*Voici la réplique de la FTQ, du SCFP et du SQEES à l’article de M. Alain Dubuc, réplique que n’a pas jugé bon à ce jour de publier le journal La Presse.

Alain Dubuc, dans La Presse du 28 septembre, salue le courage du gouvernement dans le dossier de la rémunération des médecins spécialistes.

Nous n’avons pas l’intention de discuter ici de cette entente, bien que nous comprenons qu’elle ait suscité avec raison une certaine surprise parmi nos membres, qui ont dû essuyer un décret imposant un gel de leurs salaires en 2004 et 2005, suivi d’un 2 % annuellement par la suite, jusqu’en 2009.

Ce que nous aimerions relever, cependant, ce sont les inexactitudes qu’allègue Alain Dubuc sur « la philosophie de rémunération du secteur public ».

Tout d’abord, il écrit que l’entente des médecins spécialistes rompt avec le fait que depuis des décennies, l’État impose un cadre similaire à l’ensemble de ses salariés. La réalité est fort différente, comme le démontrent les résultats des négociations pour les salariés syndiqués depuis 1971 : formules variées selon le niveau des salaires, pourcentages variables, montants forfaitaires différenciés, etc.

Monsieur Dubuc dit ensuite que parce qu’il y a pénurie, il faut payer davantage certaines catégories d’emploi, et que « ce principe devra, tôt ou tard, s’appliquer à d’autres professions ». Nous sommes d’avis que le gouvernement devra, plutôt tôt que tard d’ailleurs, offrir de meilleures conditions de travail à l’ensemble de ses salariés parce qu’il s’expose à une saignée massive de son personnel dont les salaires, en moyenne, accusent un retard de 15,7 % avec le secteur privé.

Il ajoute une autre notion, celle du talent. « Certaines personnes, écrit-il, offrent quelque chose d’unique, en raison de leurs études, de leurs aptitudes particulières, de leurs compétences. Comme certains sportifs, artistes, cadres de haut niveau et spécialistes. Ceux-ci seront donc traités différemment des travailleurs interchangeables ou remplaçables, lesquels n’auront pas droit au même traitement de faveur ». Nous avons ici une version bien résumée de la théorie des winners et des losers développée aux États-Unis dans les années 1980.

À la FTQ, nous sommes partisans d’un traitement équitable pour tous, en tenant compte de leurs compétences et de leur expérience. Mais loin de nous d’avoir une attitude méprisante envers tout ce qui n’est pas sportifs, artistes, cadres de haut niveau et spécialistes. Nous souhaitons, Monsieur Dubuc, que vous ou l’un de vos proches fassiez une petite visite dans notre milieu hospitalier. Allez-y et regardez qui passe le plus de temps à prendre soin de nos parents et grands-parents, des personnes en perte d’autonomie, des jeunes en difficulté, de malades à l’article de la mort : ce sont les préposés-es aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires et même le personnel d’entretien et de service qui ne manque pas de piquer une petite jasette à l’occasion, lorsque le temps le leur permet, et de soutenir le moral des bénéficiaires, sans compter, bien sûr, sur l’apport essentiel des professionnels de la santé !

Il faut d’ailleurs souligner, à ce chapitre, les coupes draconiennes qui ont été opérées dans le personnel d’entretien ces dernières années et qui ont sans aucun doute quelque chose à voir avec l’irruption des infections bactériennes de toute sorte (C-difficile, staphylocoque aureus, etc.), comme le confirme la coroner dans le dossier de l’Hôpital Honoré-Mercier de St-Hyacinthe. Au XVIIIe siècle, les Soeurs grises avaient compris que la propreté était primordiale pour la santé et la prévention des maladies. Les préposés-es à l’entretien ménager ne sont peut-être pas des vedettes, mais ils constituent un maillon essentiel du système de santé.

Vous soulignez ensuite qu’avec son entente avec les spécialistes, l’État introduit la notion de productivité, « un concept totalement absent dans les négociations du secteur public ». Permettez-moi seulement de vous rappeler que la ronde des négociations de 1993 a longuement porté sur la productivité, le gouvernement exigeant à ce titre des économies de 1 %.

Bien qu’elles aient été pour la plupart refusées, les syndicats ont effectivement réussi à dégager et proposer une série de mesures d’économie à travers une meilleure organisation du travail; ils se sont penchés durant des mois sur le concept de la productivité et continuent de le faire quotidiennement, fardeau de tâches obligeant.

Pour terminer, vous mettriez votre main au feu, sans avoir les chiffres, qu’un « rajustement se ferait par le bas » si on comparait les salaires du secteur public québécois avec ceux des autres provinces. Au risque de se retrouver chez les grands brûlés, il n’est pas bon de jouer avec le feu!

Henri Massé, président, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
Daniel Boyer, Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), vice-président FTQ
Michel Poirier, Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), vice-président FTQ