Violations des droits des travailleurs chez un fournisseur de La Baie au Lesotho : La FTQ demande à La Baie d'adhérer à des règles de commerce éthique

Des violations sérieuses des droits des travailleurs ont lieu à la manufacture Sun Textiles ainsi qu’à deux autres manufactures au Lesotho, un pays du sud de l’Afrique où sont manufacturés les produits de La Baie.

Des violations sérieuses des droits des travailleurs ont lieu à la manufacture Sun Textiles ainsi qu’à deux autres manufactures au Lesotho, un pays du sud de l’Afrique où sont manufacturés les produits de La Baie.

Montréal, le jeudi 9 mai 2002 – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), conformément aux résolutions adoptées à son congrès de novembre 2001, appuie à nouveau la campagne de SHARE (Shareholder Association for Research and Education) et en appelle à tous les fonds de retraite disposant d’actions et de droits de vote à la prochaine assemblée annuelle de La Baie, le 22 mai prochain à Toronto, pour qu’ils appuient la proposition d’actionnaires demandant notamment que La Baie amende son Code de conduite relatif aux contrats d’achat.

Rappelons qu’en 2001 une proposition similaire à celle qui sera soumise à l’Assemblée annuelle de La Baie avait reçu l’appui de 15,2 % des actionnaires de l’entreprise.

Des pratiques anti-travailleurs chez un fournisseur de La Baie au Lesotho

Déjà en octobre 2001, le Groupe d’Action pour le Commerce Éthique (ETAG) soulevait auprès de La Baie la question des violations sérieuses des droits des travailleurs à la manufacture Sun Textiles ainsi qu’à deux autres manufactures au Lesotho, un pays du sud de l’Afrique où sont manufacturés les produits de La Baie.

Malgré des promesses d’enquête alors faites par La Baie qui s’engageait également à produire un rapport sur les mesures de redressement de cette situation, l’entreprise n’avait toujours pas répondu à ETAG, quatre mois plus tard. La Baie a plutôt informé SHARE qu’aucun rapport ne serait envoyé sur son enquête et hier, la compagnie annonçait sur les ondes de CBC qu’elle mettait fin à ses relations d’affaire avec Sun Textiles.

Un vrai Code de conduite avec vérification indépendante

« Un Code de conduite comme La Baie prétend en avoir un devient cosmétique et inopérant s’il n’implique pas l’intervention d’un organisme de vérification et de surveillance indépendant. C’est précisément le cas de La Baie qui a indiqué récemment ne plus faire affaire avec la firme KPMG pour vérifier la conformité des fournisseurs avec ses politiques.

« En dépit des indications de La Baie quant à l’annonce de nouvelles mesures de vérification avant sa prochaine assemblée annuelle, rien de concret n’a été fait à ce jour à ce chapitre », a déploré le président de la FTQ, M. Henri Massé

Rompre avec un fournisseur fautif ne règle pas la question pour les travailleurs

« Nous avons été informés de pratiques anti-travailleurs chez un fournisseur de La Baie au Lesotho, la manufacture Sun Textiles, où des travailleurs sont congédiés illégalement, où le droit à la liberté d’association est bafoué et où des mesures en santé et sécurité et les normes de travail sont régulièrement violées.

« Ces constats ont été établis à la fois par le Groupe d’action sur le commerce éthique et le gouvernement du Lesotho. Mais que La Baie ait mis fin à ses relations d’affaires avec ce fournisseur ne règle pas la question pour des travailleurs dont l’emploi est en péril », a indiqué M. Massé, en expliquant la demande de la centrale syndicale.

La FTQ demande donc que le code de conduite de La Baie soit rendu conforme aux principes énoncés par l’Organisation internationale du travail (OIT) et à sa « Déclaration sur les principes fondamentaux et les droits au travail ».

La proposition d’actionnaires demande également la mise en place d’un système de surveillance indépendant pour s’assurer du respect du nouveau Code de conduite amendé. Elle demande enfin que soit rédigé sur une base annuelle un état de l’adhésion à ce Code de conduite dans le cadre d’un processus indépendant et transparent. Le premier rapport annuel devrait être complété pour janvier 2003.

Déclaration de principes fondamentaux de l’OIT

Rappelons que la déclaration de l’OIT prône :

  • La liberté d’association et la reconnaissance effective du droit à la négociation collective;
  • L’élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire;
  • L’abolition effective du travail des enfants;
  • L’élimination de toute discrimination en emploi.

  • Des incitatifs pour relever le niveau des conditions de travail

    « Nous ne voulons pas que La Baie ou d’autres entreprises adoptent la solution simpliste de se débarrasser tout simplement de fournisseurs ne respectant pas en tout ou en partie ces principes. Nous ne voulons surtout pas qu’une entreprise tente de régler son problème de fournisseurs fautifs en se tournant vers d’autres fournisseurs où la situation des travailleurs pourrait être pire, mais non connue.

    « Nous voulons plutôt que des mesures incitatives soient adoptées pour encourager des fournisseurs comme Sun Textiles au Lesotho à relever ses pratiques et ses normes de travail », a ajouté M. Massé.

    Les questions de l’investissement responsable et de la prise en charge des leviers des caisses de retraite par les travailleurs ont fait l’objet de délibérations en profondeur à l’occasion du dernier congrès de la FTQ qui a d’ailleurs adopté un énoncé de politique traitant de ces questions.

    Un processus transparent

    « Nos caisses de retraite investissent des milliards dans l’économie, il est important que ces sommes soient investies dans des entreprises qui ont des pratiques commerciales irréprochables. Nos membres demandent de connaître de quelles façons leurs économies sont investies. Les exemples de grands fonds de retraite américain et ontariens, comme CalPERS (http://www.calpers-governance.org/alert/default.asp) OMERS, (http://www.omers.com/investments/proxyvotes/list.htm) ou Teachers , le fonds de pension des enseignants ontariens (http://www.otpp.com/web/proxyvot.nsf/meetings+pages/upcoming), devraient inspirer des gros joueurs québécois du secteur financier comme la Caisse de dépôt ou le Mouvement Desjardins par la transparence avec laquelle leurs positions sont rendues publiques. Encore une fois, nous les invitons, de même que l’ensemble des fonds de retraite, à appuyer la proposition d’actionnaires à la prochaine assemblée annuelle de La Baie », a insisté en conclusion M. Massé.

    La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.