« Un budget qui laisse présager la grisaille et l’austérité… et des luttes à venir ! » — Daniel Boyer, président de la FTQ

Budget Leitão

Photo : Clément Allard

Photo : Clément Allard

Montréal, le 4 juin 2014. – La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a pris connaissance du premier budget du gouvernement libéral présenté par le ministre des Finances Carlos Leitão. Elle livre aujourd’hui ses premiers commentaires.

« Les intentions annoncées sont tellement démesurées que c’est à se demander si l’État québécois ne fondera pas comme neige au soleil d’ici 2015-2016. C’est donc avec une certaine surprise que nous avons pris connaissance du budget, un budget coloré aux tons de grisaille et de coupes aveugles. Cependant, l’effort demandé aux travailleurs et travailleuses des secteurs public et parapublic, de même que dans les organismes gouvernementaux comme Hydro-Québec, laisse présager des luttes à venir.

« Si plusieurs reconnaissent, derrière les coulisses gouvernementales, que les conditions laissent tellement à désirer que plus personne n’est attiré par le secteur public, on signe et on persiste, en annonçant un gel des effectifs, en exigeant des gains de productivité équivalant à 2 % de la masse salariale et en diminuant les dépenses de fonctionnement. De plus, qui, pensez-vous, souffriront les premiers des coupes frisant les 3 milliards de dollars dans les dépenses publiques ? Après les travailleurs et les travailleuses de la santé, de l’éducation et de la fonction publique, l’ensemble de la population ! »

Sortir des sentiers battus

« Le pire, c’est que c’est toujours aux mêmes qu’on demande des efforts, et c’est toujours du côté des dépenses qu’on met l’accent. On ne demande rien aux entreprises, on leur en donne ! On n’annonce aucune mesure pour aller chercher des revenus, c’est comme si cette colonne n’existait pas dans le tableau budgétaire, à l’exception d’augmentations de taxes dont la majeure partie est vouée au Fonds des générations. Et on poursuit dans l’obsession du déficit zéro, alors même que plusieurs économistes émérites recommandent de mettre la pédale douce. Et on continue dans des coupes aveugles, on creuse le fossé des inégalités, on grossit les rangs des plus démunis et on diminue les services à la population. Ça commence à faire ! »

Quant à l’annonce réitérée de la mise sur pied de deux commissions, l’une sur la fiscalité et l’autre sur la révision des programmes gouvernementaux, la FTQ estime qu’elles doivent être ouvertes aux représentants des organisations de la société civile, dont les syndicats, et laisser place à la libre expression des citoyens et citoyennes.

« Il y a des personnes qui pensent autrement que les soi-disant experts choisis par les autorités (toujours les mêmes !) et il y a des travailleurs et des travailleuses qui, à l’intérieur des établissements publics, ont des idées à faire valoir pour apporter les modifications qui s’imposent dans les façons de faire des services publics. Il faut leur faire de la place, et surtout, il faut leur faire confiance ! », ajoute Daniel Boyer.

Des mesures déstructurantes

Le président de la FTQ est particulièrement déçu du renoncement aux sommes prévues pour les infrastructures :

« À la FTQ, nous avons toujours été de ceux qui croient que l’intervention gouvernementale dans l’économie peut jouer un rôle structurant. Je m’étonne vraiment du choix du ministre des Finances de renoncer à l’accroissement promis des dépenses d’infrastructures. Le gouvernement libéral précédent, il faut le dire, avait fait mieux en choisissant d’accroître ces dépenses, ce qui a permis au Québec de mieux surmonter la crise économique et financière de 2008-2009. Comment penser une stratégie maritime ou relancer le Plan Nord sans nouvelles dépenses d’infrastructures ?

« Pour ajouter à l’odieux, sur les maigres revenus qu’on ira chercher à l’aide d’augmentations de taxes et de tarifs, on renflouera le Fonds des générations plutôt que de soutenir l’économie et d’améliorer les services publics ! »

Plafonner le Fonds de solidarité FTQ : un mauvais choix

En conclusion, Daniel Boyer déplore la mesure temporaire, sur un an, imposant un plafonnement de 650 millions de dollars pour les actions du Fonds de solidarité : « On sait que l’une des missions du Fonds est de contribuer à la croissance économique du Québec en créant et en sauvegardant des emplois, en plus d’être un véhicule d’épargne pour plusieurs personnes en vue de leur retraite. Pourquoi mettre un tel bâton dans les roues ? »

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.