Une hausse marquée du salaire minimum au Québec ne causera pas de «bombe atomique»

Photo: Stephen Lurie - Flickr

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publiait dernièrement une étude sur les effets réels d’une hausse importante du salaire minimum au Québec.

Voici les principales conclusions d’une récente étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Tout d’abord, le salaire minimum est resté pratiquement identique entre 1979 et 2016 en considérant l’inflation, alors que la productivité a connu une hausse de plus de 35%. Les travailleurs et les travailleuses n’ont donc jamais profité de leurs gains en productivité, qui ont été accaparés par les entreprises.

Ensuite, contrairement à ce que martèlent les interlocuteurs patronaux, une hausse importante du salaire minimum ne serait pas une catastrophe pour les PME. Par exemple, la hausse du salaire minimum de 2008-2010 – la plus importante des quinze dernières années, soit une augmentation de 1,50$ l’heure étalée sur 3 ans – n’a pas été pas associée à un taux inhabituel de fermetures de PME. Au contraire, moins de petites et moyennes entreprises qu’à la normale ont fermé pendant cette période.

Augmenter le salaire minimum à 15$ l’heure n’entraînerait pas une hausse de l’inflation qui viendrait annuler les bénéfices d’une telle mesure. Établir le salaire minimum à 15$ l’heure pourrait entraîner une augmentation des prix qui oscillerait entre 1,1% et 2,6% au-dessus du niveau actuel de l’inflation. Pour les personnes pleinement touchées par la hausse (qui seraient donc payées 15$ l’heure au salaire minimum), cela représenterait une augmentation du pouvoir d’achat d’environ 35%. Enfin, contrairement à ce qu’affirme le professeur Pierre Fortin, une augmentation à 15$ l’heure du salaire minimum n’aurait pas l’effet d’une bombe atomique sur l’emploi. En effet, au minimum, 98% des travailleuses et travailleurs touchés par la mesure en bénéficieraient sans en subir de conséquences négatives, ce qui est sans compter les impacts positifs possibles sur la croissance, les revenus publics, l’investissement privé, etc. En omettant de tels effets bénéfiques, l’IRIS estime qu’entre 6 000 et 20 000 emplois seraient à risque à court terme.

Au final, il est fort probable que l’effet net sur l’emploi soit nul, voire même positif à plus long terme. Pour néanmoins éliminer toute conséquence fâcheuse à court terme, le gouvernement pourrait aisément mettre en place des politiques ciblées pour les segments à risque de la population. Bref, les avantages de hausser le salaire minimum à 15$ l’heure dépassent de loin les risques potentiels.

Consulter l’étude de l’IRIS.

Article paru dans Le Monde ouvrier, no 118, page 12.