Wal-Mart doit maintenant négocier !

Chantal Lafrance est au cœur de la campagne de syndicalisation du magasin Wal-Mart de Brossard, sur la rive sud de Montréal. Avec douze années d'ancienneté, son salaire n'atteint pas 11 $ l'heure. (Photos par Robert Gosselin et Serge Jongué)

Chantal Lafrance est au cœur de la campagne de syndicalisation du magasin Wal-Mart de Brossard, sur la rive sud de Montréal. Avec douze années d'ancienneté, son salaire n'atteint pas 11 $ l'heure. (Photos par Robert Gosselin et Serge Jongué)

Jonquière
La FTQ a salué le courage exceptionnel des salariés du magasin Wal-Mart de Jonquière, au Saguenay, lors de l’accréditation obtenue par la section locale 503 des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC).

« Ils ont dû s’y prendre à deux fois pour remporter cette grande victoire syndicale. Maintenant, la compagnie Wal-Mart doit respecter la loi et négocier un premier contrat de travail », a déclaré le secrétaire général de la FTQ, René Roy.

Le 2 août, la Commission des relations du travail a en effet accrédité les TUAC pour représenter quelque 150 membres du personnel du magasin de Jonquière. La requête en accréditation avait été déposée le 6 juillet. Ce magasin est toujours le seul Wal-Mart syndiqué en Amérique du Nord. Une première tentative de syndicalisation, en avril dernier, avait recueilli 47 % des voix.

L’accréditation a été confirmée par la Commission le 10 septembre. Le syndicat avait bon espoir de négocier bientôt un contrat.

La campagne de syndicalisation se poursuit activement dans d’autres magasins Wal-Mart au Québec (voir autre texte plus bas) et au Canada. Des requêtes ont aussi été déposées en Saskatchewan, au Manitoba et en Colombie-Britannique. Les TUAC représentent 45 000 membres au Québec, 230 000 au Canada et 1,4 million en Amérique du Nord.

Une femme déterminée au cœur de la campagne de syndicalisation

Brossard
Depuis plus de deux ans, Chantal Lafrance est au cœur de la campagne de syndicalisation menée par la section locale 501 des TUAC au magasin Wal-Mart de Brossard, sur la rive sud de Montréal. Elle a été convoquée trois fois au bureau de la direction du magasin. Elle a reçu deux avertissements écrits lui reprochant certains contacts avec des collègues de travail. Ex-employée du magasin Woolco local racheté dans les années 1990 par Wal-Mart, elle en a long à dire sur les pratiques du géant américain.

«Quand Wal-Mart a acheté, ils voulaient tout nous enlever l’ancienneté, nos vacances, nos salaires. Une de mes compagnes de travail, une caissière comme moi avec qui je fais la campagne de syndicalisation, Huguette Leclerc, a été obligée de se battre toute seule. Mais l’ancienneté n’a pas été respectée, excepté pour les vacances.»

Les menaces et le chantage de l’employeur sont monnaie courante : « Nous les associés, comme on nous appelle chez Wal-Mart, nous ne sommes absolument rien. L’employeur n’a pas un soupçon de respect pour nous. Si quelque chose ne fait pas ton affaire, la porte est là ! Si le syndicat était là, les patrons seraient obligés de marcher droit.»

La campagne

Le magasin de Brossard emploie quelque 180 personnes. La campagne est menée par un petit groupe de caissières, celles-ci formant les trois quarts du personnel. « Nous sommes une équipe de quatre femmes qui ont du caractère. Nous fonçons, parce que nous n’avons rien à perdre et tout à gagner. »

La requête en accréditation a été déposée le 22 juillet dernier. Tactique patronale oblige, la liste de salariés fournie par l’employeur a fait baisser le pourcentage de cartes signées par le syndicat. La Commission des relations du travail devait rendre sa décision en septembre.

« Je vais passer par n’importe quel chemin mais nous allons y arriver. Ça prenait une première succursale pour que d’autres suivent. En voyant le succès obtenu à Jonquière, c’est encourageant pour nous », conclut cette femme déterminée à se faire respecter.