchy@ftq.qc.ca