Vieillissement de la main-d'œuvre - Négocier l'organisation du travail

Bien des mythes circulent sur l’incapacité des travailleuses et travailleurs vieillissants à être véritablement productifs. L’organisation du travail est cependant responsable de nombreuses difficultés vécues par la main-d’œuvre vieillissante, mais aussi par les plus jeunes. Dans le premier article d’une série de trois, nous revenons ici sur un des aspects soulevés lors du Colloque sur le vieillissement de la main-d’œuvre, tenu par la FTQ en janvier 2003.

L’usure au travail n’a pas d’âge
Ces deux dernières décennies, les employeurs ont fait des choix qui pèsent lourd sur notre qualité de vie au travail : la précarité des emplois avec son lot d’insécurité; les coupures de postes et l’augmentation de la charge de travail pour ceux et celles qui restent; l’augmentation des cadences là où on travaille à la chaîne; les exigences d’horaire de travail en continu, sur appel, tous les jours de la semaine, etc. Le juste-à-temps a envahi autant le secteur manufacturier que les services. Comme si on n’avait plus le droit d’avoir une minute ou même une seconde de temps non productif. Nos membres, jeunes et plus âgés, sont essoufflés. Cela a des effets sur leur santé mentale et physique.

Nos membres sont de plus en plus nombreux à prendre un congé de maladie de longue durée pour des motifs liés à la santé mentale. Il est impossible de ne pas faire le lien avec la désorganisation du travail. S’il faut s’inquiéter de ses effets sur nos membres vieillissants, il est tout aussi important de protéger les plus jeunes d’une usure prématurée.

Des solutions collectives
Déjà, plusieurs ont choisi des solutions individuelles pour se retirer temporairement ou définitivement d’un milieu de travail qui les agresse : prendre un congé sans solde ou à traitement différé, lorsque c’est possible, ou encore prendre sa retraite de plus en plus jeune. On se souviendra qu’au milieu des années 90, dans le secteur public québécois, plus du double du nombre prévu de personnes ont pris une pré-retraite, pas toujours dans des conditions financières intéressantes. Le ras-le-bol était très fort face à une organisation du travail éprouvante.

Mais des solutions collectives existent : il faut agir sur l’organisation du travail et sur les conditions de travail physiques et mentales. La solidarité des plus jeunes envers les plus vieux sera d’autant plus grande que les améliorations seront bénéfiques à tout le monde, comme ce fut le cas lors de l’intégration des femmes dans des emplois non traditionnels. Lorsqu’on a réussi à identifier clairement les contraintes des environnements de travail, les mesures proposées (adaptation des infrastructures, des outils, des équipements, etc.) ont facilité la vie tant des hommes que des femmes.

Dans certains milieux de travail, l’avancée en âge de nos membres nous a permis de convaincre l’employeur d’utiliser au mieux l’approche ergonomique. Notre expérience en santé et sécurité du travail doit servir à améliorer une organisation du travail qui fait souffrir physiquement et mentalement nos membres de tous âges.