Vieillissement de la main-d'œuvre - Les impacts sur les programmes de sécurité du revenu

Il ne fait pas de doute : les programmes de sécurité du revenu seront affectés par le vieillissement de la main-d’œuvre. La proportion de la population canadienne et québécoise âgée de 65 ans et plus par rapport à la population totale augmente de façon constante. Ce phénomène est lié au fort taux de natalité de l’après-guerre (le baby boom), combiné au faible taux de natalité des années 60 et à la hausse de l’espérance de vie.

Pour les régimes publics, ceci implique que le nombre de cotisants diminuera de façon constante tandis que les retraités seront de plus en plus nombreux. Les prestataires de retraite toucheront des prestations sur une plus longue période, augmentant ainsi de façon sensible la valeur des prestations promises et le coût du régime.

Cette situation est connue depuis plusieurs années. Les gouvernements ont d’ailleurs adopté ou tenté d’adopter une série de mesures pour y faire face. On se souviendra de la révolte des retraités face à la menace du gouvernement Mulroney de ne plus indexer la Sécurité de la vieillesse (SV). En 1985, on a introduit une clause de remboursement de la prestation de SV pour les hauts revenus. Le Régime de pension du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ) ont été revus de façon à réévaluer leur financement et pour réduire certains bénéfices comme la prestation de décès et les modalités d’application de la rente d’invalidité.
Puisque ces régimes sont en partie ou en totalité financés à même les impôts, la pression que la hausse des coûts exercera sur les finances publiques devrait amener les gouvernements à proposer d’autres changements à ce chapitre (la réforme proposée du Régime de rente du Québec va dans ce sens). Cependant, la même tendance démographique fait en sorte que le pouvoir politique des retraités est de plus en plus fort, ce qui devrait faire réfléchir un gouvernement avant d’exercer des coupures trop radicales.

L’avenir des régimes complémentaires de retraite
Le vieillissement de la main-d’œuvre affectera également les régimes privés ou complémentaires. Cependant, l’impact sera différent selon le type de régime. La plus grande différence entre un régime à prestations déterminées (PD) et un régime à cotisations déterminée (CD) tient au calcul des prestations et au porteur du risque associé au rendement de la caisse de retraite. Ainsi, pour un PD les prestations sont fixées dans le régime et le risque de rendement est la responsabilité de l’employeur. Pour un CD, seules les cotisations sont connues et le risque de rendement est à la charge des participants.

La réduction du personnel actif dans de nombreux milieux de travail et un plus grand nombre de retraités dans le régime vont entraîner des fluctuations de la caisse de retraite. Les rentrées de fonds seront plus rares et les sorties de fonds iront croissant au fur et à mesure que les retraités seront plus nombreux. Ce changement entraînera une nouvelle répartition des actifs de la caisse, un rendement inférieur et une hausse des cotisations nécessaires à son financement.

La hausse de coûts des régimes de retraite à prestations déterminées devrait augmenter les pressions en faveur de la création de nouveaux régimes à cotisations déterminées.
Le vieillissement de la population a aussi un impact sur la demande de main-d’œuvre, déjà remarquée dans certains secteurs d’activité. On commence même à parler de pénurie de main-d’œuvre. Au cours des années, nous avons négocié des programmes de pré-retraite. En contexte de pénurie de main-d’œuvre, on est en droit de s’attendre à une perte d’intérêt des employeurs pour ce type de programme. Les employeurs ont même commencé à négocier des clauses encourageant les travailleurs et les travailleuses à retarder leur retraite. Des mesures comme la retraite progressive devraient être plus faciles à négocier dans le futur.

Une riposte syndicale
De plus en plus, les syndicats projettent d’offrir et/ou d’administrer eux-mêmes leur régime de retraite. La défense de nos acquis a, dans certains cas, mené à un conflit de travail.

Nous devrons être vigilants et nous assurer que les négociations futures offrent des alternatives intéressantes pour nos membres. Il faut résister à la négociation à la baisse de nos régimes de retraite. Il faut intégrer les retraités et leurs demandes dans nos structures syndicales.