Un automne de grandes décisions

Notre édition du Monde ouvrier d’il y a un an s’ouvrait sur un cri du cœur : «Indignez-vous!». On y annonçait un automne chaud, on y reprochait au nouveau gouvernement libéral son coup de force visant à remettre en question l’ensemble du filet de sécurité sociale québécois sans mandat électoral. Le Front commun des travailleurs et travailleuses du secteur public commençait les négociations par le dépôt de demandes salariales correspondant à un simple rattrapage avec le secteur privé étalé sur trois ans.

Où en sommes-nous un an plus tard?

Nous sommes à la veille d’une élection fédérale historique dont on espère qu’elle mettra enfin un terme à une triste décennie de reculs. Les trois gouvernements de Stephen Harper ont orienté le Canada dans une direction fort éloignée des intérêts des travailleurs et travailleuses. Alors qu’il a prétendu gouverner en leur faveur, soi-disant en restituant plus d’argent dans leurs poches, la vérité est tout autre. Tant sur le plan économique que sur le plan des valeurs, Harper et ses amis ont failli. D’ailleurs, le vote populaire anti-conservateur est très très majoritaire au Québec puisqu’il a été de 80% en 2011 et le sera vraisemblablement à nouveau cette fois-ci.

Nous sommes aussi face à un tournant important dans la négociation entre le gouvernement Couillard et le Front commun: ça passe ou ça casse. Une année à traîner l’affaire en longueur et à dépeindre les demandes syndicales comme déraisonnables… ça suffit! Les demandes syndicales n’ont rien de délirant : d’abord, garder la tête hors de l’eau en suivant minimalement l’inflation; ensuite, rattraper le retard vis-à-vis des salaires du secteur privé. Par contre, la proposition du gouvernement a de quoi semer la colère : une augmentation de seulement 3% sur cinq ans, incluant un gel salarial pour les deux premières années, représenterait, par rapport à la hausse du coût de la vie, un appauvrissement de 7% au terme de la convention collective – une offre inacceptable à l’origine d’une mobilisation sans précédent. Dans des assemblées bondées, les mandats de grève sont clairs. On ne parle pas de petits mandats à 51% ou même aux deux tiers. Les mandats de grève sont à 85, 90, 95% pour la grève. Les membres sont prêts à aller jusque là pour obtenir un peu plus de respect.

Entre ces deux fronts, un point commun : ce sont des luttes qui portent sur notre manière de voir la société. Harper et Couillard, malgré leurs différences, en proposent une vision néolibérale. Cet automne, notre défi sera non seulement de maintenir la mobilisation commencée il y a un an pour s’opposer au recul généralisé des services publics, mais aussi d’obtenir un changement de gouvernement à Ottawa.

Solidairement,
Daniel Boyer, président
Serge Cadieux, secrétaire général

Éditorial paru dans le Monde ouvrier, no 113, septembre-octobre 2015