Un syndicat pour les messagers à Montréal ?

Nicolas Dalicieux, président de l’AMBM, échange avec une collègue durant une pause. <br> <br><i>Photo Serge Jongué

Nicolas Dalicieux, président de l’AMBM, échange avec une collègue durant une pause.

Photo Serge Jongué

Les messagers à vélo et motorisés qui font la livraison du courrier à Montréal ont entrepris de se regrouper au sein du Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes (STTP), affilié à la FTQ, en vue d’améliorer leurs difficiles conditions de travail. Il s’agit d’une première au Canada.

Une requête en accréditation a été déposée récemment par le STTP auprès de la Commission des relations du travail en vue de représenter plus de 175 messagers de cinq entreprises parmi les plus importantes sur l’île de Montréal : CourrierCom, Courrier Rapide, Messagex, Sylco et QA/Transor. «La campagne de syndicalisation se poursuit activement dans d’autres compagnies», dit André Frappier, directeur national du STTP à Montréal. Le service de la syndicalisation de la FTQ participe à cette campagne, notamment par l’entremise de la consoeur Sophie Cunningham.

Le point central de cette bataille est de déterminer la nature exacte du lien de travail des messagers : les employeurs les considèrent comme des travailleurs indépendants alors que, pour le syndicat, ce sont de «faux travailleurs autonomes, qui vivent des conditions d’exploitation inacceptables», a constaté Denis Cadot, coordonnateur de la campagne pour le STTP.

Quelles conditions ?
«Depuis quelques années, il y a eu multiplication des compagnies et les tarifs ont chuté à cause de la compétition, explique Nicolas Dalicieux, président de l’Association des messagers à bicyclette de Montréal (AMBM), qui regroupe pour l’instant environ 200 messagers à vélo et 300 livreurs en voiture. Avant, nous gagnions mieux notre vie.»

Les courriers sont payés à la course, en moyenne à 50 % du tarif demandé. Une bonne journée, c’est un revenu de 80 $ à 100 $. Généralement, on s’en tire avec à peine 350 $ par semaine. Le véhicule n’est pas fourni par l’employeur. Les dépenses d’entretien, l’essence, les assurances ne sont pas remboursées.

«Les employeurs ne fournissent rien d’autre que le travail, explique Jean Di Lauro, un chauffeur d’expérience. Quand ça va bien, on peut aller chercher 500 $ par semaine. Mais on a aucun congé annuel, aucun congé de maladie, pas de vacances payées. Et il faut payer des frais de location de 20 $ – 25 $ par semaine pour la communication-radio avec les compagnies.»

Les courriers à vélo travaillent jusqu’à 91¼2 heures par jour, incluant l’entretien mécanique. «On roule entre 50 et 100 kilomètres par jour, selon le nombre de livraisons et la distance», selon Tom Ostreiko. Ils doivent se mesurer aux caprices de Dame Nature et à la hardiesse des automobilistes impatients. «On apprécie le respect des automobilistes, affirme-t-il. Particulièrement en hiver, il y a de la courtoisie. Ils partagent la route avec nous.»

Des conditions de travail fort difficiles qu’il faut améliorer. La bataille risque d’être longue mais le STTP et la FTQ ont l’intention de la mener jusqu’au bout.